Nous pouvons économiser l'eau à notre échelle et optimiser son utilisation pour faire face à la sécheresse. Dans le jardin, différentes solutions fondées sur la nature comme la construction d'une petite mare, d'un fossé végétalisé, la pose d'une citerne... contribuent à préserver l'eau. Voici quelques aménagements classiques du jardin naturel et durable pour préparer très concrètement l'été 2027.
L'eau est précieuse, préservons-la !
Mare naturelle
La mare naturelle présente un grand intérêt écologique et c'est sans doute le milieu le plus riche en termes de biodiversité que vous puissiez trouver dans un jardin. La mare abrite une faune et flore aquatiques spécifiques (amphibiens, reptiles, insectes et plantes aquatiques) et attire les mammifères terrestres et les oiseaux qui viennent y boire toute l'année mais encore plus lors des fortes chaleurs.
Nul besoin de créer un grand plan d'eau : Une petite mare de 1m2 de surface suffit. Et même plus petite, une mini-mare reste très intéressante ! Celle-ci devra se situer dans endroit ensoleillé, si possible dans une petite dépression naturelle du terrain, ou un endroit humide, pas sous les arbres car les feuilles acidifient l'eau et la rend impropre. L'idéal est que la mare soit remplie naturellement d'eau de pluie (l'eau potable est traitée au chlore, ce qui n'est pas favorable au développement des micro-organismes aquatiques). Si votre terrain n'est pas naturellement argileux et donc imperméable, vous pouvez :
- apporter une couche d’argile qui sera compactée sur toute la surface de la mare ou,
- poser une bâche synthétique, il est dans ce cas préconisé l'emploi de caoutchouc EPDM, matériau inerte, très résistant aux intempéries, à la lumière et au froid, qui peut être recyclé. Il est conseillé de faire reposer la bâche sur un lit de sable ou un géotextile pour éviter les risques de perforation par pierres. Une partie de la terre déblayée pour creuser le trou peut être remployée pour tapisser le fond de la mare et favoriser le développement de végétaux.
- utiliser une natte bentonitique qui améliore l'étanchéité du sol (technique semi-naturelle à base d'argile extrait en carrière).
N'oubliez pas de "modeler" une pente douce sur au moins un des côtés et de placer une échelle anti-noyade (petite planche à demi immergée) pour éviter une noyade de hérisson.
Votre petite mare devra comporter des plantes aquatiques oxygènatrices dans l'eau et sur les bords (iris des marais Iris pseudacorus, potamots Potamogeton sp., renoncule aquatique Ranunculus aquatilis, Myriophyllum sp., Ceratophylum sp.). Attention de ne choisir que des taxons indigènes ! Les plantes d'aquariophilie sont à proscrire. Les deux ressources ci-dessous vous apporteront davantage d'infos pratiques.
Voir le Guide technique de création d'une mare - LPO AuRA
Fiche juridique LPO "Les mares".
Noue végétalisée
La noue végétalisée ou noue paysagère est un aménagement peu connu du public, surtout utilisé par les collectivités mais qui est extrêmement intéressant. Il s'agit d'un fossé large, peu profond, enherbé ou planté, conçu pour recueillir, stocker temporairement et infiltrer les eaux de pluie au plus près de leur point de chute. Cet aménagement est souvent situé le long des rues ou des allées goudronnées, afin d'éviter le ruissellement de l'eau, mais il peut tout à fait trouver sa place à l'intérieur même d'un jardin où le sol est majoritairement artificialisé.
La noue végétalisée offre 3 grands avantages :
- Gestion de l'eau : La noue végétalisée ralentit le débit de l'eau en évitant le ruissellement, les inondations et réduit le volume envoyé vers les réseaux d'assainissement. Elle permet en outre la bonne infiltration de l'eau dans le sol et donc le chargement hivernal des nappes phréatiques.
- Dépollution naturelle : Les plantes aquatiques et les bactéries du sol filtrent les sédiments, les métaux lourds et les polluants.
- Améliore le cadre de vie : Elle favorise la biodiversité locale et participe à la fraîcheur urbaine en luttant contre les îlots de chaleur.
En cas de sécheresse, la noue végétalisée reste une zone humide et exondée où certaines plantes semi aquatiques profiteront d'un sol frais : Salicaire commune Lythrum salicaria, épilobe hirsute Epilobium hirsutum ou "à grandes fleurs". Les odonates et les amphibiens pourront s'y replier également.
Jardin de pluie
Le jardin de pluie est un concept qui a surtout été développé au Canada et dans les pays anglo-saxons et qui reste à diffuser dans nos jardins. Il permet de gérer les eaux pluviales sur les terrains urbanisés. En rendant les terrains urbains et les jardins perméables aux eaux pluviales, le jardin de pluie limite les risques de ruissellement. Les pluies soudaines et abondantes, épisodes de plus en plus fréquents en raison des changements climatiques, peuvent ainsi être redirigées.
Son principe consiste à gérer le ruissellement engendré par les abondantes précipitations. Le jardin de pluie dispose le plus souvent d’une dérivation provenant d’une gouttière ou bien partant du trop-plein d’une citerne d’eau (cuve de récupération des eaux de pluie). L’eau alimente un " îlot fleuri" qui est constitué de plantes palustres. L’îlot de plantes palustres pousse dans un substrat à la fois humide et drainant. Cet îlot joue le rôle de zone tampon humide en permettant aux eaux pluviales de s’infiltrer au fur et à mesure, comme le ferait un marais en miniature. Cette zone humide est intéressante pour la biodiversité : plantes, amphibiens, reptiles, insectes...
Le jardin de pluie a pour objectif de restaurer ou de maintenir des zones d’infiltration naturelle pour compenser les surfaces imperméabilisées urbaines et les phénomènes de ruissellement et d’inondation. Le jardin de pluie est une réponse face aux effets des changements climatiques.
Pour comprendre en détail le fonctionnement du jardin de pluie, et consulter un petit guide d'installation, retrouvez notre article Refuge "Jardin de pluie".
Citernes et récupérateurs d'eau de pluie
L'eau de pluie collectée dans une citerne ou un récupérateur permet d'arroser le jardin, les plantations, les arbustes... sans utiliser l'eau potable du réseau pendant la saison sèche. Pour se faire, il suffit d'installer une dérivation sur une gouttière qui permettra de remplir votre réserve. Si vous disposer d'un grand volume d'eau, vous pouvez même l'utiliser pour réalimenter une petite mare naturelle.
L'eau récupérée peut servir à arroser à l'aide d'un simple arrosoir les massifs ou les plantations. Vous pouvez également opter pour un système de tuyau goutte à goutte, économe en eau. N'oubliez pas de pailler (mulching) au pied des plantations pour garder l'humidité du sol.
Et bien sûr, cette eau permet de remplir vos petits points d'eau pour la faune sauvage : vasques, abreuvoirs... qui est absolument indispensable en été mais également en hiver ! Pour savoir comment réaliser un récupérateur d'eau de pluie, consultez notre Tuto Refuge "Comment fabriquer un récupérateur d'eau de pluie ?" et lire également le Geste Refuge "Je récupère l'eau et dispose des points d'eau pour la faune".
Plantez, plantez, plantez !
Pour garder la fraicheur au jardin durant l'été, rien ne vaut les petites zones ombragées par les arbres et la végétation. Les arbres sont des climatiseurs naturels qui rafraichiront votre jardin et votre quotidien !
Les arbres et arbustes apaisent notre humeur, tempèrent le climat et procurent le gîte et le couvert à la faune sauvage. Nous l'avons maintes fois évoqué, les arbres -et plus largement la végétation- tempèrent l'extérieur lors des épisodes de canicule grâce au processus d'évapotranspiration. Un arbre rafraîchit l'air ambiant de 5°C à 10°C sous son couvert et évite les îlots de chaleur. Les arbres et les plantes stockent dans le bois, les branches et les racines le carbone (C) en captant les CO2 atmosphérique : on parle de séquestration du carbone. Ils favorisent en outre l'infiltration des eaux de pluie dans les sols et limite le ruissellement. Ils sont bien sûr des zones refuges pour la faune sauvage et fournissent de la nourriture par leurs baies, graines, fruits et insectes à de nombreux animaux.
Les plantations des végétaux indigènes s'effectuent classiquement à partir de fin octobre, puis courant novembre, notamment à la Sainte-Catherine le 25 novembre comme le rappelle le dicton : "A la Sainte-Catherine, tout bois prend racine". Pour planter un arbre ou une haie, le sol doit être humide mais non inondé, et non gelé. Planter un arbre est un geste bénéfique pour la biodiversité et les humains.
Retrouvez notre Tuto Refuge "Comment planter un arbre au jardin ?".
Face aux sécheresses successives et aux canicules, les arbres ne réagissent pas tous de la même façon. Certains sont plus affectés que d'autres, notamment le pin sylvestre, l'épicéa, le sapin et le hêtre qui jaunissent ou rougissent et contractent plus facilement des maladies puis dépérissent parfois. Des études en cours menées par l'ONF (Office National des Forêts) et des organismes de recherches tendent à montrer que les arbres dépérissant (ceux qui ont une mauvaise allure ou jaunissant) ne sont pas toujours condamnés : ils développent des formes de résistances pour s'adapter sur le long terme aux phénomènes de sécheresse.
Avec les changements climatiques, il est important de privilégier des essences plus résistantes à la sécheresse comme celles des régions méditerranéennes. Des études de l'ONF ont permis de montrer que le sapin pectiné pouvait être remplacé par le sapin de Bornmuller, originaire de Turquie, qui présente une bonne résistance à la sécheresse en se satisfaisant de 30 mm d'eau par mois en été.
D'autres essences, plus proches de nous sont particulièrement adaptées aux phénomènes de sécheresse en France. Voici 15 arbres et arbustes particulièrement résistants à la sécheresse. Ces essences, répandues et résistantes, se caractérisent par leur capacité d'adaptation de sols et de climats. Ces arbres sont également intéressants pour la faune locale (oiseaux, insectes, mammifères) de nos régions.
| Espèce | Nom scientifique | Particularité |
| Chêne vert | Quercus ilex | Arbre persistant au feuillage coriace, parfaitement adapté aux climats chauds et méditerranéens |
| Chêne pubescent | Quercus pubescens | Arbre des régions tempérées, espèce thermophile, adaptée à la sécheresse |
| Pin d'Alep | Pinus halepensis | Conifère taillé pour les fortes chaleurs, qui tolère très bien les sols pauvres, calcaires et secs |
| Pin maritime | Pinus pinaster | Résistant |
| Saule blanc | Salix alba | Très résistant |
| Érable de Montpellier | Acer monspessulanum | Souvent sur roche-mère calcaire ; il est xérophile, appréciant les sols secs et aérés, en pleine lumière ou demi-ombre |
| Alisier blanc | Sorbus aria | Apprécie les zones rocheuses au sol superficiel, les bois à tendance sèche |
| Cornouiller mâle | Cornus mas | Apprécie les sols calcaires, secs et bien drainés |
| Églantier (Rosier des chiens) | Rosa canina | S'adapte à différents terrains et climats, grande valence écologique |
| Amélanchier | Amelanchier ovalis | Sur escarpements rocheux, calcaires, et bois clairs |
| Cormier | Sorbus domestica | Originaire du sud du bassin méditerranéen, aujourd'hui implanté plus au nord en Europe |
| Nerprun alaterne | Rhamnus alaternus | Garrigue méditerranéenne |
| Pistachier lentisque | Pistacia lentiscus | Adapté aux climats chauds et secs méditerranéens |
| Romarin | Salvia rosmarinus | Originaire du bassin méditerranéen, sur sol sec de garrigue et maquis |
| Viorne tin (Laurier tin) | Viburnum tinus | Originaire du bassin méditerranéen, sur sol sec de garrigue et maquis |
Nous comptons de nombreux biotopes et climats en France et il convient de choisir les essences en fonctions du sol et de la localité bien sûr. Il existe de nombreux guide sur les arbres qui vous indiqueront les bonnes conditions écologiques pour une plantation. Nous recommandons particulièrement ceux édités par les Conservatoires Botaniques Nationaux. En période de sécheresse, les essences présentées dans ce tableau s'adaptent à des conditions "hostiles" mais elles s’accommodent aussi de climats plus humides.
L'eau et les végétaux du jardin sont des solutions naturelles qui nous apporteront la fraicheur vis à vis des futures canicules. Les arbres sont des régulateurs du climat à la fois à l'échelle locale, celle d'un jardin, mais aussi plus globalement. L'eau quant à elle doit être économisée et recyclée quand nous pouvons le faire. Préservons-les pour nous prémunir des sécheresses à venir !