Un vote historique contre la nature : Le Parlement adopte la Loi Duplomb 2

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Le Parlement a définitivement adopté la Loi d’urgence agricole, après plusieurs mois de débats intenses. La LPO dénonce un texte désastreux pour notre avenir, une fuite en avant vers l’intensification de notre agriculture, au mépris des alertes scientifiques, de l’urgence écologique et climatique et des demandes citoyennes répétées.

Mobilisation à Paris du 20 juillet 2026 - Crédit photo : Louis Doremus

L’adoption hier par l’Assemblée Nationale et aujourd’hui par le Sénat de la Loi d’urgence agricole apparaît comme une réplique amplifiée de la Loi dite « Duplomb », adoptée il y a tout juste un an : logique productiviste, nature écrasée, débat parlementaire enjambé sur les mesures les plus sensibles… C’est un véritable sabordage de nos protections environnementales et sanitaires qui met en péril notre propre résilience face aux changements environnementaux en cours.

Les ingrédients réunis pour une crise de l’eau aggravée

Alors que les sécheresses se multiplient et que des tensions sur l’eau s’accroissent, le texte fait le choix de la mal adaptation au changement climatique et d’un accaparement massif de l’eau, en visant le doublement des méga-bassines et en fragilisant la démocratie locale de l’eau (renforcement du poids des agriculteurs dans les instances de gouvernance de l’eau au détriment des autres acteurs, contournement des documents de planification issus de la concertation locale, etc.). La sobriété des usages, un temps évoqué, est définitivement écartée au profit de cultures gourmandes en eau, inadaptées au climat actuel et futur.

En facilitant la construction de plans d’eau artificiels et en réduisant la portée des mesures compensatoires pour les zones humides dégradées, le texte accélère la dégradation de ces milieux à forts enjeux écologiques, alliés indispensables pour la résilience de nos écosystèmes et de nos sociétés. 

Les principes fondamentaux de la Loi de 1992, qui faisait de l’eau un « patrimoine commun de la nation » et de la préservation des zones humides une priorité, sont un lointain souvenir.

Du plomb pour le Loup

Le texte adopté confirme le glissement de la gestion des grands prédateurs vers une généralisation des tirs et des destructions, au détriment de solutions de coexistence non létales et pérennes.

En libéralisant les conditions de tirs, en ouvrant toutes les réserves naturelles à la chasse au loup, et en autorisant le matériel de visée nocturne, la Loi prive l’espèce de tout espace de répit, et compromet sérieusement l’atteinte de son bon état de conservation de Loup en France.

Les néonicotinoïdes de retour en France, 10 ans après leur interdiction

En 2016, la Loi pour la reconquête de la biodiversité faisait de la France le premier pays au monde à interdire les substances néonicotinoïdes. Une mesure forte, dont les bénéfices pour la biodiversité sont déjà mesurables. Il y a un an, la Loi Duplomb, adoptée au prix d’un contournement inédit du débat démocratique, prévoyait de revenir sur cet acquis environnemental. Le Conseil constitutionnel avait censuré cette disposition, au titre du non-respect du principe de précaution.

Passant outre cette décision de justice, ignorant les preuves scientifiques accablantes sur la toxicité de ces produits et l’exceptionnelle mobilisation citoyenne, un amendement du Sénat, repris dans le texte définitif, permet la ré-autorisation de deux de ces substances empoisonnées en France. Comme pour la Loi Duplomb, l’Assemblée nationale n’aura, encore une fois, pas pu en débattre.

Plusieurs groupes parlementaires ont annoncé saisir le Conseil constitutionnel. Si certains reculs peuvent encore être censurés, ce texte, profondément régressif, devrait être promulgué. Le vote des parlementaires est historique par l’ampleur des reculs qu’il inscrit désormais dans la Loi. Le choix des élus, pour ou contre la dérégulation massive de nos protections, constituera un marqueur dans la campagne électorales à venir.

La session parlementaire se clôture sur l’adoption d’un texte désastreux, aveugle et sourd face à l’urgence pour le vivant. Le choix a été fait d’accélérer la dégradation de notre environnement et d’en subir de plein fouet toutes les conséquences. L’année électorale qui vient sera décisive : j’appelle les candidats à prendre l’engagement d’un tout autre cap pour notre agriculture.

Allain Bougrain Dubourg

président de la LPO