Le sujet est d'actualité : l'été 2026 est marqué par des canicules successives et des incendies d'une ampleur et d'une intensité exceptionnelles, amplifiés par une sécheresse sévère et durable. Ces évènements étaient annoncés il y a déjà plus de 20 ans dans les rapports du GIEC1. Au fil des saisons, des épisodes plus violents, plus intenses émergent : fortes tempêtes hivernales avec recul du trait de côte, pluies diluviennes en automne et en hiver, sécheresses, lessivage des sols... les évènements "extrêmes" sont de plus en plus fréquents.
La dernière période glaciaire Würm s'étend de -115 000 à 11 700 ans avant notre ère, et depuis environ 10 000 ans, le climat se réchauffe sur Terre. Depuis le 19e siècle, la température moyenne de la Terre s'est réchauffée de 1,6°C. Ce réchauffement est de 2.2°C à la seule échelle de l’Hexagone. Les scientifiques ont établi avec certitude que cette hausse est due aux activités humaines, consommatrices d'énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz), qui vient amplifier le réchauffement "naturel" en raison d'une trop grande quantité de CO2 émise dans l'atmosphère. Ce réchauffement, inédit par sa rapidité, menace l'avenir de nos sociétés humaines et la biodiversité. Mais nous pouvons encore agir, chacun à notre échelle pour le ralentir.
La biodiversité en péril
Les plantes et les animaux de nos régions ne sont pour la plupart pas adaptés pour résister plusieurs jours à 40°C ou davantage. Les oiseaux, les mammifères, les amphibiens de France ou d’Europe sont adaptés à des climats tempérés ou continentaux, pas désertiques ou sahariens.
Les principaux effets sur les végétaux sont clairement palpables. En période de canicule les sols s’assèchent et les plantes arrêtent le processus d’évapotranspiration. Certaines essences sont particulièrement à risque face aux incendies comme les résineux ou encore les milieux méditerranéens de garrigue et maquis. L'eau des rivières, des étangs, des mares chauffent, provoquant la pullulation d'algues vertes et une eutrophisation (manque d'oxygène) des milieux aquatiques. La biodiversité s'en trouve affectée.
Le changement climatique a des effets sur les populations d’oiseaux. Des impacts directs sur la répartition des espèces, la phénologie, la reproduction et la migration ou encore les changements de morphologie, et des effets indirects, comme les modifications des habitats causés par les sécheresses, les incendies, les reculs du trait de côte. Les exemples de bouleversements sont marquants : les oiseaux migrateurs arrivent en moyenne 6 jours plus tôt en France, et certains sédentaires, comme la Mésange charbonnière ont avancé le début de leur cycle de nidification de près d’un mois sous nos latitudes (fin mars au lieu de fin avril).
Quelques chiffres clés :
- 1990 : 1er rapport du GIEC
- 1,6°C est l'augmentation de la température moyenne mondiale par rapport à l'ère préindustrielle (période de référence 1850-1900).
- 2,2°C est la progression de la température moyenne annuelle en France au cours du dernier siècle.
- + 40% est l'augmentation du CO2 dans l'atmosphère depuis 1850.
Mais si la nature souffre, elle est résiliente et - heureusement - pleine de ressource. Les écosystèmes jouent un rôle fondamental dans la régulation du climat et la limitation des impacts des catastrophes naturelles. Les forêts, les marais, les prairies, les landes... sont des milieux où le dioxyde de carbone (CO2) est piégé sur le long terme, on parle de séquestration du carbone. Les jardins sauvages, bien qu'aménagés par l'Homme, sont des refuges de biodiversité, des espaces de fraicheur où la faune et la flore sauvages peuvent se replier. C’est aussi un espace qui offre aux humains un ilot de fraicheur bienvenu. Le jardin offre des solutions qui aident à lutter contre les changements climatiques et certaines techniques de gestion écologique permettent de mieux répondre à l'urgence climatique.
Agir dans son jardin
Nous pouvons agir à notre échelle, dans nos jardins, avec des solutions fondées sur la nature. Le jardin sauvage et naturel participe à capter le carbone (C) avec ses zones en libre évolution, ses prairies naturelles, ses boisements, ses zones humides, qu'elles soient petites ou grandes. Toute petite parcelle peut être "gérée" en faveur de la nature et aide à lutter contre le dérèglement climatique.
- Renaturer ! Une zone en évolution libre, qu’il s’agisse d’un massif ou d’une parcelle plus grande reste d’un grand intérêt pour la biodiversité. Les plantes pionnières, les hautes herbes et les ligneux qui y poussent apportent la fraicheur nécessaire à la petite faune sauvage. Le sol est protégé de la sécheresse, et garde donc ses fonctions écologiques essentielles, les végétaux fournissent le gîte et le couvert à la faune. L’idée est donc de réensauvager (rewilding en anglais) votre terrain. Partant de zéro, sur une terre retournée, il faudra quelques années pour obtenir un espace où poussent librement les plantes à fleurs pionnières et les graines apportées par le vent ou la faune sauvage (oiseaux, mammifères). Ces zones permettent également de dissiper les îlots de chaleur (élévations locales de températures dues à l'accumulation de chaleur par les matériaux) : des chercheurs de l'UQAM (université de Québec à Montréal) ont comparé la température de surface de différents types de végétation basse. Ils ont observé des différences de 5°C entre les médianes de températures des zones herbacées laissées en libre évolution et des surfaces de gazon tondu !
- Préserver les vieux arbres : Le développement des ligneux (arbres, arbustes, lianes) permet la séquestration du carbone. Ainsi, préserver les vieux arbres est bénéfique. D’abord en tant que puits de carbone mais aussi car ils forment un microclimat par le phénomène d’évapotranspiration (avec la photosynthèse), assurant ombre, maintien de la fraicheur au jardin pour laquelle la faune sauvage et nous même profitons.
- Planter une petite haie champêtre. Une haie constituée d’arbustes indigènes ou locaux sert de coupe-vent (que celui-ci soit chaud ou froid), apporte ombrage et maintient la fraicheur au niveau du sol et dans ses strates (étagements végétal) pendant les épisodes de sècheresse. Pour savoir comment planter une haie champêtre, retrouvez notre tuto Refuges : Comment planter une haie champêtre ?
- Maintenir les petites zones humides, une mare, un marais, une prairie inondable apportent des zones plus fraiches où la faune peut venir boire, se baigner, se mettre à l’abri en cas de canicule. Une mare naturelle est un petit écosystème aquatique d’une diversité d’espèces incroyables. Ce milieu aquatique est le plus riche en termes de biodiversité que vous puissiez créer chez vous. Les berges végétalisées de rivières ou de ruisseaux sont très importantes également : elles sont des corridors verdoyants nécessaires à la faune comme espaces de déplacement ou de refuge. Les zones humides, petites ou grandes, sont d’importants puits de carbone.
- Pailler, au pied des jeunes plantations, des haies, des arbustes, au potager, permet de maintenir l’humidité du sol, de freiner une évaporation rapide tout en protégeant le sol de la sécheresse et sa faune. La consommation d’eau est considérablement réduite.
- Planter selon le modèle de la permaculture et des associations de plantes : où les grandes plantes protègent les petites en apportant de l’ombre. Ce mode de culture s'inspire des écosystèmes naturels, créé des milieux durables, résilients et autonomes. Ils sont moins consommateurs d'eau que des monocultures.
- Récupérer l’eau de pluie dans une citerne, limite la consommation du réseau d’eau potable et assure des réserves d’arrosage pour les périodes de sécheresse au jardin. Pour savoir comment fabriquer un récupérateur d'eau de pluie, retrouvez notre tuto Refuges : Comment fabriquer un récupérateur d'eau de pluie ?
Ces gestes typiques du jardin naturel sont ceux qui en font une solution fondée sur la nature face aux bouleversements du climat, en assurant le fonctionnement des écosystèmes. Ils sont bénéfiques pour la biodiversité et aident à réduire sur le temps long le dérèglement climatique, notamment en séquestrant le carbone. Ils sont également bénéfiques en termes de confort pour les usagers du jardin. Chaque espace compte, qu'il soit en ville ou à la campagne. Partout dans nos jardins, nos espaces végétalisés, nos parcs..., nous pouvons agir à titre individuel mais surtout collectif pour lutter contre les changements climatiques.
1-GIEC : Groupe d'experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, organisme intergouvernemental chargé d'évaluer l'ampleur, les causes et les conséquences du changement climatique en cours.