Les oiseaux sont d’excellents indicateurs de la santé des écosystèmes
En effet, ils se trouvent souvent au sommet ou à des niveaux élevés de la chaîne alimentaire, ce qui les rend sensibles à l’accumulation de polluants, ou à une baisse des ressources alimentaires (insectes) par exemple. Un déclin des populations d’oiseaux peut donc et doit donc signaler des problèmes sous-jacents.
Les oiseaux ont des besoins très spécifiques en termes d’habitat, de reproduction. La diminution du nombre d’oiseaux peut alors traduire la dégradation générale de leur environnement.
Enfin, leur grande mobilité et leur large répartition géographique permettent de fournir une vision globale des changements environnementaux sur de vastes territoires.
D’un point de vue moins écologique, mais tout aussi important dans cette étude, les oiseaux sont, des espèces très visibles, audibles, et démonstratives : ce qui fait toute leur popularité ! C’est la raison pour laquelle ils constituent le groupe le plus étudié depuis le plus longtemps.
Les oiseaux sont donc un baromètre du vivant pertinent, qui nous alertent sur les déséquilibres écologiques avant que ceux-ci ne deviennent critiques.
Ce que l'on apprend ?
Les mesures de conservation des grands oiseaux sont efficaces :
En 1974, il ne restait que 11 couples de Cigognes blanches (Ciconia ciconia) en France. Grâce à des actions ciblées (réintroductions, plateformes de nidification, sécurisation des lignes électriques, protection des zones humides), la France en compte près de 6 000 aujourd’hui.
Au bord de l'extinction dans les années 1970, les rapaces ont eux aussi bénéficié des avancées réglementaires initiées par la loi de protection de la nature du 10 juillet 1976. Le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) a recolonisé la quasi-totalité du territoire.
Ce Baromètre démontre ainsi que la protection de la nature produit des résultats mesurables quand elle est sérieuse et durable. Mais ce que les mesures de protection n'ont su ou voulu faire, c'est enrayer le déclin de fond, et le signal d’alarme est sans équivoque : −18,2 % d'oiseaux communs en 25 ans. Les passereaux (hirondelles, mésanges, alouettes) en sont les premières victimes.
Petits oiseaux, gros signal d’alarme
Les passereaux représentent à eux seuls la moitié des 314 espèces d’oiseaux nicheurs présents en France. Leur poids démographique est bien plus considérable encore : ils constituent environ 90% de l’effectif total des individus. Ce chiffre n’est pas anodin car ce sont précisément ces espèces qui accusent les déclins les plus marqués sur les cinquante dernières années.
Les passereaux sont tous tributaires des invertébrés. Qu’ils soient de stricts insectivores (Gobemouche gris), ou qu’ils fassent appel à des protéines animales lors de l’élevage des jeunes (Alouette des champs), tous dépendent de la ressource en insectes. Or, l’usage massif des pesticides a considérablement réduit cette ressource, entrainant une diminution des passereaux, par effet cascade.
La peine est alourdie par l’usage des herbicides qui réduit à néant la flore adventice. Ainsi, même les granivores se trouvent impactés !
A cela s’ajoute la simplification de nos paysages marqués par la disparition des haies, l’agrandissement des parcelles, la diminution des surfaces en prairie… Le résultat est net : dans les espaces agricoles 32,5 % des oiseaux ont disparu depuis 2001.
Au-delà des zones agricoles, rurales, les oiseaux se portent également mal dans nos villes et les milieux urbains. Les ambassadeurs de ce déclin sont les martinets et les hirondelles : ces oiseaux, pourtant si familiers régressent fortement.
S’agissant des Martinets, la première cause de ce déclin réside dans la disparition progressive de ses sites de nidification : l’insuffisante prise en compte des espèces du bâti dans la rénovation thermique des bâtiments, nécessaire sur le plan énergétique, condamne les anfractuosités et cavités sous les toitures qu’il utilise pour se reproduire. À cette perte d’habitat s’ajoute la raréfaction des insectes volants, ressource alimentaire exclusive de cette espèce strictement aérienne, sous l’effet des pesticides agricoles notamment.
On l'aura compris : l'impact de notre vie est énorme sur le vivant : herbicides, pesticides, artificialisation, remembrement agricole…
On peut être découragés en lisant ce baromètre, mais il est exclu de baisser les bras, car il comporte aussi de bonnes nouvelles, preuves que l’action a des effets. Continuons donc d’agir ! La mobilisation est le moteur de l’action, et les milliers de terrains engagés dans la démarche Refuges LPO, de toutes tailles, privés comme publiques, sont la preuve que les citoyens sont mobilisés et acteurs !
Les propriétaires de Refuges LPO sont des gestionnaires d’espaces de répit pour l’avifaune : en bannissant la chimie et les autres pollutions, en offrant une place au végétal, en luttant contre les mille et un pièges à la faune sauvage... Chaque Refuge est une maille d’un réseau qui joue un rôle de filet de sécurité pour la biodiversité.
Les clés de la protection des passereaux sont aussi dans nos mains de citoyens : peser pour un autre modèle agricole et alimentaire, laisser une place à la nature dans nos villes et dans nos jardins, défendre le droit de l'environnement face aux coups de boutoir de la simplification.