Cadre mondial pour la biodiversité 2023 : entre retards et reculs, un appel à l'action

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La 17ème Conférence des parties (COP17) à la Convention sur la diversité biologique se réunit du 19 au 30 octobre à Erevan (Arménie). A mi-parcours du Cadre mondial pour la biodiversité 2030, le bilan est fragile, entre avancées limitées et menaces de reculs. La LPO appelle à un sursaut politique, pour accélérer la restauration des écosystèmes et mettre fin aux soutiens publics d’activités néfastes pour la biodiversité. 

Logo de la conférence des nations unies sur la biodiversité

Crédits : UN Biodiversity Conference (CBD COP17)

Pendant deux semaines, les négociateurs des Etats parties à la Convention sur la diversité biologique se réunissent pour un bilan à mi-parcours de la mise en œuvre des objectifs fixés pour 2030 par le Cadre mondial pour la biodiversité de Kumming-Montréal. Adopté lors de la COP15 en décembre 2022, ce cadre définit 23 cibles à atteindre d'ici 2030.

Malgré quelques avancées, les progrès restent très insuffisants. Le rapport d'avancement est sans appel : sans accélération de la mise en œuvre, les objectifs pour 2030 ne seront pas atteints, la lenteur des progrès actuels constituant un risque à long terme.

La COP17 doit impérativement dépasser ce constat et impulser une politique plus ambitieuse pour combler le retard pris dans la réalisation de ces engagements.

 

Une mise en œuvre insuffisante, marquée par les reculs

L’adoption du nouveau Cadre mondial en 2022 avait pourtant permis une accélération des politiques de biodiversité. En France, la Stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) établissait un plan d’action relativement complet et s’engageait à accroitre les moyens pour la protection et la restauration des écosystèmes.  

Au-delà des engagements, les mesures prises sont pourtant restées timides. L’emblématique cible de 30 % du territoire classé en aires protégées a été atteinte en France, mais l’effectivité de leur protection doit encore être renforcée. Une grande partie des espaces naturels se trouvant sur des terrains privés, la fiscalité applicable au patrimoine naturel constitue un levier essentiel. Comme le recommande la Fondation pour la recherche sur la biodiversité, il conviendrait notamment d’alléger la pression fiscale sur les espaces protégés en fonction de leur importance écologique, ou encore de conditionner les aides publiques aux agriculteurs au respect des objectifs de conservation de ces espaces. 

Pire, depuis quelques années, les reculs politiques se sont multipliés, en contradiction directe avec nos engagements internationaux.

Alors que la Cible 7 du Cadre mondial vise à réduire de moitié les risques liés aux pesticides, les récentes lois agricoles actent le retour des substances précédemment interdites et l’Omnibus européen sur les pesticides — en cours de négociation — une menace de plus grande ampleur encore.

La Cible 4, qui vise — entre autres — une meilleure gestion des interactions entre activités humaines et faune sauvage, est remise en cause par l'abaissement du statut de protection du Loup, ou le renouvellement du régime ESOD... Ces politiques de gestion par la destruction, jugées inefficaces par des études scientifiques, se font au détriment de mesures de protection non létales et plus pérennes.

La Cible 5 vise l’exploitation durable de la biodiversité. Malgré ses engagements, la France persiste à autoriser les prélèvements de chasse ou de pêche d’espèces en déclin, en dépit des avis scientifiques. La pêche de l’anguille européenne, en danger critique d’extinction, illustre ce décalage entre engagements et mesures prises. 

 

Financer la restauration de la nature et non sa destruction

Problématique majeure identifiée par le rapport mondial : la protection de la biodiversité est largement sous-financée et des dépenses publiques colossales continuent de soutenir des activités néfastes pour la biodiversité.

Un rapport sénatorial de juillet 2026 indiquait ainsi que seuls 40 % des besoins financiers de la SNB ont été couverts sur la période 2023-2026. Le Plan national pour la restauration de la nature, qui vise à remettre en état les écosystèmes dégradés d’ici 2050, estime le déficit annuel d’investissement entre 1,5 et 2,1 milliards d’euros.

Le sous-financement des politiques pour la biodiversité est d’autant plus préoccupant que le soutien public aux activités défavorables pour la nature sont considérables. Le budget vert pour le Projet de Loi de finances 2027 estime les dépenses publiques de préservation des ressources naturelles à 4,3 milliards d’euro, dont 0,5 milliards directement lié à la protection de la biodiversité. Une goutte d’eau au regard des plus de 20 milliards de dispositifs publics soutenant des activités néfastes pour la biodiversité identifiée dans un rapport des inspections générales des finances et de l’environnement. 

 

A quatre ans de l’échéance, un sursaut s’impose en France, en Europe et dans le monde. Les moyens doivent être considérablement renforcés, les politiques appliquées et mises en cohérence, les reculs stoppés.  

La COP 17 doit réveiller les consciences internationales en faveur de la biodiversité au même titre que la crise climat, mais le travail de terrain au plus près de la bête et de la plante reste prioritaire. C'est là que l'avenir du Vivant se joue.

Allain Bougrain Dubourg

Président de la LPO