La mission Clipperton
La mission Clipperton
En novembre 2025, une équipe de la LPO France s’est rendue sur l’atoll de Clipperton afin de préparer la restauration écologique de ce territoire abritant une biodiversité unique et menacée. Une première nécessaire afin de renforcer la protection de l’environnement sur ce minuscule territoire d’Outre-mer français.
Un site exceptionnel pour l’avifaune
Aussi appelée île de la Passion, Clipperton est depuis 1858 une possession tricolore de l’océan Pacifique située à plus de 1 000 kilomètres des côtes mexicaines et reste considéré comme l’atoll le plus isolé au monde. Malgré sa superficie réduite de 1,7km² de terres émergées, Clipperton est un site de reproduction privilégié pour une dizaine d’espèces d’oiseaux marins et notamment pour le Fou masqué avec près de 70 % de la population mondiale reproductrice présent sur cet atoll, soit près de 35 000 couples. La présence d’un lagon d’eau douce, unique au monde, en fait également un lieu de halte apprécié par de nombreux migrateurs.
Or, ce sanctuaire de biodiversité est désormais particulièrement menacé depuis l’introduction involontaire du Rat noir en 1999 par un bateau naufragé. Outre la prédation exercée sur les œufs et les poussins, le rongeur a décimé la population de crabes herbivores, entraînant la prolifération de lianes rampantes qui limitent les surfaces de nidification des oiseaux marins. De plus, la pollution plastique, omniprésente sur l’ile accentue la vulnérabilité de ces espèces.
Vers la restauration de l’atoll
Dans ce contexte et avec le soutien du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, du ministère en charge de la transition écologique, du Gouvernement de Polynésie française et de l’Office français de la biodiversité (OFB), cinq naturalistes de la LPO France, accompagnés d’une médecin, se sont rendus sur l’atoll de Clipperton après trois jours de navigation à bord du Persévérance, le voilier océanographique de l’explorateur Jean-Louis Étienne.
L’équipe a alors séjourné sur place du 13 au 20 novembre 2025 avec plusieurs objectifs, dont l’actualisation des données avifaunistiques, la production d’une cartographie par drone, la réévaluation du nombre de cocotiers, la mise en place de tests nécessaires à la faisabilité de l’élimination des rats noirs et enfin, la réalisation d’un suivi des dispositifs de concentration de pêche (DCP) de poissons laissés à la dérive sur l’île.
Un constat alarmant
Les principaux résultats de notre mission démontrent que seules les espèces de fous arrivent à s’installer sur l’île, celles-ci étant moins impactées par le rat noir. Ainsi, la population reproductrice de Fou masqué reste stable avec 35 400 couples comptabilisés en novembre 2025. Les Fous à pieds rouges ont même augmenté, passant de 171 couples en 2005 à 693 en 2025, profitant de l’expansion du nombre de cocotiers avec près de 1 898 cocotiers en 2025 contre 581 en 2015. Néanmoins, les plus petites espèces d’oiseaux marins comme le Phaéton à brins rouges, le Noddi brun, la Sterne fuligineuse et la Gygis blanche semblent difficilement réussir à se reproduire. Seul le site du Rocher apparaît comme un havre de paix, ces espèces nichant dans les anfractuosités des falaises, moins accessibles aux prédateurs.
Malgré une progression de la végétation depuis les années 2000 sur l’atoll, les données montrent une surface végétalisée de l’ordre de 50% en 2025, des résultats similaires à 2015. Cependant, la population de crabes terrestres a quant à elle drastiquement chuté avec des estimations en 2025 aux alentours de 40 000 individus, contre 1,25 million en 2005 et 11 millions en 1968. Les multiples tanières de rats démontrent l’ampleur de la prédation du crabe terrestre, qui pourrait prochainement disparaître.
Renforcer la protection de l’île
Compte tenu des résultats obtenus, la restauration de l’atoll doit nécessairement passer par la mise en place d’une réelle opération de gestion des Rats noirs sur l’atoll de Clipperton qui devra prendre en compte les résultats des différents tests menés sur une parcelle de 5 hectares lors de la mission de novembre 2025.
À terme, l’enjeu de cette opération vise une ambition plus large, le renforcement des dispositifs de protection de l’environnement à Clipperton et notamment l’augmentation de l’aire marine protégée actuelle de 12 miles nautiques (environ 22 kilomètres) à une surface de 200 miles nautiques (environ 370 kilomètres) autour de l’île. Ce projet de restauration écologique de l’atoll illustre la responsabilité qui incombe à la France de protéger la nature sur l’ensemble de ses territoires, même les plus isolés.