La Gartempe en souffrance : des acteurs locaux donnent l’alerte !

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La Gartempe qui prend sa source dans le département de la Creuse, court en Haute-Vienne et dans la Vienne où elle se jette dans la Creuse à La Roche-Posay, connaît chaque année une situation de plus en plus critique qui met en péril sa biodiversité et l'approvisionnement en eau potable...

Au premier plan des rochers avec des arbustes et au second plan coule la rivière Gartempe bordée d'arbres de chaque côté.

La richesse biologique et paysagère de la Gartempe est reconnue à travers ses divers classements, mais elle n'est pas assez protégée. © Morgane Revol

De nombreux acteurs du bassin de la Gartempe ont écrit une lettre ouverte adressée au préfet de la région Centre-val de Loire, coordonnateur du bassin Loire-Bretagne, ainsi qu’aux Préfets des départements de la Creuse, de la Haute-Vienne et de la Vienne, pour les alerter sur la préservation de la ressource en eau de la Gartempe.

 

Ses différents classements et outils de protection ne suffisent actuellement plus à maintenir une ressource viable pour les écosystèmes, ni pour l’alimentation en eau potable de plusieurs villes. Il est temps de se mobiliser et de classer la Gartempe en Zone de Répartition des Eaux (ZRE) !
Chaque été, le débit de la Gartempe dans les départements de la Creuse, de la Haute-Vienne et de la Vienne atteint le seuil de crise, déclenchant des arrêtés préfectoraux de restriction d’usages de plus en plus fréquents. Ces arrêtés, désormais quasi annuels, témoignent d’une dégradation structurelle de la ressource en eau.

Une grande richesse…

Rappelons que la Gartempe, principal affluent de la Creuse, prend sa source sur la commune de Peyrabout, près de Lepinas, dans le département de la Creuse, à plus de 600 mètres d’altitude. Longue de 206 km, elle conflue avec la Creuse sur les communes de La Roche-Posay et Yzeures-sur-Creuse. Ce réseau hydrographique draine un bassin versant de 3 922 km2.
La richesse biologique et paysagère de cette rivière sauvage est reconnue à travers ses classements en sites Natura 2000, sur plusieurs parties de son cours, mais également par son classement au titre de ses paysages. De nombreux moyens financiers sont actuellement mis en œuvre par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne à travers les contrats territoriaux, futurs Accords de territoire. Néanmoins, ces outils n’ont pas permis de faire évoluer la situation hydrologique de cette rivière qui devient de plus en plus inquiétante.

… en péril chaque année

Les différents seuils de gestion sont atteints toujours plus tôt dans la saison. Un exemple récent : la sécheresse qui s’est installée de manière durable cet été 2026. Conséquences ? L’état des milieux aquatiques s’est fortement dégradé et les niveaux des nappes et des rivières ont rarement été aussi bas. La Gartempe, qui a connu un étiage très sévère, n’a pas échappé à ce constat : le débit de seuil de coupure a été franchi à l’indicateur de Montmorillon dès la fin juin ! Pire encore, de nombreux ruisseaux, affluents de la Gartempe se sont retrouvés en assec. Ce phénomène a engendré la destruction des peuplements piscicoles et de toutes les espèces aquatiques qui y vivent, mais a aussi mis en péril l’approvisionnement en eau potable de plusieurs secteurs (prélèvement important en tête de bassin pour l'alimentation en eau potable de Limoges et Guéret où la situation est actuellement plus que préoccupante). Autre exemple : la station de Montmorillon enregistrait un débit qui effleurait les 1m3 d’eau par seconde en juillet 2026, et se trouve actuellement à 0,44m3/sec en ce début septembre !

 

Chemin parcouru par la Gartempe, de sa source en Creuse à sa confluence avec la rivière Creuse dans la Vienne.

 

Repenser, anticiper, agir !

Il devient urgent de passer d’une gestion d’urgence à une gestion anticipée et durable de la ressource. Cela suppose de réfléchir sérieusement aux aspects quantitatifs de l’eau, et à sa qualité. La Gartempe est un signal d’alerte fort : sans action concertée sur tout son linéaire, elle risque de devenir un cours d’eau en détresse permanente. C’est une responsabilité collective que de préserver cette ressource et ce patrimoine naturel pour les générations futures.

Depuis plus de dix ans, plusieurs structures demandent à revoir la gestion de l’eau potable réalisée sur la Gartempe (eau prélevée dans la Gartempe mais rejetée dans la Vienne sur plusieurs points), et que la Gartempe soit classée en ZRE : zone de répartition des eaux. Cela induirait une gestion volumétrique des prélèvements, pour l’irrigation, ce qui existe sur les bassins du Clain et de la Charente. Le classement en ZRE est le signal de reconnaissance par la puissance publique d'un déséquilibre quantitatif avéré entre la ressource et les prélèvements existants. Ce classement permettrait une gestion plus fine et renforcée des demandes de prélèvements à l'échelle du territoire concerné. Il permettrait aussi et surtout de répondre aux objectifs du SDAGE concernant le partage et la qualité de l'eau, mais aussi la préservation des milieux aquatiques et de leurs espèces en tant qu'indicateurs d'un écosystème à l'équilibre.

La gestion quantitative d’un bassin en tension repose sur des volumes prélevables (gestion structurelle à moyen terme) et des seuils de gestion (gestion conjoncturelle à court terme) définis sur la base de connaissances scientifiques. Sur la Gartempe et plus largement sur le reste du bassin versant de la Creuse, ces connaissances scientifiques ont été actualisées à l’occasion de l’étude Hydrologie Milieux Usages Climat (HMUC) validée par la commission locale de l’eau (CLE) du SAGE Creuse le 26 mai 2023. Les résultats de cette étude n’ont toujours pas été considérés dans la gestion de ce bassin.

Devant cette situation, la LPO a lancé une mobilisation des acteurs du bassin de la Gartempe pour une communication médiatique. Ces structures se sont collectivement mobilisées sous la forme d'une lettre ouverte envoyée au préfet de la région Centre-val de Loire, coordonnateur du bassin Loire-Bretagne, ainsi qu’aux Préfets des départements de la Creuse, de la Haute-Vienne et de la Vienne.

La gestion de l'eau n'est pas un domaine facile. Nous ne reconnaissons souvent sa valeur que lorsque le puits est à sec. N’attendons pas, prenons les devants !

 

 

 

Lire la lettre ouverte adressée aux Préfets :

Lettre-ouverte-classement-Gartempe-26
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