Le chardonneret, toute une Histoire… de l’Art !

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Chardonneret élégant © Alain Lorieux

Le chardonneret élégant est un petit oiseau particulièrement reconnaissable par sa tête ornée de rouge, blanc et noir. Réparti dans toute la France, le chardonneret est une espèce protégée qu’il n’est pas rare d’apercevoir en extérieur si vous levez les yeux.

Mais saviez-vous que ce petit oiseau est aussi observable parmi les plus grandes peintures de la Renaissance, par exemple dans la grande Galerie des Offices de Florence ou encore près de La Jeune Fille à la Perle aux Pays-Bas ?

Je m’appelle Anne, je suis étudiante à l’École du Louvre et dans cet article je vous propose de découvrir les représentations du chardonneret dans l’Histoire de l’Art, c’est parti !

Petite promenade à Florence. Vous décidez de visiter la majestueuse Galerie des Offices, vous apercevez le très apprécié David de Michel-Ange ou encore la Naissance de Vénus de Botticelli. Puis vos yeux se posent sur une œuvre peinte par l’un des plus grands maîtres de la Renaissance italienne, Raphael.

La Vierge au chardonneret, Raphael, 1506, huile sur bois, Galerie des Offices de Florence, 107 × 77 cm

Vous voyez au sein du tableau une femme assise sur une pierre, un livre à la main. Son regard est tourné vers deux jeunes garçons qui caressent un petit oiseau dont le nom apparaît dans le titre de cette œuvre : en effet ce tableau se nomme La Vierge au Chardonneret.

Peinte en 1506, cette huile sur bois est l’un des premiers chefs-d’œuvre de la carrière de l’artiste.

Cette scène est issue de l’iconographie chrétienne : Ici, la Vierge Marie observe deux petits garçons : à droite son fils, Jésus Christ, et à gauche l’apôtre favori de Jésus, Saint-Jean. Représentés en petits garçons, Jésus et Jean portent leur attention sur un petit oiseau qu’ils caressent avec douceur, un chardonneret. En effet, cet oiseau n’a pas été choisi au hasard par le peintre ! Le chardonneret, nommé ainsi car il se nourrit essentiellement de graines de chardon, est devenu un symbole de l’iconographie chrétienne largement utilisé durant le XVIème siècle.

Le chardon, dans l’iconographie chrétienne, renvoie à la couronne d’épines qui fut posée sur la tête de Jésus Christ avant d’être crucifié. Ici donc, le petit chardonneret est une métaphore du destin funeste du Christ. Selon une légende, le petit oiseau, voyant Jésus souffrir couronné d’épines, aurait essayé de retirer une épine de la couronne avec son bec. Le sang du Christ aurait alors tâché la tête de l’oiseau, la rendant rouge écarlate.

Si le petit chardonneret est manipulé avec douceur sous le pinceau de Raphael, il est parfois malmené par le Christ qui le tient par une ficelle dans de nombreuses représentations picturales. Comme attaché à un fil, le Christ ne peut échapper à son destin.

A présent, direction les Pays-Bas ! Car oui, dans le Musée Mauritsthuis situé dans la ville de La Haye, notre petit chardonneret occupe une place de choix.

A quelques pas de la Jeune Fille à la Perle, les visiteurs peuvent contempler le tendre Chardonneret de Carel Fabritius. Peint en 1654, ce petit tableau d’une trentaine de centimètres de hauteur saisit les visiteurs par son réalisme que l’artiste a si bien réussi à exécuter.

Le Chardonneret, Carel Fabritius,1654, huile sur bois, Mauritshuis, La Haye, 33.5 x 22.8 cm

Nous avons beaucoup de chance de pouvoir l’admirer exposé puisque ce tableau a bien failli être réduit en cendres comme beaucoup d’œuvres de Carel Fabritius.

En effet, alors que le peintre travaillait dans son atelier à Delft, un drame se produisit : un entrepôt au cœur de la ville contenant de la poudre explosa accidentellement. La puissance de l’explosion fut si forte que de nombreux habitants périrent dans leurs maisons, dont Carel Fabritius et les tableaux de son atelier. Le Chardonneret est donc une œuvre très précieuse,émoignage de la virtuosité du peintre qui fut l’élève de Rembrandt. En effet, ici le chardonneret est peint dans une volonté de naturalisme, il est peint dans les mêmes dimensions que le véritable animal et la mangeoire sur lequel il se tient est réalisée comme un trompe-l’œil. Les ombres portées, la perspective et les reflets créent un effet tridimensionnel.

Le Chardonneret, Carel Fabritius,1654, huile sur bois, Mauritshuis, La Haye, 33.5 x 22.8 cm

Un détail d’ailleurs nous attriste : une chaîne retient la patte du petit oiseau ainsi privé de liberté. En effet, les chardonnerets étaient des animaux de compagnie très appréciés au XVIIème siècle. Très intelligents, ces petits oiseaux étaient capables de faire des tours tels que de boire dans un dé à coudre ou ouvrir leur mangeoire. Très beaux, ils étaient aussi aimés pour leur esthétisme au sein d’un logis.

Heureusement aujourd’hui il est interdit de détenir un chardonneret chez-soi puisque la loi les classe sur la liste des espèces protégées. Néanmoins, les chardonnerets sont malheureusement victimes de nombreux trafics illicites ainsi que de la disparition de leurs habitats naturels causant le déclin de leurs populations.

Ces œuvres d’art nous rappellent que les véritables chefs-d’œuvre sont dans la nature et qu’il est important de la préserver le plus longtemps possible.

Anne de Reviers

Sources :

Uffizi Galleries. « Mary, Christ and the Young John the Baptist, Known as the “Madonna of the Goldfinch” by Raphael ». Consulté le 8 septembre 2026. https://www.uffizi.it/en/artworks/mary-christ-and-the-young-john-the-baptist-known-as-the-madonna-of-the-goldfinch

Antoni, Aurélia. « La véritable et poignante histoire du « Chardonneret » ». Beaux Arts, 18 septembre 2019. https://www.beauxarts.com/grand-format/la-veritable-et-poignante-histoire-du-chardonneret/.

« Le Chardonneret ». Consulté le 8 septembre 2026. https://www.mauritshuis.nl/fr/decouvrir-la-collection/oeuvres-d-art/605-le-chardonneret