Nourrissage et maladies des oiseaux

Conseil Biodiversité
Chardonneret élégant (Carduelis carduelis) et Verdier d'Europe (Chloris chloris) sur une mangeoire

Chardonneret élégant (Carduelis carduelis) et Verdier d'Europe (Chloris chloris) © Joel Huet

Les virus, bactéries et parasites sont présents chez toutes les espèces animales et peuvent provoquer des maladies plus ou moins graves, pouvant conduire à la mort des individus infectés.

Nos pratiques de nourrissage des oiseaux des jardins peuvent contribuer à leur propagation si nous ne sommes pas vigilants. 

Parmi les maladies les plus courantes qui touchent les oiseaux de nos jardins, on retrouve la trichomonose, la gale des pattes, la poxvirose et la salmonellose. Un nettoyage régulier des mangeoires et des abreuvoirs permet d’éviter une contamination des populations aviaires. Malheureusement il arrive parfois que de nombreux individus tombent malades. L’arrêt du nourrissage pendant 4 semaines est alors essentiel pour faire cesser les risques de contamination entre oiseaux au niveau des mangeoires. 

Pour plus d'information, consultez nos fiches médiation (téléchargeables) en bas de la page ou notre FAQ ci-dessous.

 

Les oiseaux craignent-ils le froid ?

Oui les oiseaux craignent le froid comme l’homme et d’autres animaux. Leurs plumes leur permettent de maintenir une bonne température corporelle et l’huile sécrétée par leur glande uropygienne leurs assure l’isolation et l’imperméabilisation. Les oiseaux ont également une couche de graisse sous leur peau d’où les besoins en lipide en hiver. C’est pourquoi, pendant des épisodes de grand froid, il est important d’ajouter de la nourriture riche en lipide (graines) pour les aider. Il ne faut pas oublier non plus de leur mettre à disposition de l’eau et s’assurer qu’elle ne soit pas gelée.

Quand apporter la nourriture ?

La LPO préconise une aide, en période hivernale uniquement, typiquement dès les premières gelées (fin octobre – mi-novembre) et jusqu’à des températures plus clémentes (mars). Ce nourrissage peut être d’intensité et de fréquence variables : nourrissage à volonté quotidien ou restriction aux périodes de gel et/ou d’enneigement. Dans la plupart des cas, ce nourrissage prend fin au printemps, soit en début de saison de reproduction, à une période où la plupart des espèces (re)deviennent territoriales et désertent largement les mangeoires. Une fois la période de reproduction entamée, nous conseillons l’arrêt de la supplémentation afin d’éviter les risques potentiels liés au nourrissage.

N’oubliez pas, ces oiseaux restent sauvages et il est essentiel pour leur survie qu’ils soient capables de se nourrir seuls, au printemps et en été. A cette période, ils redeviennent insectivores et doivent nourrir les oisillons exclusivement avec des proies (chenilles, insectes volants…) afin de leur fournir les protéines nécessaires à leur développement.

Quels sont les risques potentiels associés au nourrissage pendant la période de reproduction ?

Le nourrissage supplémentaire en période de reproduction est à même d’affecter les processus de sélection et d'adaptation des populations d’oiseaux aux changements environnementaux. En effet, plusieurs études ont démontré que des couples supplémentés pondaient plus tôt, et de telle sorte que la demande énergétique des poussins se trouvait décalée par rapport au pic de disponibilité alimentaire.

Quelle nourriture donner aux oiseaux ?

De nombreux aliments peuvent être proposés, notamment des mélanges de graines (tournesol, millet, maïs, avoine, cacahuètes…), des pains de graisse ou bien même des fruits flétris.

Voici ci-dessous un tableau des différents aliments à privilégier ou à proscrire :

Ce que je peux donner 

Ce que je ne dois pas donner 

Cacahuètes fraiches non grillées et non salées 

Pâtes, riz, blé (crus ou cuits) 

Graines de tournesol, de préférence noire 

Toutes les graines salées 

Maïs concassé 

Pain, biscotte, biscuit et gâteau 

Graines de millet 

Salades, carottes 

Fruits de saison (poire, pomme) 

Lentilles (crues et cuites) 

Mélanges de graines adapté 

Pois (crus et cuits) 

Noisettes fraiches 

Pomme de terre cuite 

Noix fraiches 

Fromage 

Boules de graisse sans huile de palme 

Lard salé, gras de viande 

Flocons d'avoine, sans sucre et sans sel 

Insectes 

 

Peut-on donner du pain ?

Non, attention, le pain ne convient pas aux oiseaux sauvages :

  • Il contient trop de sel.
  • Les oiseaux ne peuvent pas digérer le pain : il provoque des gonflements dans l’estomac.
  • Le gluten provoque des maladies du foie.
  • Il engendre des problèmes osseux, provoquant une malformation des ailes appelée « ailes d’ange », notamment chez les anatidés de bassin d’ornement (cygne tuberculé, canard colvert, sarcelle...).

Pour en savoir plus cliquez ici.

La graisse animale n'est-elle pas trop salée pour les oiseaux?

Il est possible de proposer des graisses animales mais non salées et en très petite quantité comme le suif ou le saindoux nature mélangé avec des graines.

Privilégiez néanmoins, autant que possible, les graisses végétales, idéalement à base d’huile de colza.

Les oiseaux des jardins peuvent-ils digérer les graisses animales ? Sont-elles bonnes pour eux ?

Les oiseaux étant des animaux à sang chaud, comme l'Homme, il n'est pas conseillé de leur donner trop de graisses animales. Elles encrassent les artères. Privilégiez plutôt les graisses d'origine végétale.

Peut-on donner les graisses des viandes cuites trouvées dans les boîtes de conserve ?

Non, ce n'est pas conseillé. Ces graisses sont trop molles et leur consistance favorise la prolifération rapide de bactéries pathogènes pour les oiseaux (source RSPB 2008 - Food fit for birds).

Que pensez-vous des boules de graisse vendues avec filet ?

La LPO déconseille l’utilisation de boules de graisse enveloppées dans des filets. En effet, l’expérience montre malheureusement que les oiseaux peuvent s’entortiller les pattes dans les mailles du filet et rester piégés voire en mourir. Il faut donc systématiquement retirer le filet avant de les proposer aux oiseaux. De plus, ces filets peuvent ensuite s’envoler ou se retrouver comme déchets dans la nature.

La boutique LPO ne propose désormais que des boules de graisse sans filet.

Pourquoi la LPO vend-elle des boules de graisses à base de graisse animale ?

Les boules de graisse en vente dans notre boutique sont à base de graisse animale car elles sont, pour l’instant, la seule alternative que nous ayons trouvé pour retirer l’huile de palme de nos produits afin de préserver la biodiversité [i] plus efficacement. Nous sommes conscients que cela peut soulever des craintes et des incertitudes mais malgré tout, ces boules ne contiennent ni sel ni huile de palme et leur origine reste contrôlée. Elles ne constituent pas un danger pour les oiseaux.

Vous l’aurez compris, cette solution est temporaire, nous sommes actuellement en attente d’une offre à base de graisse végétale qui serait plus en accord avec nos valeurs.

Quelles mangeoires utiliser ?

Il existe de nombreux modèles. À vous de choisir et de multiplier si vous le souhaitez les modèles et les emplacements afin notamment d’éviter de gros rassemblements et ainsi de limiter la propagation de maladies.

Nous vous conseillons de privilégier les mangeoires verticales plus adaptées à l’accueil des oiseaux des jardins. .

Si toutefois vous possédez une mangeoire plateau, il est souhaitable qu’elle soit couverte (toit) et que vous soyez très vigilant à son entretien. En effet, lorsque l’eau (pluie ou lors de période de gel et dégel) stagne dans ces mangeoires, la contamination et prolifération des maladies est très importante. Nous accompagnons malheureusement de nombreux sympathisants qui nous alertent sur des cas de découvertes d’oiseaux malades ou morts au jardin et à la mangeoire.

Des mangeoires transparentes à fixer sur les vitres des fenêtres existent. Les études à notre disposition ne montrent pas à l’heure actuelle de cas de mortalité. Néanmoins, elles doivent être utilisées dans des cas précis (pas de reflet de la végétation sur les vitres, pas de possibilité d’installer des mangeoires autres…)

Où placer la mangeoire et l’abreuvoir ?

Le mieux est de les placer au centre du jardin, dans un endroit dégagé éloigné des buissons afin d’éviter l’accès facile aux prédateurs (chats domestiques notamment).

Nous vous conseillons également de ne pas les placer proches de vos fenêtres pour réduire le risque de collisions souvent mortelles pour les oiseaux…Vous pouvez disperser vos mangeoires et abreuvoirs, une diversité plus grande d’oiseaux pourra ainsi en profiter et vous limiterez ainsi la propagation de maladies !

Vous pouvez placer des petits points d’eau à même le sol, toujours dans un endroit dégagé le plus à l’abri possible des prédateurs, pour la faune et la microfaune (hérisson, insectes, etc.).  Une pierre à demi-immergée empêchera les insectes de s’y trouver piégés.

Comment et pourquoi entretenir sa mangeoire (et ses abreuvoirs) ?

L'idéal est de nettoyer et désinfecter les mangeoires régulièrement (chaque semaine) pour éviter les contaminations par les fientes ou les restes d'aliments. Il faut être d'autant plus vigilant en période de dégel où les bactéries présentes dans l'eau gelée se mélangent alors avec la nourriture et l'eau mises à disposition pour les oiseaux. Il faut aussi éviter l'accumulation de nourriture non consommée dans les mangeoires. Pour un nettoyage efficace et naturel, utilisez une brosse, de l’eau et du savon de Marseille ou noir.

Que faire si vous découvrez des oiseaux morts ou affaiblis ?

Arrêtez le nourrissage et la mise à disposition d'eau

La meilleure solution dans ce cas est d'éviter tout rassemblement d'oiseaux en retirant tous les points de nourriture et de vider les points d'eau. Il faut cesser le nourrissage pendant 4 semaines pour laisser le temps aux oiseaux de se disperser, et ainsi limiter la propagation de la maladie.

Désinfectez les mangeoires et les points d'eau

Nettoyez les mangeoires et les baignoires en retirant toutes les fientes et autres souillures. Ensuite désinfectez-les avec de l'eau de Javel dissoute dans de l'eau froide pour une meilleure efficacité. Rincez bien à l'eau claire et laissez sécher.

Il est important de porter des gants lors du nettoyage et de se laver les mains après !

Que faire des individus morts ?

Le mieux est de prendre conseil auprès de la Délégation Départementale de la Protection des Populations (DDPP) de votre département.

Si moins de 3 oiseaux morts sont trouvés au même moment et au même endroit

Il est conseillé d'enterrer les cadavres pour ainsi éviter que d'autres espèces, comme les prédateurs ou les animaux domestiques, ne soient contaminées. Utilisez des gants pour manipuler les animaux morts et désinfectez-vous les mains par la suite.

Si plus de 3 oiseaux morts sont trouvés au même moment et au même endroit

Ne touchez pas les cadavres et contactez un agent de l'Office Français de la Biodiversité de votre département qui vous indiquera la démarche à suivre et relayera l'information à un correspondant du réseau SAGIR (Réseau national de surveillance sanitaire de la faune sauvage).

En situation à risque épidémiologique (= augmentation significative de la fréquence d'une maladie, au-delà de ce qui est observé habituellement). 

Dans certains départements ou selon les niveaux de surveillance en vigueur, le seuil pour l'analyse passe à 1 individu pour les anatidés (cygnes, oies, canards…), rallidés (petits échassiers comme les poules d’eau ou gallinules…) et laridés (mouettes, goélands…).

Pour le cygne tuberculé, un seul cadavre est, partout et en tout temps, considéré (réglementairement) suspect, du moins lorsqu’une cause évidente de mortalité n’est pas identifiée.

Que dit la loi ?

Il n’existe pas de texte de loi interdisant le nourrissage des oiseaux des jardins par contre le Règlement Sanitaire Départemental interdit notamment le nourrissage des pigeons aussi bien dans les lieux publics que dans les lieux privés :

Le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) type prévoit des mesures de lutte « contre les rongeurs » *rats*, les pigeons sauvages, les animaux errants, les insectes etc… ». A ce titre, il est « interdit de jeter ou déposer des graines ou nourriture en tous lieux publics pour y attirer les animaux errants, sauvages ou redevenus tels, notamment les chats ou les pigeons ; La même interdiction est applicable aux voies privés, cours ou autres parties d’un immeuble lorsque cette pratique risque de constituer une gêne pour le voisinage ou d’attirer les rongeurs. Toutes mesures doivent être prises si la pullulation de ces animaux est susceptible de causer une nuisance ou un risque de contamination de l’homme par une maladie transmissible. ».

Comment s’assurer d’offrir une alimentation adaptée aux oiseaux des jardins ?

La solution la plus pertinente pour assurer une alimentation suffisante pour les oiseaux des jardins reste l’augmentation de la ressource disponible en graines, en arthropodes et autres invertébrés par une gestion plus écologique du jardin.

Pour ce faire, nous vous proposons quelques idées :

  • Diversifiez les strates et favorisez les espèces végétales indigènes (favorisez les espèces locales) à fruits, baies et graines
  • Favorisez des variétés à fleurs et à fruits (Lierre, Sureau…)
  • Supprimez l’utilisation de pesticides
  • Ne taillez pas les haies du 1er avril à fin août et, de manière générale, laissez les arbres se développer le plus librement possible. Les tailles entraînent des risques parasitaires pour la flore. Si vous taillez un arbre, il est important de le faire en hiver lorsque la sève est descendante. De plus, vous risqueriez de dénicher un nid et de mettre en danger les portées.
  • Lors de la tonte des pelouses, privilégiez des coupes hautes, ne tondez pas toute la surface en même temps, gardez-en une partie non fauchée (tonte vers l’extérieur dite centrifuge), évitez la tonte le long des haies au risque de blesser un animal qui s’y réfugie. Pensez à la fauche tardive pour éviter le broyage des insectes
  • Fournissez de l’eau libre, sans aucun additif que vous renouvelez régulièrement

[i] L’huile de palme provient du palmier à huile qui contribue à la déforestation des forêts tropicales humides, notamment au Brésil et en Indonésie et ces monocultures sont des déserts écologiques.