Les arguments :
- En totale infraction à la loi édictée dans le code de l’environnement, le déterrage et la destruction des blaireaux dans la période complémentaire, seraient alors réalisés en pleine période d’élevage des jeunes
L’article L424-10 du code de l’environnement n’est pas respecté : Selon l’article L 424-10 du code de l’environnement, « il est interdit de détruire, d’enlever, de vendre, d’acheter et de transporter les portées ou les petits des mammifères dont la chasse est autorisée. »
Il ressort de l’ensemble des publications scientifiques, que le blaireau est un « petit » tout au long de la première année de sa vie ; en effet après le sevrage qui survient entre 3 mois et 4 mois selon la disponibilité alimentaire, le blaireautin reste pleinement dépendant de sa mère pour passer très progressivement de l’alimentation lactée à une alimentation solide. L’apprentissage du petit blaireau peut perdurer jusqu’à ses 8 mois. Il apprend d’elle ce qu’il peut manger et les règles de sécurité. Le priver de sa mère avant ses huit mois le condamne à mourir.
Autrement dit, abattre les blairelles entre juin et septembre, c’est provoquer de façon indirecte mais certaine la mort de leurs petits.
De plus, les opérations de déterrage sont menées à l’aveugle et avec une telle violence que les petits, réfugiés au fond du terrier avec leurs parents sont nombreux à être tués, souvent par les chiens, mais aussi par les chasseurs qui dans l’action ne font pas la distinction. La nature même de cette pratique ne permet pas de sélectionner les spécimens auxquels on s’attaque pour les détruire.
De plus en plus de tribunaux administratifs annulent les arrêtés préfectoraux qui autorisent ces périodes complémentaires pour non-respect de l’article L424-10 du code de l’environnement.
Ainsi, la Cour d’appel de Bordeaux en date du 24 février 2026 a nettement pris position sur ce que veut dire le terme « petit » en déclarant :
« Eu égard à l’objectif d’équilibre agro-sylvo-cynégétique posé par l’article L420-01 du Code de l’environnement, il y a lieu d’entendre par « petits de tous les mammifères » le petit qui n’a pas atteint une autonomie et qui n’est pas capable de survivre seul sans dépendance de sa mère. Un tel état ne devant pas être assimilé, comme précisé par la Cour, ni à la période de sevrage ni à la maturité sexuelle du mammifère. »
Il en ressort donc que toute période complémentaire, qu’elle débute en mai, en juin ou en juillet, est contraire à l’article L424-10.
En effet les petits naissent entre mi-janvier et début avril et ne peuvent atteindre leur indépendance alimentaire avant l’automne.
- La population de blaireaux dans le Pas-de-Calais fait l’objet d’une estimation hasardeuse.
Pour justifier une période complémentaire de déterrage, la préfecture se voit obligée d’affirmer que la population de blaireaux croît rapidement et que le blaireau est en train de coloniser le Pas-de-Calais, or aucune donnée scientifique sérieuse n’est donnée pour étayer cette déclaration.
Une fois de plus, il est fait référence à une enquête réalisée en 2018 par un stagiaire de la FDSEA qui a utilisé une méthode de comptage sans aucune valeur scientifique.
En l’absence de données scientifiques sur la densité des blaireaux dans le département, il est impossible d’affirmer que l’état de conservation de l’espèce est favorable. Ceci est à rapprocher de l’article L420-1 du code de l’environnement qui dit que : « l’administration doit garantir que la vènerie sous terre ne doit pas porter atteinte aux populations de blaireaux. »
- La population de l’espèce est menacée.
Un taux de reproduction particulièrement faible.
Autoriser chaque année une période complémentaire alors que le blaireau est déjà chassé du 15 septembre au 15 janvier pourrait menacer la survie de l’espèce car le taux de reproduction des blaireaux est faible et le taux de mortalité des jeunes est très élevé : 30% des femelles seulement sont gestantes chaque année, et donnent, en moyenne, naissance à 3 petits dont le taux de mortalité est de 50%. Source : « Le blaireau européen » de François Lebourgeois (Maître de conférence à Agro Paris Tech)
Les activités humaines impactent également beaucoup les populations de blaireaux qui doivent déjà faire face à la disparition de leurs habitats, (haies, lisières, prairies) et aux collisions routières.
Les collisions routières
Il est surprenant de vouloir justifier la période complémentaire de déterrage par le nombre de collisions routières avec des blaireaux qui sont avant tout des victimes ! De taille et de poids modestes, ils sont tués en étant heurtés sur le bord des routes et ne mettent pas en danger les automobilistes. Pour poursuivre un objectif de sécurité routière, il semblerait plus judicieux de limiter la vitesse sur les routes de campagne comme cela existe dans certaines régions de France pour éviter les collisions avec la faune sauvage dans son ensemble. (Sangliers, cerfs)
Oui, les blaireaux sont tués lors de collisions routières et cette cause de mortalité participe au fait que c’est une espèce dont les effectifs ne peuvent pas croître rapidement contrairement à ce qui est affirmé dans la note de présentation du projet.
- Les dégâts aux cultures, chemins agricoles et infrastructures ferroviaires ne sont pas étayés par des faits précis et des études sérieuses.
- Dégâts aux cultures
Une fois encore, aucune donnée précise n’est apportée sur le lieu, la date, la nature des dégâts ce qui permettrait pourtant d’en vérifier la véracité.
On sait que les dégâts des blaireaux sont beaucoup plus limités que ceux des sangliers, dans la plupart des cas. Très localisés, plutôt en bordure des forêts, ils peuvent être évités par des mesures de protection ou d’effarouchement comme l’installation de fils électriques à 15cm de hauteur.
Il n’est pas fait mention dans la note explicative de mesures préventives mises en place pour protéger les cultures d’éventuels dégâts.
- Dégâts aux chemins agricoles et infrastructures ferroviaires menaçant la sécurité.
Encore une fois, aucun document n’atteste d’éventuels dégâts aux chemins ni aux parcelles cultivées, susceptibles de provoquer des accidents ; On ignore complètement la nature, la localisation et le coût des remises en état.
Il convient par ailleurs de rappeler que le blaireau est classé à l’annexe III de la Convention de Berne dont la France est signataire avec 48 autres pays
Or l’article 9 prévoit qu’on ne peut porter atteinte aux espèces protégées par la Convention « qu’à condition qu’il n’existe pas une autre solution satisfaisante et que la dérogation ne nuise pas à la survie de la population concernée. » Pour être légales, les dérogations à l’interdiction de porter atteinte aux blaireaux doivent être justifiées par trois conditions : Démonstration de dommages importants aux cultures, absence de solutions alternatives, absence d’impact sur la survie de l’espèce. L’exercice récréatif de la chasse est exclu….
En ce qui concerne les dégâts aux infrastructures ferroviaires, le fait d’autoriser la vènerie sous terre sur l’ensemble du département ne peut pas régler le problème ; en revanche une intervention locale et ponctuelle sur le modèle de ce qui est fait depuis plusieurs années dans le Bas-Rhin apporterait une réponse rapide au problème. Le processus est bien rôdé : construction d’un terrier artificiel sur un site soigneusement choisi, et très vite adopté par la famille de blaireaux, puis fermeture de la blaireautière qui pose problème avec des trappes anti-retour.
- La tuberculose bovine invoquée par les chasseurs est un faux argument.
L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) a clairement réitéré dans un rapport publié en 2019 sa position déjà exprimée en 2011 : dans les zones indemnes de tuberculose, soit 96% du territoire français, l’élimination préventive des blaireaux ne peut en aucun cas être justifiée au motif de la lutte contre cette maladie, contre laquelle il existe par ailleurs un vaccin.
Or il n’y a pas eu de cas de tuberculose bovine dans le département du Pas-de-Calais ni en 2024, ni en 2025.
- La vènerie sous terre est une méthode de chasse cruelle et barbare.
Il s’agit d’une pratique cruelle qui inflige de profondes souffrances aux animaux en les acculant dans leurs terriers Ils sont poursuivis par des chiens dressés à cette pratique. Les terriers sont détruits pour atteindre les les blaireaux qui sont saisis par des pinces et achevés à l’arme blanche, au coup de fusil ou à coups de barre métallique Les blaireautins, rappelons-le, sont condamnés eux aussi.
- Le blaireau joue un rôle utile.
Par son alimentation, le Blaireau joue un rôle essentiel dans la régulation des rongeurs et des invertébrés comme les larves de hannetons, limaces, susceptibles de causer des dégâts dans les cultures. Il consomme également des nids de guêpes et participe donc à leur régulation.
- Pourquoi la France se singularise-t-elle par rapport à ses voisins ?
L’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas, la Belgique, l’Italie, le Danemark, … protègent l’espèce qui n’est pas chassable.
Le blaireau français aurait-il chez nous un comportement particulier et particulièrement nocif au point de justifier d’être chassé sur une période complémentaire alors qu’il est déjà chassé du 15 septembre au 15 janvier ?
À la suite des recours déposés par les associations naturalistes, les tribunaux administratifs sont de plus en plus nombreux à annuler les arrêtés préfectoraux autorisant la période complémentaire de déterrage des blaireaux, en ordonnant parfois la suspension immédiate.