ESOD : la LPO engage un nouveau recours devant le Conseil d’État

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La LPO prépare un nouveau recours devant le Conseil d’État contre l’arrêté qui vient de renouveler pour trois ans la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD). Malgré une mobilisation citoyenne sans précédent et des études scientifiques mettant en évidence l’inefficacité de ce dispositif, l’État maintient un régime permettant la destruction de nombreuses espèces sauvages et revient sur ses engagements en faveur de la biodiversité, notamment avec le reclassement parmi les ESOD de la Martre des pins.

La martre est classée à nouveau parmi les ESOD dans 14 départements dans l’arrêté du 10 août 2026 – Crédit : Fabrice Cahez

L’arrêté ministériel du 10 août 2026, publié au Journal officiel du 21 août, renouvelle jusqu’en 2029 le classement ESOD de neuf espèces sauvages, 4 mammifères et 5 oiseaux : la Martre, la Belette, la Fouine, le Renard, la Pie bavarde, le Geai des chênes, la Corneille noire, le Corbeau freux et l’Étourneau sansonnet.

Selon les départements, ces animaux pourront être piégés ou abattus en dehors des périodes ordinaires de chasse, parfois toute l’année et sans quota.

Cette décision intervient malgré les 75 000 contributions du public déposées lors de la consultation publique organisée du 9 au 30 juillet 2026. Ces avis étaient pourtant défavorables à 89 %. Au travers de sa campagne « Condamnés sans preuve », la LPO avait appelé les citoyens à dénoncer cette politique qui conduit chaque année à la mise à mort d’environ 1,7 million d’animaux sauvages alors que son inefficacité est démontrée.

Un retour en arrière par rapport aux engagements de l’Etat

Le ministère avait pourtant donné plusieurs gages laissant entendre que la Martre des pins ne figurerait plus dans le nouvel arrêté triennal. Cette orientation était en cohérence d’une part avec la Stratégie nationale pour la biodiversité 2030 (issue de la COP biodiversité), qui annonçait une réforme du régime applicable aux mésocarnivores (Renard, Fouine, Martre...), mais également avec la décision du Conseil d’État du 13 mai 2025 qui avait annulé le classement de la Martre dans l’ensemble des 26 départements concernés. Un an plus tard, l’État fait marche arrière et réintroduit la Martre parmi les ESOD dans 14 départements.

De nouveaux reculs ont également été inscrits à la suite de la consultation publique et en dépit des avis massivement négatifs. Le Corbeau freux par exemple, a été ajouté au classement sur 17 départements supplémentaires par rapport à la version soumise à consultation.

Une politique à rebours des connaissances scientifiques désormais établies

Dès 2023 des travaux scientifiques ont démontré l’inefficacité de ce système, unique en Europe. Et en 2026 de nouvelles études ont confirmé non seulement l’inutilité du dispositif mais également le coût exorbitant de ces destructions, estimé entre 5 à 15 fois supérieur aux dégâts qu’elle cause ! Le tout nous privant des services rendus par ces espèces : régulation des rongeurs, dispersion des graines, élimination des cadavres…

La LPO demande depuis des années que les solutions de prévention et de cohabitation entre les activités humaines et la faune sauvage soient privilégiées : protection des élevages et des cultures, sécurisation des bâtiments, effarouchement ciblé ou encore utilisation de répulsifs.

La LPO engagera à nouveau un recours au Conseil d’Etat contre ces classements iniques.

 

A contre-courant des connaissances scientifiques et des décisions de justices, l’Etat persiste dans le déploiement d’un système archaïque qui légalise le massacre inutile de millions d’animaux en France. La LPO saisira la justice, pour que le droit et la science soient entendus là où les décisions gouvernementales auront choisi de les ignorer.

Allain Bougrain Dubourg

Président de la LPO