Le Lycée Grandmont, un Refuge pour la nature (37)

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Lycée Grandmont © Paul Siffert

Le lycée Grandmont, au sud de Tours, fait partie des plus grands lycées de la région Centre Val de Loire : il accueille plus de 2200 élèves, 500 internes, ainsi que près de 400 personnels (enseignants, agents, assistants d'éducation).

Le parc de cette cité scolaire, d'une superficie de près de 13 hectares, est Refuge LPO depuis 2023. Cette démarche de labellisation, initiée par l'intendant de l'établissement, fut un catalyseur et a été le point de départ de nombreuses actions de préservation de la biodiversité.

Outre la présence d'arbres multi-centenaires, un inventaire de la flore sauvage du parc a mis en évidence l'existence de près de 180 espèces parmi lesquelles on peut noter 6 espèces d'orchidées, une espèce protégée régionalement, 5 espèces déterminantes ZNIEFF (zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique), mais encore des espèces rares à l'échelle régionale comme l'orobanche du gaillet.

Ophrys abeille © Paul Siffert

 

Afin de préserver ce patrimoine naturel et même de le favoriser, un plan de gestion différenciée des espaces verts a été élaboré puis affiné, en concertation avec les jardiniers. Alors que les pelouses de la partie centrale du parc, très fréquentée, sont tondues très régulièrement (gestion de type « horticole »), d'autres pelouses sont entretenues différemment. Certaines ne sont pas tondues avant fin avril, d'autres ne sont tondues qu'une seule fois dans l'année (en août) tandis que d'autres encore sont tondues à ras jusqu'à ce que les hampes florales d'orchidées apparaissent. Cette gestion spécifique favorise très clairement la flore sauvage, et notamment les orchidées, comme les comptages le montrent.

Ce plan de gestion différenciée a permis également d'instituer une « réserve à orties » : une zone où poussait naturellement les orties n'est passée au gyrobroyeur plus qu'une seule fois par an, à la fin de l'automne au lieu de plusieurs fois par an. Cette démarche devrait favoriser les très nombreux papillons dont les chenilles se nourrissent, souvent quasi-exclusivement, de cette plante.

Nous avons aussi semé sur quelques dizaines de mètres carrés, en partenariat avec le conservatoire de la Morelière de Saint-Laurent-de-Lin et de la SEPANT, des plantes messicoles, classées sur la liste rouge des espèces menacées de la région Centre Val de Loire : nielle des blés, chrysanthème des moissons, carthame laineux...

Enfin, le plan de gestion différenciée a désigné une parcelle boisée (futaie de chênes pluri-centenaires, d'environ un demi-hectare) comme « îlot de sénescence ». Laissée en libre évolution, cette zone constitue en quelque sorte la réserve naturelle du lycée Grandmont.

Îlot de sénescence © Paul Siffert

 

Une communication appropriée est développée pour accompagner ce plan de gestion différenciée et augmenter chez les usagers du lycée l'acceptation des adventices et des prairies en fauche tardive : jeu de piste, affichage du plan de gestion, affiches sur la flore du lycée, travaux de réflexion des élèves de seconde sur la biodiversité du parc, information sur les comptages d'orchidées, etc.

Dans le cadre de la labellisation Refuge LPO, diverses animations scolaires ont été proposées à des élèves de seconde, et une quinzaine de nichoirs en kit de la LPO ont été montés puis disposés dans le parc du lycée. Parallèlement, d'autres démarches ont été effectuées : pose d'un nichoir à faucon crécerelle sur le toit du bâtiment chaufferie, pose de deux nichoirs à chouette hulotte, tandis qu'un atelier « construction de nichoirs » a vu le jour grâce à l'implication de plusieurs agents. Une vente de chocolats a permis de financer l'achat du bois et du petit matériel nécessaires pour construire différents nichoirs (pour mésange, sittelle, grimpereau), mais aussi un gîte à chauve-souris.

Pour les hérissons, des arceaux métalliques en acier ont été créés par des élèves du BTS chaudronnerie du lycée, puis peints et posés par des agents d'entretien. Ces passages, au nombre de 6 le long de l'enceinte de l'établissement, facilitent et sécurisent la circulation des hérissons.

Passage à hérissons © Paul Siffert

 

Dans une logique de corridor écologique également, une mare a été aménagée juste à côté de l'îlot de sénescence. Situé entre le campus universitaire et la rivière « le Cher », ce point d'eau s'intègre dans une trame verte et bleue et pourrait venir au secours des salamandres et des tritons de l'université... Cette mare sera aussi un site privilégié pour les enseignants de sciences de la vie et de la terre pour faire cours dehors et aborder la notion... de biodiversité !

Enfin, l'adaptation au changement climatique est une préoccupation majeure. Différentes zones de la cité scolaire, correspondant à près d'un demi-hectare, ont été identifiées comme contribuant à l'effet « îlot de chaleur » en cas de canicule et pourraient être débitumées et végétalisées. Les bâtiments qui datent des années 1960 sont très mal isolés et la plantation d'arbres d'ombrage pour protéger les façades devient plus urgente que jamais.

Le comité environnement du lycée, club qui rassemble des agents, des assistants d'éducation, des élèves et des enseignants, s'est ainsi mobilisé en 2025. Plus de 2 000 crêpes ont été réalisées et vendues tandis qu'une friperie ouvrait ses portes au sein de l'établissement. Les fonds récoltés au cours de ces différentes actions ont permis de récolter largement assez d'argent pour au final planter 12 arbres d'ombrage (des ormes, variété Ulmus lutece Nanguen) et ainsi protéger l'internat filles des ardeurs du soleil, sur une longueur d'environ 50 mètres.

Plantation ormes © Paul Siffert

 

Toutes ces actions mises en œuvre sont non seulement bénéfiques pour la biodiversité, mais peut-être plus important encore, permettent de sensibiliser de très nombreux lycéens à notre environnement immédiat et de montrer concrètement que nous pouvons être des acteurs de la préservation de la biodiversité et de la lutte contre le changement climatique.

Paul Siffert