Un rendez-vous international clé pour les espèces migratrices

Actualité

La 15e Conférence des Parties à la Convention sur les espèces migratrices (CMS COP15) se tient du 23 au 29 mars 2026 à Campo Grande (Brésil). Elle intervient à un moment critique pour la biodiversité mondiale : près de 50 % des espèces migratrices protégées par la CMS sont en déclin, et il reste moins de 5 ans pour atteindre les objectifs 2030 du cadre mondial de la biodiversité (Kunming-Montréal). Les espèces migratrices – oiseaux, mammifères marins, chauves-souris, poissons migrateurs et al. – dépendent d’actions coordonnées entre pays. La CMS constitue donc un levier essentiel pour traduire les engagements globaux en mesures concrètes sur les espèces, les habitats et les corridors écologiques à l’échelle des voies de migration.

Les priorités portées par BirdLife qui représente la LPO à la COP au Brésil :

1. Renforcer la conservation des oiseaux marins

Adoption d’une résolution sur les flyways marins

  • Réponse aux pressions majeures : captures accidentelles/bycatch, pollution, changement climatique
  • Les oiseaux marins sont le groupe d’oiseaux le plus menacé au monde
  • Nous insistions sur l’urgence d’un cadre global coordonné pour les océans

2. Lutter contre les captures accidentelles (bycatch)

  • Jusqu’à 1 million d’oiseaux marins tués chaque année dans les pêcheries
  • Nécessité d’une résolution claire, opérationnelle et contraignante

Nous recommandons :

  1. Une définition robuste du bycatch
  2. Des obligations différenciées selon les annexes CMS
  3. Des mesures concrètes de mitigation

3. Combattre les prélèvements illégaux et non durables (Illegal killing of Birds)

  • Création d’une initiative mondiale contre le prélèvement illégal
  • Intégration des enjeux de consommation et de commerce

Point clé : la majorité des espèces migratrices consommées en Afrique-Eurasie le sont illégalement

4. Protéger les habitats et la connectivité écologique

  • Adoption du cadre de suivi du Samarkand Strategic Plan (2024–2032)
  • Intégration des Key Biodiversity Areas (KBA) comme outil central

Nous appuyons :

  1. de sécuriser les sites critiques et les corridors migratoires
  2. sur le constat que seulement ≈50 % des habitats clés sont aujourd’hui protégés

5. Accélérer les plans d’action pour espèces prioritaires

  • Plan d’action pour l’Aigle des steppes
  • Programme pour les vautours (Afrique-Eurasie et Amériques)
  • Nouvelles inscriptions d’espèces dont 3 limicoles qui sont encore sur la liste des espèces chassables des Antilles françaises : Hudsonian Whimbrel/Courlis corlieu hudsonien Hudsonian Godwit/Barge hudsonienne & Lesser Yellowlegs/Petit Chevalier

Nous appuyons la logique de passer de l’engagement global à des plans multi-espèces opérationnels et demandons le retrait de la liste des espèces chassables de l’ensemble des limicoles dans un mauvais statut de conservation sur la voie de migration ouest-atlantique.

6. Réduire les menaces émergentes

Nous appelons à :

  • une approche de précaution stricte sur l’exploitation minière en eaux profondes
  • un renforcement des actions contre : l’empoisonnement (e.g. plomb, anti-inflammatoire non stéroïdien), les infrastructures dangereuses & le changement climatique

Nous appuyons un refus clair et catégorique d’autoriser des activités à fort impact en contexte d’incertitude scientifique

7. Renforcer la coopération internationale par flyway

  • Développement du CMS Americas Flyways Framework
  • Coordination accrue entre États car la conservation des migrateurs est nécessairement transfrontalière.

Une mobilisation forte de la société civile et de BirdLife sur place :

  • Environ 40 délégués BirdLife présents
  • Participation active aux négociations et aux événements parallèles
  • Contribution à une déclaration commune des ONG
  • Plusieurs side-events clés illustrent ces priorités : oiseaux marins, rapaces, connectivité, énergie…

La LPO, en tant que partenaire de BirdLife, soutient pleinement ces orientations et appelle les États à :

  • Passer de l’ambition à l’action concrète d’ici 2030
  • Renforcer les obligations internationales, notamment sur :
  1. le bycatch
  2. le prélèvement illégal
  3. Protéger effectivement les habitats critiques et les corridors
  4. Appliquer le principe de précaution face aux nouvelles pressions (mines, énergie, pollution)

Le succès de la COP15 se mesurera non pas aux textes adoptés, mais à la restauration effective des populations dans la nature

La CMS COP15 constitue une opportunité décisive pour inverser le déclin des espèces migratrices.

Pour la LPO et BirdLife, l’enjeu est clair : transformer les engagements internationaux en actions mesurables, coordonnées et efficaces sur le terrain.