La Dordogne, territoire de rapace :
Les populations de rapaces de Dordogne sont évaluées dans le cadre de l’enquête nationale rapaces diurnes par le biais d'enquêtes régulières. En parallèle de cela, un groupe bénévole local complète ces données par des suivis spécifiques de différentes espèces comme le Grand-duc d’Europe, le Faucon pèlerin, l’Aigle botté, le Circaète Jean-le-Blanc ou encore l’Autour des palombes. Cette surveillance, réalisée depuis de nombreuses années, permet d’assurer le suivi de nombreux sites de reproduction et de protéger ces grands rapaces.
Un groupe bénévole dynamique :
Ce suivi est en partie réalisé par le groupe rapaces, coordonné par un bénévole, Daniel Rat, depuis de nombreuses années, et est assisté par l’antenne locale de la LPO. Ce groupe rassemble une trentaine de surveillants qui suivent la reproduction des rapaces sur l’ensemble du département. L’objectif est d’évaluer le succès de la reproduction et de connaître le nombre de jeunes qui vont jusqu’à l’envol, ce qui permet aussi de suivre l’état de santé des populations de rapaces. L’ensemble de ces données sont ensuite rassemblées localement et sont transmises au réseau de surveillance nationale.
Les rapaces suivis en Dordogne :
- Grand-duc d’Europe (Bubo bubo)
Le Grand-duc d’Europe, est le plus grand rapace nocturne d’Europe et se situe au sommet de la chaîne alimentaire locale. Il fait l’objet d’un suivi exhaustif depuis 25 ans. Il niche principalement dans des falaises naturelles mais aussi dans des carrières en activités ou non. Il a fait son retour en Dordogne au début des années 2000 après une disparition généralisée de l’espèce dans les années 70 à cause principalement de persécutions et d’empoisonnements aux pesticides.
Son chant, sourd et reconnaissable, se laisse entendre les soirs d’hiver à proximité des falaises. Ce hibou opportuniste est une espèce très sensible, d’où l’importance du suivi afin de mieux le connaître et ainsi le protéger.
- Faucon pèlerin (Falco peregrinus)
Le Faucon pèlerin, oiseau le plus rapide du monde, affectionne tout particulièrement les paysages périgourdins. Habitant des falaises, il trouve également sur les châteaux, édifices religieux et carrières, un habitat de substitution. Il est parfois même présent en plein centre-ville. Le Faucon pèlerin, comme pour le Grand-duc, avait quasiment disparu et est revenu dans les années 80 dans le département. Il connaît maintenant une belle population sur le territoire avec des secteurs où il devient même fréquent de l’observer. Le suivi de l'ensemble des couples de Dordogne est réalisé par le groupe rapaces mais il reste encore des secteurs à prospecter.
- Aigle botté (Hieraaetus pennatus)
Petit aigle migrateur de la taille d’une buse, il arbore deux « morphes » de coloration de son plumage, « sombre » et « claire », ce qui peut rendre son identification parfois complexe. L’Aigle botté affectionne la Dordogne pour ses grandes forêts de feuillus en pente surplombant des cours d’eau, et des plaines où il y trouve ses proies et de grands arbres pour nicher. Dès son retour dans nos contrées à la mi-mars, on peut le détecter assez facilement grâce à ses cris qu’il émet en vol et les parades spectaculaires réalisées aux heures chaudes de la journée en période de reproduction. L’espèce est en expansion sur le territoire, et semble progresser depuis l’est du département dans les secteurs vallonnés. Quelques sites sont suivis mais de nombreux restent à localiser.
- Circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus)
Le Circaète Jean-le-Blanc, rapace migrateur, est le plus grand rapace diurne présent dans notre département. Il est spécialisé dans la chasse aux reptiles et notamment les serpents qu’il capture en effectuant des vols stationnaires. Il revient de migration courant avril. Il s’observe durant ses longs vols de chasse ou de déplacement entre ses zones d’alimentation. Les parades sont assez discrètes mais on peut l’observer transportant des proies pour offrir à la femelle ou nourrir ses jeunes. Il niche généralement au sommet d’un gros conifères en surplomb d’un coteau sec, souvent dans des vallons assez calmes et construit un nid épais dans lequel il pond un unique œuf. L’espèce est assez discrète et possède un rayon d’action très large. Ainsi, il faut de nombreuses observations pour espérer localiser les aires de ces grands rapaces.
- Autour des palombes (Accipiter gentilis)
L’Autour des palombes est un rapace de taille moyenne qui ressemble à l’Épervier d’Europe (Accipiter nisus), tant pas ses traits physiques que son comportement. On le retrouve dans les massifs forestiers denses de feuillus entrecoupés de conifères dans lesquels il construit un nid de grosse taille au sommet d’un arbre. C’est un spécialiste de la chasse aux oiseaux, il capture de nombreuses proies allant des mésanges à la Corneille noire. C’est un rapace discret et sensibles qui subit la perte de son habitat et les coupes forestières. Il y a ainsi une grande importance à localiser ses sites de nidification.
- Petit-duc scops (Otus scops)
Plus petit hibou d’Europe, le Petit-duc scops est un rapace nocturne migrateur qui revient en Dordogne courant avril pour nicher. Il affectionne les vieux vergers ou encore les vieux platanes sur les places des villages chauds dans lesquels il trouve des cavités pour nicher. Son chant monosyllabique et répétitif se laisse entendre les nuits chaudes d’été. Attention à ne pas le confondre avec l’Alyte accoucheur (Alytes obstetricans). L’espèce est en relative expansion en France à la faveur du réchauffement climatique et la Dordogne possède de nombreux habitats qui lui seraient favorables.
Enjeux de conservation :
L’ensemble des espèces présentées ci-dessus sont menacés par différents facteurs. Qu’ils soient d’origines naturelles ou anthropiques, leurs populations à l’échelle locale et même nationale sont fragiles. C’est donc pour cela que la LPO se mobilise en Dordogne, notamment par le biais de ses bénévoles, pour acquérir le maximum de connaissance sur ces espèces et leurs milieux. Toutes ces espèces sont également protégées à l’échelle nationale, il est donc primordial de réaliser ce suivi sans le moindre dérangement. En effet, ces espèces sensibles en cas de dérangement peuvent abandonner leur nichée. En cas de dérangements répétés ou de perte de leurs habitats, cela peut compromettre la survie des populations en local.
Menaces liées à leurs habitats :
Bien que certaines de ces espèces connaissent une légère augmentation des effectifs en Dordogne, leurs habitats font face à différentes menaces.
Pour les espèces nichant en falaise comme le Faucon pèlerin ou encore le Grand-duc d’Europe, les menaces principales qui pèsent sur leurs habitats sont l’urbanisation et le tourisme de masse. Ces perturbations humaines peuvent exercer une pression par le biais de pollution sonore (présence de touristes…) ou même visuelle dûe aux installations qui peuvent être effectuées sur les falaises à des fins touristiques sur certains sites (grottes, gouffres, musées…).
Pour ce qui est des espèces forestières comme l’Aigle botté, le Circaète Jean-le-Blanc, l’Autour des palombes ou encore le Petit-duc scops, la menace principale sur leurs habitats est la sylviculture/agriculture intensive, créant des nuisances sonores à proximité de leurs sites de nidification ainsi que la raréfaction de vieux arbres, ou encore des ressources alimentaires pour le Petit-duc scops (insectes).
La récolte des données :
Pour améliorer les connaissances de ces espèces à l’échelle de la Dordogne, nous utilisons une base de données collaborative : Faune-Nouvelle-Aquitaine. Sur le principe des sciences participatives, chaque personne peut transmettre une observation et consulter la base de données et ainsi participer au suivi et à la protection de ces oiseaux. Que ce soit une observation en vol, posé, près d’un nid ou même un nid, chaque donnée est importante et sera potentiellement utile. Afin de préserver la sécurité de ces espèces sensibles, il est possible de cacher vos observations en cochant la case “ donnée protégée ” représentée par une clé. Cela permet de ne pas rendre accessible les données sensibles par tout le monde.
Aides à la prospection :
Afin d’améliorer les connaissances sur ces espèces discrètes et sensibles, nous avons rassemblé des documents permettant d’aider à la prospection de ces espèces. Chaque données collectées sera un pas de plus vers la protection de ces oiseaux emblématiques.
Un grand merci pour votre aide !