La protection des nids de busards Saint-Martin et busards cendrés se terminait, lorsque la canicule de mi-juin a frappé. Les températures élevées et le manque de nourriture se sont révélés fatals pour de nombreux poussins de ces rapaces qui nichent au sol dans des champs de céréales. D’après le Centre de recherches sur la biologie des populations d’oiseaux (CRBPO), la température extérieure au-delà de laquelle un oiseau ne peut plus réguler sa température interne se trouve aux alentours de 45°C et la température létale vers 46-47°C. Or, au sol, dans les plaines, les températures ont atteint plus de 50°C. De plus, les rongeurs dont se nourrissent en grande partie les busards se sont abrités sous terre, compliquant la chasse pour les parents. Or, les proies sont le seul apport d’eau pour les jeunes au nid.
On parle d’échec de reproduction quand tous les poussins disparaissent avant d’être autonomes. Les causes naturelles d’échec (prédation, manque de proies...) représentent habituellement 30% des cas. Cette année, nous avons constaté qu’une chaleur intense et prolongée faisait presque doubler le nombre d’échecs de reproduction.
Dans les départements de la Charente, de la Charente-Maritime et de la Vienne, où la LPO assure la protection des nids en collaboration avec les agriculteurs et agricultrices, un constat similaire est fait. En Charente-Maritime et dans la Vienne, les vagues de chaleur intenses et répétées ont provoqué la mort d’un ou plusieurs poussins dans 25% des nichées. Dans la Vienne en particulier, 1/3 des jeunes ont été retrouvés desséchés au nid, avec un poids très faible. On estime leur décès directement lié à la canicule. En Charente-Maritime, c’est 15% des nids protégés pour lesquels tous les poussins ont été trouvés en un tel état. En Charente, où les busards sont moins présents, sur 5 nids protégés avec Charente Nature, aucun n’a été impacté par la canicule. Dans des départements voisins et plus largement dans le Centre-Ouest où les busards sont également suivis, la situation est tout aussi catastrophique. En Indre-et-Loire, 6,6% des nids ont subi la canicule avec certitude. En Maine-et-Loire, la LPO Anjou reportait au Parisien, le 28 juin dernier, avoir perdu 85% des poussins de busard cendré dans le sud du Saumurois. Dans les Deux-Sèvres, où le Groupe ornithologique des Deux-Sèvres et le CEBC-CNRS assurent la protection, la canicule a fait grimper de 28 à plus de 66% la proportion de nids où la reproduction est un échec.
Cette situation, inédite par son intensité, sa durée et sa précocité, se reproduira sans doute à l’avenir. Le changement climatique favorise les évènements climatiques intenses, et nos étés seront de plus en plus chauds. Dès l’automne, des discussions s’engageront au sein du réseau national de protection des busards, afin de mieux faire face à l’avenir à cette situation extrême.