Bonjour Inès, peux-tu d’abord nous parler du parcours qui t’a conduite jusqu’à la LPO Bretagne ?
Depuis l’enfance, j’ai toujours aimé les animaux et eu envie de les protéger. À l'adolescence, ma préoccupation pour la condition animale et la biodiversité n’a fait que se renforcer.
Après mon baccalauréat, je me suis inscrite en fac de Droit, où j’ai passé deux maîtrises : en Droit pénal ainsi qu’en Droit européen et international… Mais alors que j’effectuais un stage dans le service juridique d’une école vétérinaire, les aspirations de mon enfance ont vraiment refait surface.
J’ai alors repris le chemin de l'université : d’abord pour un D.U. en Droit animalier puis pour un Master 2 en Éthique et Droit de l’animal. Une formation qui était en pleine adéquation avec mes aspirations.
À l’issue de ces études, j’ai adressé une candidature spontanée à la LPO Bretagne car j’avais effectué une mission bénévole intéressante avec l'association quelques années plus tôt… Et lorsqu'un poste de juriste m’a été proposé, je n’ai pas hésité !
À quoi ressemble une journée de travail en tant que juriste à la LPO Bretagne ?
Il n’y a pas de journée et encore moins de semaine type ! Le suivi au long cours d’un dossier fait souvent place à l’urgence d’un autre…
Cela va du traitement des signalements que nous recevons sur notre boîte d’alerte juridique–[email protected], à l’accompagnement des propriétaires souhaitant protéger leur terrain par le biais d'ORE. Je forme par ailleurs les bénévoles qui m’accompagnent dans nos démarches, sans oublier de préparer les sujet juridiques votés en conseils d’administration.
Enfin il me revient de participer au nom de la LPO Bretagne aux enquêtes ou consultations publiques liées à de potentiels impacts environnementaux.
Quels types de signalements sont adressés au service juridique ?
Notre boîte d’alerte juridique–[email protected] où chacun peut nous alerter, reçoit quotidiennement des signalements divers et variés. Ils sont souvent le fait de personnes préoccupées de constater la destruction ou le dérangement d’espèces protégées et d’infractions au droit de l’environnement.
Par exemple, des chasseurs dans des zones interdites à la chasse, du tir à la carabine sur des Cygnes tuberculés ou encore un épervier volontairement blessé. Nous avons également hélas encore, des signalements d’oiseaux encagés.
Quelle suite une fois la pertinence d’un signalement analysée ?
Nous travaillons main dans la main avec l’Office français de la biodiversité (OFB). Leurs agents ont le pouvoir pour intervenir dans la plupart des cas signalés... Et l’an dernier, nous avons également déposé une dizaine de plaintes au nom de l’association. J’assure ensuite le suivi de ces plaintes et de leurs retombées.
Parmi tes missions tu as évoqué l’accompagnement de propriétaires soucieux de protéger leur terrain de manière durable. Peux-tu nous en dire plus ?
Au sein du service juridique, tout comme la lutte contre la destruction d’espèces protégées, ce sujet est l'un de ceux qui me tiennent le plus à cœur.
En effet depuis 10 ans, il existe un outil foncier de protection de l’environnement créé par la loi. Il s’agit des ORE (obligations réelles environnementales). J’accompagne les propriétaires qui souhaitent rejoindre ce dispositif trop méconnu.
Signées entre un propriétaire désireux de “sanctuariser” son terrain à long terme et une association de protection de l’environnement, les ORE sont modulables, tant en matière d’obligations que de durée.
Certaines caractéristiques du terrain sont ensuite protégées même en cas de vente ?
Oui, même après la vente d’un terrain, les obligations s’appliquent pour la durée prévue dans le dispositif.
Les propriétaires qui nous contactent sont par exemple attachés à la conservation des arbres, des mares ou des haies présentes sur leur terrain. D’autres ne souhaitent pas l’utilisation de produits phytosanitaires nuisibles à l’environnement, même s’ils devaient céder la propriété.
Nous mettons en place des obligations cohérentes, qui n'impactent pas la valeur du bien, tout en assurant à long terme la préservation de l’environnement.
Ce dispositif a-t-il du succès ?
Oui. En 2025, nous avons reçu une cinquantaine de sollicitations de la part de particuliers directement sur l’adresse juridique–[email protected]. Notre équipe de bénévoles a ensuite estimé et recueilli les informations sur la valeur écologique des terrains. Cela a abouti à une vingtaine de dossiers qui sont soit conclus, soit en cours de finalisation.
Es-tu heureuse dans ton métier ?
J’ai la chance de faire un métier où je peux me rendre utile en mettant le droit au service de l’environnement et de la faune sauvage. C’est à la fois stimulant, avec une grande variété de rencontres et de situations. Donc oui je suis professionnellement épanouie... Même si évidemment, je souhaiterais pouvoir en faire encore plus pour les causes que je défends.
Que pouvons-nous te souhaiter pour la suite ?
Même si je rêverais du contraire, je serai toujours très sollicitée en matière de lutte contre les atteintes à la biodiversité ! Alors je fais appel à toutes les bonnes volontés : j’encadre une équipe de bénévoles dont l’aide m’est particulièrement précieuse au sein du groupe juridique et ORE de l’association.
Alors si vous avez des compétences en droit ou des affinités avec les sujets juridiques n’hésitez pas à vous manifester à l’adresse indiquée : juridique–[email protected]
Je me ferais une joie de voir l’équipe s’étoffer.
Merci Inès, de t‘être prêtée au jeu des questions réponses et de nous avoir éclairés sur tes missions déterminantes au sein de l’association.