Commandée par le gouvernement dans le cadre de l’Observatoire de l’éolien en mer et pilotée par l’Ifremer et le CNRS, cette étude confirme et structure les connaissances sur les nombreux effets du développement de l’éolien en mer sur la biodiversité. Elle alerte notamment sur le risque d’une transformation notable de la vie marine en cas de déploiement massif et prolongé.
Pour les oiseaux marins, le risque ne se limite pas aux collisions et aux mortalités directes. Plusieurs espèces - mouette tridactyle, fou de Bassan, plongeons catmarins, guillemots de Troïl - doivent contourner les parcs, entraînant une perte d’habitat fonctionnel et un surcoût énergétique susceptible d’affecter leur reproduction. Chez les chauves-souris, s’ajoute le risque de barotraumatisme, souvent fatal pour ces espèces sensibles déjà fortement menacées.
L’étude s’appuie sur un travail d’ampleur : 25 chercheurs issus de 13 établissements, ont analysé 411 publications scientifiques internationales sur environ 4 500 publications recensées. La synthèse publiée récemment en présente les principaux enseignements.
Un manque de connaissances qui impose de revoir la planification de l’éolien en mer
Le constat le plus édifiant tient aux lacunes de connaissances considérables révélées par l’étude, sur des volets pourtant essentiels à la planification de l’éolien en mer.
Trois chiffres alertent particulièrement la LPO :
- 85 % des mesures étudiées relèvent de la réduction des impacts, marquant le manque d’attention porté aux mesures d'évitement, qui constituent pourtant le levier le plus efficace pour minimiser l’impact de ces projets sur la biodiversité.
- 66 % des mesures ERC (Eviter-Réduire-Compenser) recensées n'ont jamais été testées in situ, en conditions réelles. Leur efficacité n'est donc pas démontrée.
- 77 % de la surface des parcs éoliens français sont situés dans des espaces sous statut d’aire protégée.
L'ESCo révèle également l'absence de méthode fiable pour mesurer la mortalité par collision en mer. Pour la LPO, ces lacunes doivent être comblées sans délai, en harmonisant les protocoles de suivi au niveau national et en standardisant les méthodes d'évaluation des pertes et des gains de biodiversité dans la séquence ERC.
Cette étude souligne enfin l'absence d’évaluations sur les effets cumulés entre parcs éoliens, mais aussi à l’échelle de l’ensemble des activités susceptibles d‘impacter le milieu marin. Un angle mort majeur pour des espèces mobiles, pour lesquelles l'accumulation de plusieurs parcs peut affecter la viabilité de toute une population.
Pour une transition énergétique fondée sur la science et respectueuse du vivant
Alors que le déploiement de l’éolien en mer s’accélère, ces résultats nous alertent sur le manque criant d’évaluation des impacts. Ils révèlent les limites d’une approche projet par projet, qui plus est plutôt centrée sur la réduction des risques que sur l’évitement, en implantant les projets en dehors des aires marines protégées notamment (Parcs naturels marins, sites Natura 2000…).
La LPO alerte sur les écueils de cette approche déjà observés sur certains projets en cours de déploiement comme celui de Dunkerque. Faute d’étude sérieuse de sites alternatifs, d’évaluation des effets cumulés, et de mesures de réduction et de compensation dont l’efficacité n’est pas démontrée, ce projet, situé au cœur d’un couloir de migration d’importance internationale, fait peser un risque considérable sur de nombreuses espèces. La LPO, avec un consortium d’associations françaises, belges et européennes, portent actuellement un recours pour stopper ce projet.
L’éolien en mer est nécessaire à la transition énergétique de notre pays, mais son déploiement ne peut en aucun cas se faire au détriment de la biodiversité. Cette expertise le rappelle avec la force de la preuve scientifique : la planification de l’éolien en mer doit se faire de manière intégrée, en priorisant réellement l'évitement des risques et en s'appuyant sur la science.
Les résultats de cette expertise, d’une ampleur inédite, doivent être suivis d’effets dans la manière dont nous envisageons le déploiement de l’éolien en mer. Anticipons, évitons et mesurons les impacts de ces technologies, plutôt que d’avancer à l’aveugle et à marche forcée.