La justice offre un répit aux bécassines françaises

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Saisi en référé par la LPO, le tribunal administratif de Besançon a suspendu ce 29 août les arrêtés préfectoraux autorisant la chasse de la Bécassine des marais dans le Doubs et le Jura, où les dernières populations nicheuses de France sont en voie d’extinction.

Bécassine des marais © Stéphane Etienne

La Bécassine des marais est un oiseau limicole typique des milieux marécageux, reconnaissable à son plumage brun mimétique et son long bec droit. En France, sa population nicheuse a diminué de plus de 75% depuis les années 1970, avec à peine une soixantaine de couples qui se reproduisent aujourd’hui sur le territoire, dont près de la moitié dans le bassin du Drugeon (Doubs). Si l’asséchement et l’artificialisation des zones humides sont les causes principales d’un tel effondrement, la chasse y contribue également. 

Les bécassines restent en effet chassables dans l’Hexagone de début août jusqu’à la fin janvier, quand l'arrivée d’individus migrateurs fuyant les grands froids du nord et de l’est de l’Europe fait augmenter les effectifs tricolores. Bien qu’aucune comptabilité officielle ne soit disponible, la dernière enquête nationale sur les tableaux de chasse remontant à 2014, il est estimé qu'environ 200 000 bécassines sont encore tuées chaque année dans notre pays.

En autorisant la poursuite de cette chasse dans le Doubs et le Jura, les préfets faisaient courir un risque existentiel aux rares nicheurs français, impossibles à distinguer des migrateurs lors des tirs. La décision du tribunal administratif de suspendre la chasse à la Bécassine des marais dans les deux départements concerne d’ailleurs aussi la Bécassine sourde, espèce voisine difficile à différencier en situation de chasse.

La LPO appelle désormais à :

  • Mettre en place un moratoire pour interdire durablement la chasse des bécassines dans les départements accueillant les derniers couples nicheurs, soit le Doubs et le Jura mais aussi le Cantal, l’Aveyron, etc.
  • Restaurer les habitats humides favorables à l’espèce et renforcer son suivi scientifique dans le cadre de la mise en œuvre du futur Plan national de gestion des limicoles prairiaux.
  • Publier les données de prélèvements cynégétiques au niveau national pour établir enfin une transparence indispensable sur l’impact de la chasse sur les populations d’oiseaux sauvages.
En confirmant que l’objectif de conservation d’une espèce en péril immédiat doit primer sur l’exercice d’un loisir mortifère, cette décision de justice permet de donner un sursis à la bécassine des marais au cœur d’un des derniers bastions français où l'espèce réussit encore à se reproduire. Il est temps que l’État prenne enfin des mesures pérennes pour protéger durablement les oiseaux menacés, plutôt que de laisser leur survie dépendre chaque année des tribunaux.

Allain Bougrain Dubourg

Président de la LPO