L’été 2026 a donné corps aux alertes répétées par la communauté scientifique depuis des décennies : les records de chaleur et les déficits pluviométriques observés ne sont plus des anomalies mais des signes avant-coureurs d’une réalité appelée à se répéter. Assurer la bonne santé de nos écosystèmes n’est donc pas une option : c’est une condition sine qua none pour freiner l’emballement climatique et en limiter ses effets.
Face à l’ampleur de la crise, les annonces gouvernementales en faveur de l’atténuation et de l’adaptation – rehaussement des moyens budgétaires notamment – vont dans le bon sens. Le soutien ponctuel annoncé aux centres de soins pour la faune sauvage apporte également une bouffée d’oxygène pour ces structures indispensables à la gestion des crises. Néanmoins, ces quelques avancées de réponse ne sauraient masquer le décalage persistant de nombreuses décisions prises au cours de l’été : alors qu’elle est déjà durement éprouvée, la nature continue d’être poussée dans ses retranchements, faute d’une vision globale et cohérente.
Un nouvel affaissement des protections en matière agricole
L’été aura été notamment marqué par l’adoption et la promulgation de la Loi d’urgence agricole. Un an après la Loi Duplomb, ce texte rétrograde nie les réalités climatiques environnementales sur lesquelles l’agriculture elle-même repose. En sacrifiant les zones humides au profit des retenues artificielles, en encourageant les cultures gourmandes en eau, en augmentant la dépendance aux pesticides, la Loi dite d’urgence ne prépare pas l’avenir et enferme l’agriculture dans un modèle intensif, néfaste pour le vivant et éminemment vulnérable.
Des régimes de destruction des espèces maintenus coûte que coûte
Dans un contexte d’assèchement des zones humides, les oiseaux d’eau chassables n’auront pas eu droit au répit. Malgré la mobilisation de la LPO pour demander le report de l’ouverture de la chasse anticipée du 21 août au 20 septembre, aucune adaptation n’a été concédée : la chasse d’espèces directement affectées par le changement climatique pourra se poursuivre sans considération des nouvelles réalités écologiques.
Faisant fi des évidences scientifiques, des engagements de la Stratégie nationale biodiversité et des décisions de justice, le gouvernement a également choisi de renouveler le régime de gestion archaïque des ESOD (espèces susceptibles d’occasionner des dégâts), permettant la destruction sans limites d’espèces sans preuve, sans efficacité et au détriment des services qu’elles nous apportent. La proposition d’arrêté initiale a même été durcie à l’issue de la consultation publique, en dépit d’une mobilisation massive et de 89 % d’avis défavorables.
Autre cas notoire : l’anguille européenne, espèce en danger critique d’extinction, continue pourtant d’être exploitée à tous les stades de cycle de vie - y compris les civelles (alevin) - jusqu’au cœur des réserves naturelles comme en Baie de l’Aiguillon. Depuis des années, la LPO demande l’interdiction des prélèvements dans ces espaces protégés, ainsi qu’un moratoire national sur les captures de cette espèce. Alors que les conditions hydriques critiques impactent cette espèce, il est urgent de prendre les mesures qui s’imposent, en réduisant les pressions maitrisables. L’appel de l’association RAMSAR France pour une République du vivant et une Terre habitable lancée ce matin depuis La Rochelle, et dont la LPO est signataire, rappelle l’enjeu d’interdire la pêche à la civelle dans toutes les réserves naturelles.
Un changement de cap s'impose
Alors que le climat qui s’emballe met les écosystèmes sous pression, les décisions politiques continuent d’ignorer l’urgence de réduire nos impacts sur le vivant, perpétuant aveuglément les pratiques néfastes. Les évolutions en cours imposent une réaction politique ambitieuse, globale et de long terme pour aider la nature, et la laisser nous aider en retour. Alors que s’ouvre une année électorale décisive, la transition écologique doit s’imposer comme une priorité centrale des programmes politiques.
« L’été que nous avons connu n’est qu’un aperçu des étés futurs. La nature, notre meilleure alliée, est à bout de souffle et nous continuons pourtant de la fragiliser. Il est urgent de sortir de cet aveuglement ; à tous les niveaux, nos politiques doivent enfin assumer leur responsabilité envers le vivant : lui redonner les moyens de se régénérer et avec lui, préparer un avenir habitable. »