Le régime alimentaire des oiseaux des jardins

La mésange bleue (Cyanistes caeruleus) est granivore en hiver.

La mésange bleue Cyanistes caeruleus est granivore en hiver.

Les oiseaux sont des animaux à sang chaud qui possèdent comme les mammifères un système cardio vasculaire. La température corporelle moyenne des oiseaux se situe aux alentours de 42°C. Chez les oiseaux, le vol battu nécessite d’importants besoins énergétiques, jusqu’à dix fois plus que la locomotion terrestre. Sur Terre, les oiseaux exploitent à peu près tout ce qu’ils trouvent dans le monde végétal et animal et leur alimentation varie en fonction des espèces. On trouve des oiseaux herbivores, des granivores (famille des fringillidés), frugivores (toucans, calaos), nectarivores (colibris), des carnivores (rapaces), insectivores (hirondelles, martinets, gobemouches), des piscivores (hérons, cormorans, canards plongeurs), planctonivores (canard souchet) voire cleptoparasites(1). Le Géospize à bec pointu – un des pinsons de Darwin(2) présents aux îles Galápagos - est même partiellement hématophage car il se nourrit du sang des gros oiseaux marins.

Les oiseaux sont dépourvus de dent et ne mastiquent pas leur nourriture. Ils avalent directement les aliments ou les proies qui sont broyés par les puissants muscles du gésier qui remplace la mastication. Les oiseaux ayant un métabolisme élevé, leur système digestif est très performant pour extraire rapidement les calories.

Les oiseaux des jardins s’alimentent tous les jours, surtout tôt le matin afin de compenser les pertes énergétiques de la nuit, puis le soir. Ils ont également besoin de boire et peuvent même manger de la neige en hiver pour étancher leur soif. Ils se nourrissent de graines, de baies, de fruits, de bourgeons, de fleurs et/ou d'invertébrés, de larves, de chenilles, d’insectes, de vers, de petits escargots, d’araignées… La plupart des oiseaux des jardins sont généralistes et ont un régime alimentaire varié qui change en fonction de la saison, du lieu géographique et de l’habitat dans lequel ils se trouvent.

On distingue cependant des espèces granivores, d’autres insectivores, des prédateurs et des oiseaux opportunistes voire charognards comme la pie bavarde ou la corneille noire qui n’hésitent pas à manger les animaux morts sur les routes. 
La forme du bec des oiseaux est un bon indicateur des aliments consommés. Les limicoles, petits échassiers des zones humides, ont un bec allongé, fin et sensible qui leur permet de fouiller et de sonder la vase à la recherche de vers. Les oiseaux piscivores (martin-pêcheur, sternes, hérons, aigrettes) sont équipés d’un bec fort et pointu pour pêcher.

Le verdier d'Europe (Chloris chloris) est un fringillidé typiquement granivore.

Le verdier d'Europe Chloris chloris est un fringillidé typiquement granivore.

 

Les oiseaux granivores

Les espèces granivores se caractérisent par un bec court et conique comme celui du moineau domestique. La famille des fringillidés représente bien cette catégorie d’oiseaux : verdier d’Europe, chardonneret élégant, pinson des arbres, serin cini, bouvreuil pivoine se nourrissent de petites graines, de fleurs et de bourgeons. Au printemps ces oiseaux prélèvent aussi des insectes et ils nourrissent les jeunes au nid de larves d’insectes ou d’araignées. Le grosbec cassenoyaux se nourrit de graines à enveloppe "dure" car son bec est épais et particulièrement puissant. En effet, il est capable d'exercer une pression de 50 kg/cm3 ce qui lui permet de briser un noyau de cerise ou d'olive.

Le pigeon ramier se nourrit au sol essentiellement de feuilles, de bourgeons, de jeunes pousses et de graines diverses : il est plutôt herbivore. Il est cependant capable d'avaler un gland de chêne ou un fruit de la taille d'une cerise. Son régime alimentaire comporte aussi une part minoritaire d'invertébrés, vers, larves, insectes et mollusques.

Les mésanges sont granivores l’hiver et insectivores au printemps et en été. Leur métabolisme s’adapte selon la saison. Le régime granivore, en raison de la faible teneur en eau des graines, demande aux espèces de boire davantage que les insectivores ou les prédateurs. Certaines espèces comme les pigeons ou les tourterelles avalent même des petits graviers pour faciliter le broyage des graines dans le gésier. 

Les oiseaux insectivores

Les passereaux insectivores présentent un bec fin. Les insectes étant absents durant la mauvaise saison, ils migrent et passent l’hiver en Afrique, généralement au sud du Sahara, depuis la zone sahélienne jusqu’en Afrique du sud pour certains. Les hirondelles et les martinets capturent les insectes volants, leur bec disposant d’une large commissure pour ne pas « rater » la proie en vol.

Le gobemouches gris (Muscicapa striata) est un passereau des jardins strictement insectivore © Fabrice Croset

Le gobemouches gris Muscicapa striata est un passereau des jardins strictement insectivore © Fabrice Croset

Les gobemouches gris et noirs font un petit vol depuis un poste d’affût proéminent (antenne TV, branche) pour capturer les insectes volants (mouches, moustiques, tipules). Les rougequeues noirs et à front blanc guettent un peu de la même manière mais capturent plutôt leurs proies au sol après repérage, sur une pelouse par exemple.

Le rougegorge familier, l’accenteur mouchet et le troglodyte mignon se nourrissent de divers petits invertébrés glanés au sol ou sur les tas de bois : arachnides, myriapodes... Le rougegorge ajoute des baies de cotoneaster ou de sorbier en automne à son régime alimentaire. Il peut aussi venir aux mangeoires l’hiver et ne dédaigne pas les pains de graisse.

Le merle noir se nourrit typiquement de vers de terre et la grive musicienne casse les coquilles d’escargots sur une grosse pierre (appelée enclume) pour extraire les gastéropodes. Ces deux espèces ajoutent des fruits et des baies à leur régime alimentaire automnal.

Les pics, la sittelle torchepot et le grimpereau des jardins excavent les larves des insectes xylophages des troncs ou de derrière l’écorce des arbres. Le pic épeiche, le pic mar et la sittelle peuvent venir sur les distributeurs de graines de tournesol en hiver ainsi que de cacahuètes. Le pic vert est quant à lui myrmécophage : l’essentiel de son alimentation étant constitué de fourmis et leurs larves qu'il extirpe du sol avec sa longue langue collante, tout comme le torcol fourmilier.

Pic épeiche (Dendrocopos major) sur mangeoire cacahuètes © Joël Huet

Pic épeiche Dendrocopos major sur mangeoire cacahuètes © Joël Huet

Les prédateurs : les rapaces

Les rapaces diurnes et nocturnes sont munis d’un bec massif et crochu permettant de déchiqueter la peau et la chair de leurs proies. Le hibou moyen-duc, l’effraie des clochers et la chouette hulotte avalent leurs proies en entier, la tête la première (mulots, campagnols, musaraignes). Les parties ne pouvant être digérées (plumes, poils, os, crâne) sont rejetées par le bec après la digestion sous forme de pelote de réjection. Ces petites boulettes d’os et de poils agglomérés s’accumulent sous leurs reposoirs : dans les granges pour l’effraie des clochers, les bosquets de conifères servant de dortoirs pour le hibou moyen-duc. Les pelotes de chouette hulotte sont plus difficiles à trouver car cette espèce dispose de nombreux postes d’affûts dans les parcs et les grands jardins. L’étude des pelotes de réjection des rapaces permet de connaître précisément le régime alimentaire régional des rapaces. La chevêche d’Athena et le petit-duc scops prélèvent en majorité des gros insectes comme les grands orthoptères (sauterelles, criquets) qui constituent 70 à 90% du régime alimentaire de la chevêche notamment auxquels elle ajoute des lombrics et quelques micromammifères (campagnols). Les élytres, ailes dures et cornées des insectes, se retrouvent alors dans leurs pelotes de réjection.
Le faucon crécerelle, la buse variable et l’épervier d’Europe forment aussi des pelotes de réjection, mais plus petites et contenant moins d’os car leurs sucs digestifs sont particulièrement actifs et dissolvent davantage les parties « dures ». L’épervier d’Europe capture des passereaux en vol, la buse variable et le faucon crécerelle chassent à l’affût essentiellement les campagnols dans les champs et au bord des routes.

Une aide hivernale avec les mangeoires

En hiver, les pertes caloriques sont importantes et lorsque le temps est froid les oiseaux consacrent la journée à la recherche de nourriture. En dépit de leur plumage qui assure l’isolation contre le froid, les pertes énergétiques sont importantes : l’énergie quotidienne nécessaire pour une mésange bleue (poids moyen de 10 g) pour une température comprise entre – 10°C et + 10°C est d’environ 15 à 20 calories. L’énergie nécessaire pour un verdier d’Europe (poids moyen de 28 g), pour une amplitude thermique équivalente sera de 30 à 40 calories (source RSPB, 2009). Les insectes étant absents l’hiver, ces espèces changent de régime alimentaire et deviennent granivores pendant la mauvaise saison.
L’apport de graines et/ou de graisse à l’aide d’une mangeoire facilite la tâche aux oiseaux. Alors qu’ils doivent trouver de nombreuses graines, la durée du jour est courte et parfois les conditions météorologiques de gel prolongé ou de couverture neigeuse rendent leur quête difficile. La mangeoire permet de donner un coup de pouce aux oiseaux des jardins en apportant des graines riches en lipides ou de la graisse complémentaire. Mais en aucun cas la mangeoire n’a pour objectif de se substituer au régime alimentaire « naturel » des espèces. C’est une aide hivernale, très utile lors des épisodes de neige ou de froid prolongé, que vous pouvez mettre en place chez vous de de mi-novembre à fin mars. 

Les spécialistes

Si la majorité des oiseaux des jardins sont généralistes, voici deux espèces visibles en France aux régimes alimentaires particuliers : le cassenoix moucheté, magnifique corvidé inféodé aux montagnes et à la taïga se nourrit principalement des graines du pin cembro(3), mais si la nourriture vient à manquer, il adapte son régime alimentaire et peut se nourrir de châtaignes, de glands, de faînes (fruit du hêtre) et de fruits charnus. Cette espèce peut à l’occasion se montrer dans les jardins, en plaine, dans les vergers et les bois lors de déplacements appelés « invasions ». Ces invasions sont constituées d’individus en provenance du nord de l’Europe. En temps normal le cassenoix moucheté est sédentaire et c’est la pénurie de nourriture qui pousse les oiseaux vers l’Europe occidentale.
Même chose pour le bec croisé des sapins dont la morphologie du bec aux mandibules croisées lui permet d’extraire spécifiquement les graines des cônes de conifères. Cet oiseau peut apparaître dans les jardins lors de déplacements saisonniers, comme le cassenoix, en quête de nourriture.

Privilégier les plantations indigènes et préserver les petits habitats

Les oiseaux des jardins ayant un régime alimentaire éclectique, vous pourrez accueillir davantage d’espèces chez vous en diversifiant les petits habitats et en conservant ou en plantant des arbustes et des plantes indigènes utiles à leur alimentation. 

Retour au geste 

(1) Cleptoparasite : animal qui se nourrit aux dépens de la production ou des réserves accumulées par une autre espèce (miel produit par les abeilles, proies capturées, ou provisions mises de côté par les insectes coprophages ou nécrophages). Par exemple, les labbes sont les oiseaux de mer qui « volent » les poissons pêchés par les sternes arctiques en les « harcelant » en vol.

(2) Pinsons de Darwin : il s’agit de 14 espèces de passereaux du genre Geospiza, toutes réparties sur des îles différentes des Galápagos, mais issues d’une même espèce  originaire d’Amérique du sud, avec lesquelles Charles Darwin (1809-1882) a démontré sa théorie de la sélection naturelle et de la spéciation (formation de nouvelles espèces). Chaque pinson alors isolé sur son île a développé des caractéristiques morphologiques et des adaptations différentes en fonction des contraintes du milieu, de la nourriture disponible… pour former une espèce distincte.

(3) Pin cembro (Pinus cembra), conifère d'altitude des étages montagnard et subalpin des Alpes. Appelé aussi « Arole ».

dernière mise à jour : 24 mars 2022