L’anguille d'Europe, poisson emblématique de nos rivières et de nos estuaires, est classée en danger critique d’extinction à l’échelle mondiale par l’UICN depuis 2008. Sa population s’est effondrée de 90 % en près d’un demi-siècle. Les pressions qui pèsent sur l’espèce sont nombreuses, comme l’altération des cours d’eau, les ruptures de continuités écologiques (barrages), la disparition des zones humides, les pollutions diverses, ainsi que la surpêche et le braconnage. Les scientifiques du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM) préconisent, depuis 2022, l’arrêt de toute pêche à l’anguille à tous les stades de son développement. Des professionnels de la restauration, comme le chef triplement étoilé Christopher Coutanceau, ont déjà suspendu la commercialisation de ce poisson.
Dans la Réserve naturelle nationale de la Baie de l’Aiguillon, sur un périmètre de moins de 50 km² situé au cœur du Parc naturel régional du Marais poitevin, est pourtant capturé chaque année jusqu’à 10 % du quota national de civelles, soit plus de 15 millions d’alevins ! Comble de cette situation tragique, 60% de ces futures anguilles ainsi pêchées dans les cours d’eau affluents de la Sèvre niortaise grâce à de l’argent public sont utilisés pour le repeuplement d’autres rivières européennes, sans qu’aucun suivi n'y soit effectué, alors qu’elles pourraient prospérer afin d’augmenter la très faible population locale !
Depuis l’automne, un groupe de travail coordonné par le préfet de Charente-Maritime a planché sur les mesures de protection de l’anguille au sein de la RNN de la Baie de l’Aiguillon. Alors que les conclusions des concertations doivent être rendues à la Ministre de la transition écologique prochainement, nous appelons à la fin immédiate de la pêche des civelles à l’intérieur de la réserve.
Nous avons alerté le Président de la République, le Premier ministre et la ministre de la Transition écologique, il est temps que la France en finisse avec cette tolérance inacceptable
Allain Bougrain Dubourg Président de la LPO
Autoriser l'exploitation commerciale d'une espèce en danger critique au cœur d'une réserve naturelle nationale, c'est vider de son sens le plus haut niveau de protection que la loi française a prévu. Il est temps que les actes soient à la hauteur de nos engagements.
Maud Lelievre Présidente du Comité français de l’UICN
La pêche et la commercialisation de l’alevin de l’anguille en général et en réserves naturelles à plus forte raison est un anachronisme qui doit impérativement cesser
Claude Roustan Président de la FNPF
Les réserves naturelles ont vocation à protéger les espèces les plus menacées et à préserver les équilibres écologiques les plus fragiles. Permettre aujourd’hui l’exploitation d’une espèce classée en danger critique d’extinction au sein même de ces espaces protégés constitue une contradiction profonde. Il est indispensable d’agir en cohérence et responsabilité pour que ces espaces demeurent pleinement des lieux de protection, de restauration et d’avenir pour le vivant.