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A chaque nouvel épisode de grippe aviaire, la question du lien avec les oiseaux sauvages se pose. Afin de renseigner au mieux le public, la LPO répond ci-dessous aux questions les plus fréquemment posées sur cette maladie.

Qu’est-ce que la grippe aviaire ?

La grippe aviaire, ou grippe du poulet, est une infection due à un virus de la famille des Orthomyxoviridae qui comprend plusieurs genres dont Influenzavirus A, lui-même divisé en sous-types tels que H5, H7 et H8. Cette infection peut toucher presque toutes les espèces d’oiseaux, sauvages ou domestiques. Elle peut être fortement contagieuse, notamment chez les poulets et les dindes, espèces pour lesquelles la mortalité est susceptible d’être très élevée. Le virus Influenza aviaire peut éventuellement infecter d’autres espèces animales comme le porc ou d’autres mammifères, dont l’homme. En revanche, la contamination inter-humaine est jusqu'à présent extrêmement rare, bien que le risque d'emergence par mutation d'une souche à potentiel pandémique ne doive pas être négligé.

La grippe aviaire a été décrite pour la première fois il y a plus d’un siècle en Italie, en 1878. Des épidémies dévastatrices chez les volailles ont suivi la première guerre mondiale dans de nombreux pays, y compris les USA et l’ouest de l’Europe. De nombreuses épidémies ont ensuite été régulièrement recensées dans le monde jusqu’à l’apparition en 1997 d’une souche du virus H5N1 en Asie. De 1997 à 2005, le H5N1 n'a presque uniquement infecté que des oiseaux (volailles essentiellement) en restant confiné à l'Asie du Sud-Est, mais s’est propagée en Europe et en Afrique en 2005-2006. Des centaines de millions de volailles ont alors été abattus de manière préventive dans le monde, où moins de 200 cas de contamination humaine ont été constatés.

Depuis, quelques foyers de grippe aviaire ont été détectés en France : H5N1 et H5N2 dans des élevages en Dordogne en novembre 2015, H5N8 sur des oiseaux appelants captifs issus d’élevage dans le Pas-de-Calais en 2017.

Le dernier épisode épidémique européen de H5N6 et H5N8, en 2017-18, concernait à 88,9 % des élevages, qui concentrent toutes les conditions pour que ces types de virus développent leur caractère mutagène en risquant de passer la barrière espèce pour menacer l'homme.

Quels sont actuellement les risques d’épidémies en France et dans les pays frontaliers ? (mise à jour 18 Novembre 2020)

Après l’apparition de foyers en Russie et au Kazakhstan au cours de l'été 2020, l’épizootie a récemment progressé vers l’ouest (Pologne, Allemagne, Hongrie, Roumanie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Danemark, Irlande et France), touchant majoritairement des élevages. Les souches concernées sont H5N8 et H5N5.

Afin de lutter contre la propagation du virus de la grippe aviaire en Europe et notamment en France, 46 départements français ont été placés en « risque élevé »  d’introduction de la grippe aviaire, par arrêté du ministère de l’Agriculture du 4 novembre 2020 et suite à la détection d’un premier cas de grippe aviaire dans une animalerie en Haute-Corse, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Julien Denormandie, a décidé, le 17 novembre, de placer l’ensemble du territoire métropolitain en niveau de risque élevé.

La stratégie recommandée en cas d’influenza aviaire hautement pathogène consiste à éviter toute exposition au virus et à éradiquer la maladie. Elle repose essentiellement sur le diagnostic, l’hygiène, l’éducation et la quarantaine chez l’homme et sur la surveillance et les mesures d’abattage massif chez les animaux d'élevage. 

Faut-il avoir peur des oiseaux sauvages ?

Généralement les oiseaux sauvages qui sont les hôtes originels des Influenza aviaires ne développent pas de forme grave de la maladie. Toutefois lorsqu’ils sont exposés à un Influenza hautement pathogène leur capacité de déplacement est extrêmement affectée. La plupart du temps, ils en meurent.

En revanche, les élevages intensifs offrent toutes les conditions pour que ces Influenza acquièrent un caractère hautement pathogène. Ils agissent comme un incubateur à virus permettant à ces derniers d’être plus résistants, plus virulents et de muter. Les oiseaux d’élevage développent alors des formes graves de la maladie.

Que dois-je faire si je trouve un ou des oiseau(x) mort(s) ?

Dans tous les cas, ne touchez pas les cadavres.

Si plus de 3 oiseaux morts sont trouvés au même moment et au même endroit : contactez un agent de l'Office Français de la Biodiversité de votre département (https://ofb.gouv.fr/) qui vous indiquera la marche à suivre et relayera l'information à un correspondant du réseau SAGIR (Réseau national de surveillance sanitaire de la faune sauvage).

En situation à risque épidémiologique modéré à élevé, comme c’est actuellement le cas dans 46 départements français, le seuil passe à 1 individu pour certaines familles d’oiseaux : les anatidés (canards, oies), rallidés (poules d’eau, foulques) et laridés (mouettes, goélands).

Pour le cygne tuberculé, un seul cadavre est, partout et en tout temps, considéré suspect, du moins lorsqu’une cause évidente de mortalité n’est pas identifiée.

Peut-on continuer à récupérer les oiseaux vivants en détresse pour les amener en centre de soins ?

Actuellement, la LPO n’a pas eu de recommandations transmises par le ministère de l’agriculture concernant la prise en charge d’oiseaux en détresse. Nous recommandons à minima de signaler par téléphone les cas constatés et de ne pas toucher ni ramasser les oiseaux morts.

Les centres de soins pour la faune sauvage répartis sur le territoire français jouent un rôle de « vigie » pour la surveillance de l'Influenza aviaire. Depuis 2016, sur proposition de l'Unité Sanitaire de la Faune de l'Office Français de la Biodiversité (OFB), les centres de sauvegarde LPO et plusieurs de nos bénévoles vétérinaires ont ainsi intégré une cellule de surveillance de l'Influenza aviaire H5N8 Hautement Pathogène sur le territoire métropolitain.

Leur rôle est notamment d’effectuer des prélèvements selon un protocole établi sur des espèces sélectionnées et accueillies dans leurs structures, de suivre les analyses et d’assurer le respect des consignes d’hygiène et de sécurité.

Peut-on continuer à nourrir les oiseaux en hiver ?

 

Les oiseaux des jardins ne sont pas des vecteurs identifiés pour la grippe aviaire, en général véhiculée par des oiseaux d'eau tels que les cygnes, oies, canards, mouettes, goélands, poules d'eau. N’ayant pas connaissance de recommandations ou contre-indications spécifiques, vous pouvez commencer à aider les oiseaux du jardin à la mangeoire.

Attention néanmoins, le nourrissage engendre des rassemblements d'oiseaux, parfois conséquents. Afin d'éviter la propagation de maladies (par exemple salmonellose des oiseaux) chez les espèces grégaires (pinsons, verdier d'Europe...), nous vous conseillons de disperser vos mangeoires : à poser, à suspendre, sur pieds avec système de plateau, de distributeur... n'hésitez pas à mélanger les genres ! Et pour une hygiène irréprochable, pensez à nettoyer régulièrement les abreuvoirs en renouvelant l'eau chaque jour si possible et en éliminant les saletés.

Fiche médiation nourrissage

Fiche médiation maladies

L’élevage et le transport d’animaux posent-ils un risque ?

Les élevages d'animaux domestiques, les animaleries, les oiselleries et le trafic illégal d'oiseaux domestiques ou sauvages constituent des menaces de propagation de virus aviaire bien plus importantes que les oiseaux sauvages. Plus de 10 millions d'oiseaux (perdrix, faisans, cailles et de nombreux canards) issus d'élevage de gibiers sont ainsi relâchés chaque année dans la nature. La LPO demande à ce que soit renforcé le contrôle sanitaire des oiseaux d'élevage ou en captivité.

Les appelants utilisés pour la chasse posent-ils un risque ?

Les appelants sont des oiseaux, pour l'essentiel des canards, élevés par des chasseurs et utilisés pour attirer leurs congénères sauvages. Ces élevages ne sont soumis à aucune déclaration ni aucun contrôle sanitaire sous le seuil de 80 oiseaux. Or, il s'agit là d'une pratique à risque puisque ces oiseaux sont régulièrement manipulés et en contact avec les oiseaux sauvages, facilitant ainsi la circulation potentielle de virus entre le cheptel domestique, l'avifaune sauvage et la population humaine. La LPO, a d'ailleurs demandé à ce que les élevages d’appelants soient recensés et intégrés aux réseaux de surveillance.

Quelles sont les précautions à prendre si on élève des volailles chez soi ?

Dans les départements placés en risque élevé depuis le 4 novembre 2020, au même titre que pour les élevages de professionnels, le ministère de l’agriculture demande aux propriétaires de volailles d’appliquer à minima deux mesures afin d’éviter le contact des oiseaux d’élevages avec l’avifaune sauvage :

  • Confiner les volailles ou mettre en place des filets de protection 
  • Exercer une surveillance quotidienne de vos animaux

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