Ce dernier mois fut plutôt calme, par manque de vent favorable, le fameux nord-est. Néanmoins, quelques moments mémorables sont à retenir.
Lors des dernières lueurs du jour, de nombreux vols de limicoles ont franchi l’estuaire, probablement en provenance des marais plus au sud. Des vols mixtes de pluviers argentés et bécasseaux maubèches en plumage nuptiaux ont pu être admirés, avec comme toile de fond, des nuages rosés. Le 6 mai, ce sont donc respectivement 452 et 165 individus qui ont migré. Dans le même style, 288 grands gravelots ont rasé les flots le soir du 17 mai.
De leur côté, les laridés et les sternidés ne sont pas en reste. De forts vents d’ouest ont été notés à la mi-mai, et ici, qui dit vent d’ouest, dit goélands. Plus de 3 000 goélands bruns ont migré le 14 mai, et avec eux, un rarissime Goéland à ailes blanches. Ce jour-là, 4 sternes naines ont montré le bout de leur bec sous le phare de Cordouan, les seules de la saison. Le lendemain, identifié a son épais bec court et noir et à son croupion gris clair, une Sterne hansel. Cette dernière, méditerranéenne, ne s’aventure que rarement en dehors de son aire de répartition et constitue donc une très belle donnée pour le site. Quelques guifettes noires ont également été comptabilisées.
Sur la Pointe, un proverbe dit qu’au mois de mai, tout peut arriver. Et en effet, nous n’aurions pu prédire l’observation d’un groupe de 18 océanites tempêtes, pêchant dans l’estuaire le 17 mai, à la suite des forts vents cités précédemment. Cette espèce, dont les populations les plus proches se reproduisent sur les îles bretonnes et dans le nord de l’Espagne, est d’ordinaire hautement pélagique et ne s’aventure que rarement à proximité des côtes. En observer en si grand nombre depuis le littoral médocain constitue un évènement rare, qui a su être apprécié à sa juste valeur !
Autre donnée inattendue : un Butor étoilé, détecté loin à l’Est et traversant l’estuaire en vol Sud dans la panique générale ! Une première mention incroyable pour la Pointe de Grave, puisque cet oiseau déjà rare n’est en général contacté que de nuit sur les sites d'étude de la migration. Il est d’ailleurs intéressant de noter que l’espèce avait été entendue la veille au soir, aux alentours de 22h, par une partie de l’équipe restée sur la dune pour écouter les cris de quelques migrateurs nocturnes. Dans la même veine, deux crabiers chevelus seront observés à la toute fin du mois.
Deux autres migrateurs rares pour le site : un mâle immature de Faucon kobez survolera l’équipe à basse altitude dans la journée du 26 mai et un Rollier d’Europe fera une brève apparition au-dessus de l’embarcadère du bac, avant de retourner se cacher à l’ombre des arbres en arrière-plan du site.
Et puis, celle que l’on attendait plus et qui fut l’objet de beaucoup d’espoirs et d’autant de désespoirs durant le mois précédent, s’est montrée 4 fois ces derniers 30 jours de suivi : l’Hirondelle rousseline ! Le vendredi 22 mai, nous avons pu assister à un véritable « rush » (migration en grand nombre d'individus) de gobemouches gris, puisque 157 individus de ce passereau qui nous vient tout droit des zones boisées d’Afrique de l’ouest et centrale ont pu être comptabilisés dans la matinée. Il s’agit là d’un très bel effectif pour le site, et donc d’une journée exceptionnelle pour l’espèce !
Un petit point un peu plus noir sur la magnifique Tourterelle des bois, puisque nous avons pu compter seulement 5 616 individus cette année. Ce nombre est en dessous de la moyenne des 46 années du site, mais est-ce bien étonnant ?
Comme pour nous adresser un message concernant les mois à venir, des espèces mythiques des cols pyrénéens sont passées en nombre. 136 milans noirs le 22 mai, 135 le 24, 104 le 25, des effectifs très intéressants pour l’espèce à cette période ! Portant, le total se porte à 3 053 individus, l'un des meilleurs jamais comptés ici. Avec eux, des espèces rares pour le site ont été recensées : 6 cigognes noires et 8 milans royaux.
Nous adressons un immense remerciement à l’ensemble des personnes qui se sont relayées ce printemps, et qui ont su rendre ce suivi encore plus magique qu’il ne l’était déjà ! Qu'elles soient humaines ou animales, ce sont bien les rencontres qui nourrissent chaque année celles et ceux qui viennent scruter le ciel et les dunes, des heures durant, pour y trouver - peut-être - un morceau d’altérité.
Vous l’aurez compris, il est maintenant trop tard pour nous rejoindre à la Pointe de Grave… Mais rassurez-vous ! Si vous avez raté le coche au printemps, vous pourrez vous rattraper à l’automne ! En effet, le comptage au col d’Organbidexka se déroulera comme chaque année du 15 juillet au 15 novembre, dans la joie, la bonne humeur et les oiseaux migrateurs ! Alors n’attendez plus et inscrivez-vous pour participer à cette aventure mythique.
À bientôt sur un col, une pointe, ou n’importe quel coin du monde où se croisent humains et oiseaux !