Corneilles : mieux comprendre leur mobilité pour repenser la protection des cultures

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Connue notamment pour être sédentaire, la Corneille noire se révèle en réalité bien plus mobile qu’on ne le pensait. Des travaux scientifiques récents, menés à Paris, mettent en évidence cette mobilité et invitent à repenser les stratégies de protection agricole.

Corneille noire baguée “Vert 715” et posée au sol. Elle est équipée une balise de géolocalisation modèle Ornitela OT-10. Jardin des Plantes de Paris, le 5/02/23

Corneille noire (Corvus corone) baguée “Vert 715”. Equipée une balise de géolocalisation modèle Ornitela OT-10. Jardin des Plantes de Paris, le 5/02/23 - Crédit photo : Marie-Lan Pamart

Une espèce qui s’est adaptée aux activités humaines

Présente sur l’ensemble du territoire, la Corneille noire s’adapte à une grande diversité de milieux, des villes aux campagnes en passant par les zones humides.

Son régime alimentaire, très varié, lui a permis de s'adapter aux activités humaines en se nourrissant notamment de nos déchets et de nos productions agricoles. Cette tendance au maraudage lui vaut de figurer sur la liste des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD) et d'être massacrée tout au long de l'année.

Des jeunes très mobiles

L’espèce, qui est réputée sédentaire quel que soit son âge, peut en réalité parcourir plusieurs centaines de kilomètres au cours des premières années de sa vie. C’est ce que révèlent les suivis par télémétrie menés par le Muséum national d’Histoire naturelle de Paris depuis 2020.

Si les adultes restent en effet fidèles à leur territoire, les jeunes corneilles adoptent en revanche un mode de vie beaucoup plus mobile. Chaque printemps, notamment entre avril et mai, elles entrent en phase de dispersion et parcourent de longues distances, parfois pendant années avant de se fixer vers l’âge de 3 ans.

Certaines observations illustrent cette mobilité : des individus bagués à Paris ont ainsi été retrouvés dans le nord de la France, en Belgique, puis de retour dans la capitale quelques mois plus tard.

Une présence passagère dans les cultures

Cette période de dispersion coïncide avec celle des semis agricoles, notamment pour le maïs et le tournesol. Les jeunes corneilles peuvent alors se nourrir de graines ou de jeunes pousses.

Cependant, leur présence reste temporaire et les individus observés dans un champ un jour sont rapidement remplacés par d’autres. Ce renouvellement permanent limite l’impact des actions ciblées sur un site précis.

Des résultats scientifiques qui questionnent les pratiques

Ces observations rejoignent les conclusions d’une étude récente publiée dans la revue Biological Conservation. Basée sur l’analyse de données françaises entre 2015 et 2022, elle montre qu’augmenter les destructions d’animaux sauvages ne réduit pas les dégâts agricoles. À l’inverse, réduire ces destructions n’entraîne pas d’augmentation des dommages.

Rappelons que chaque année en France, plus d’un million d’animaux sauvages, dont des corneilles, des renards ou des fouines, sont tués pour protéger les activités agricoles. Pourtant, aucun lien n’a été établi entre ces destructions et une baisse des pertes.

Repenser les solutions de protection

Ces découvertes apportent un éclairage nouveau : la mobilité des corneilles explique pourquoi les actions de destruction ne produisent pas les effets attendus à long terme. Des résultats qui viennent renforcer la nécessité de développer des solutions alternatives, non létales, mieux adaptées au comportement réel de l’espèce.

Pour aller plus loin

Lire l’article de Frédéric Jiguet dans Ornithos, notre revue des ornithologues de terrain

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