La justice administrative a ordonné la suspension immédiate de l'arrêté préfectoral autorisant la chasse de sept espèces d'oiseaux en Guadeloupe et à Saint-Martin. L'ordonnance, rendue le 3 août 2026, intervient à la suite d'un référé-suspension déposé par la LPO, l'ASPAS, l'ASFA, To-ti-Jon, AMAZONA et l'AEVA.
La saison de chasse avait ouvert le 25 juillet et l'audience s'était tenue le 30 juillet. En faisant droit à l'intégralité des demandes des associations, le tribunal met un coup d'arrêt immédiat à la chasse des espèces concernées pour la saison en cours.
Les espèces désormais protégées par cette suspension en 2026-2027 sont :
- le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica)
- le Grand Chevalier à pattes jaunes (Tringa melanoleuca)
- le Chevalier semipalmé (Tringa semipalmata)
- le Bécasseau à échasses (Calidris himantopus)
- le Bécasseau à poitrine cendrée (Calidris melanotos)
- le Pigeon à cou rouge (Patagioenas squamosa)
- la Colombe à croissants (Geotrygon mystacea).
Le tribunal a également condamné l'État à verser 2 000 euros au titre des frais de justice aux six associations requérantes.
Une décision qui protège des espèces en fort déclin
La plupart des espèces concernées sont des limicoles migrateurs qui nichent en Amérique du Nord avant de rejoindre les Caraïbes, l'Amérique centrale ou l'Amérique du Sud pour y passer l'hiver. Les Antilles françaises constituent une étape essentielle de leur migration.
Or, depuis plusieurs décennies, ces oiseaux connaissent un déclin préoccupant, lié notamment à la disparition des zones humides, à l'artificialisation du littoral, au changement climatique, aux dérangements sur les sites de halte migratoire et à la pression de chasse exercée sur une partie de leur aire de répartition. Pour certaines espèces, les effectifs ont chuté de plus de 70 % en quelques décennies.
Le Pigeon à cou rouge, espèce emblématique des Petites Antilles, et la Colombe à croissants présentent eux aussi des tendances démographiques défavorables qui justifient une vigilance particulière.
Une décision fondée sur le principe de précaution
Chaque année, des arrêtés préfectoraux fixent les dates d'ouverture de la chasse et les espèces pouvant être chassées en Guadeloupe et à Saint-Martin. Lorsqu'ils soulèvent un doute sérieux quant à leur légalité, notamment au regard de l'état de conservation des espèces ou des connaissances scientifiques disponibles, ils peuvent être contestés devant le juge administratif.
Ainsi, le tribunal a considéré que les conditions étaient réunies pour suspendre l'application de l'arrêté, la saison de chasse étant déjà ouverte et les espèces concernées risquant d'être prélevées avant qu'un jugement sur le fond ne soit rendu.
Une victoire importante, mais une procédure qui se poursuit
La suspension prononcée par le tribunal est une mesure provisoire, dans l'attente du jugement sur le fond qui examinera la légalité des arrêtés préfectoraux.