Faucon crécerellette

Conseil Biodiversité
Deux faucons crécerellettes

Deux faucons crécerellettes © Philippe Pilard

Description de l'espèce

Taille

Le Faucon crécerellette est un petit rapace rare, dont la taille est légèrement inférieure à celle du Faucon crécerelle Falco tinnunculus. Son envergure atteint 58 à 72 cm. La longueur du corps est de 29 à 32 cm. Le mâle et la femelle pèsent respectivement, 140 et 160 grammes en moyenne

Silhouette

En vol, sa silhouette élancée aux ailes fines lui donne une allure souple et gracieuse. En chasse, il pratique souvent le vol stationnaire dit en « Saint-esprit ».

Plumage

Dessin faucon crécerellette

Dessin © François Desbordes

Il existe un dimorphisme sexuel marqué : le mâle possède des grandes couvertures grises, un manteau roux sans taches et des rectrices grises terminées par une barre noire, tandis que la femelle présente un plumage entièrement brun, tacheté et barré.
Le plumage des jeunes est très semblable à celui de la femelle adulte. Cependant au cours de leurs premières semaines, en juillet et août, les jeunes se reconnaissent à l’apparence plus neuve de leur plumage et aussi à leurs ailes plus courtes et légèrement plus arrondies.
Les juvéniles acquiert leur plumage d’adulte à l'âge d’environ 16 mois, au terme de la première mue qui s'étale de janvier à septembre. Durant cette période, les individus mâles présentent un plumage intermédiaire qui se caractérise principalement par le remplacement progressif de l’ensemble du plumage, grandes couvertures alaires et des rectrices. Certains mâles possèdent encore à l’âge de 2 ans des traces du plumage juvénile au niveau des tertiaires.
La mue annuelle des adultes se déroule généralement après la nidification à la mi-juillet. Les individus qui échouent leur reproduction muent prématurément à partir du mois de juin.
Par ailleurs, les femelles âgées présentent souvent des teintes plus grises au niveau de la tête et des rectrices.

Voix

C’est un faucon relativement silencieux, sauf pendant la période de reproduction où il émet diverses manifestations vocales. La plus connue étant une série répétée de sons clairs, qu’il émet au moment des parades en vol mais aussi en cas d’alarme. Il dispose également de différents cris de contact (Tous les oiseaux d’Europe, J-C Roche, CD 1/plage 90).

Confusion

Sur le terrain, le Faucon crécerellette peut aisément être confondu avec le Faucon crécerelle car il pratique aussi le vol en "saint esprit", mais outre son plumage, sa taille plus svelte, sa voix très différente "tchii tchii tchii" et son comportement grégaire sont les critères qui permettent souvent son identification. De prés, les ongles blanchâtres sont caractéristiques du Faucon crécerellette.
En vol, le mâle adulte du faucon crécerellette se distingue assez aisément grâce à ses parties inférieures plus claires, plus blanchâtres. Posé, le dos roux sans tâches permet facilement de le distinguer du mâle adulte du faucon crécerelle. Parfois, la silhouette plus trapue en vol permet l’identification du faucon crécerelle, mais souvent cette identification reste délicate.
Par contre, il existe peu de risques de confusion avec les autres espèces de faucons du fait de la taille ou de coloris très différents.

Distribution du Faucon crécerellette Falco naumanni

Répartition mondiale

L'aire de répartition du Faucon crécerellette s'étend à travers la zone méditerranéenne de l'Afrique du Nord et de l'Europe du sud et du sud-est (Maroc, Algérie, Tunisie, Portugal, Espagne, sud de la France, Italie, Grèce, Bulgarie, Macédoine, Roumanie, Ukraine,…) ; puis, elle se prolonge vers l'est, à travers certains pays du Proche et du Moyen-Orient (Turquie, Palestine, Syrie, Arménie, Iran, région Caucasienne, Turkménistan) et au sud de la Russie, à travers le Kazakhstan et la Mongolie jusqu'au lac Baïkal. Un noyau plus isolé est présent dans le Nord-Est de la Chine (Cramp et al., 1998).
En hiver, l'espèce est notée en petit nombre dans le sud de l'Espagne et au Maroc, mais la plupart des individus se rendent en Afrique, à partir de la zone sahélienne jusqu'à l'extrémité sud de l'Afrique, ainsi qu'en Arabie ; l'espèce hiverne aussi irrégulièrement dans le sud de l'Asie. La zone d'hivernage de la population d'Europe occidentale se situe en Afrique de l’ouest.

Répartition du Faucon crécerellette dans le monde

Répartition du Faucon crécerellette dans le monde

Répartition du Faucon crécerellette dans le monde (D’après www.iucnredlist.org, 2008)

Répartition française

La population Française est située en limite nord de l'aire de répartition de l'espèce. Le Faucon crécerellette habite le pourtour méditerranéen, la présence de colonies a été autrefois notée dans la plupart des départements (Aude, Gard, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Var). Mais, actuellement, l'espèce ne niche plus que dans la plaine de la Crau, dans les Bouches-du-Rhône et dans l’Hérault. Depuis 2006, une opération de réintroduction vise la formation d’une nouvelle colonie dans le massif de la Clape du département de l’Aude. En 2014, un couple a été trouvé nicheur dans un village du département du Gard.
En période de nidification, des groupes comptants entre 1 et 20 individus sont régulièrement observés dans des secteurs apparemment favorables à la nidification des départements du Var, des Bouches-du-Rhône et de l’Hérault. Ces groupes composés d’une majorité d’individus sub-adultes d’origine ibérique stationnent, sans s’y reproduire jusqu’à présent.

Localisation de la population française en 2020

Localisation de la population française en 2020

Effectifs du Faucon crécerellette Falco naumanni

Statut au niveau mondial

Les effectifs de la population mondiale du Faucon crécerellette ont diminué rapidement et de façon importante à travers toute son aire de distribution (Tucker & Heath, 1994). Par exemple, les effectifs de la population espagnole, compris entre 20 000 et 50 000 couples en 1980, étaient estimés entre 4 300 et 5 100 couples en 1990 (Gonzales et al., 1990).

Statut au niveau européen

 

En 2004, Birdlife International estime la population européenne entre 25 000 et 42 000 couples nicheurs et la tendance d’évolution est considérée comme en « léger déclin » pour la période 1990-2000. Les principales populations sont : 12 000 à 20 000 couples en Espagne (2002), 2 000 à 3 500 couples en Grèce (2000), 3 700 couples en Italie (2001), 5 000 à 7 000 couples en Turquie (2001), 1 500 à 3 000 couples en Macédoine (2002). En Europe, les effectifs de certains pays (France, Portugal, Italie, Russie) sont en augmentation, d’autres sont considérés comme stables (Espagne, Grèce, Moldavie, Azerbaîjan) et d’autres en diminution (Turquie, Ukraine, Bulgarie, Géorgie, Croatie, Macédoine, Serbie, Ukraine).
En Espagne, l’effectif global est considéré comme stable entre 1990 et 2000 par Birdlife International (2004), cependant certaines populations du nord de l’Espagne montrent une tendance à l’accroissement telles que les populations de la vallée de l’Ebre et de Catalogne.

Tableau des effectifs et tendances dans les pays européens (d’après BirdLife International, 2004)

Tableau des effectifs et tendances dans les pays européens (d’après BirdLife International, 2004)

Statut au niveau national

Statut actuel

En 2020, la population française totalise 565 couples nicheurs répartis dans 3 sites des régions Occitanie et Provence-Alpes-Côtes d’Azur : plaine de Crau (230 couples), centre de l'Hérault (254 couples) et plaine audoise (81 couples).

Statut historique

La première mention de l'espèce en France est de Millet-Horsin (1918) qui le décrit comme nicheur dans les ruines romaines de la région de Fréjus (Var). La redécouverte relativement récente de l'espèce en France (Rivoire & Hue, 1947; 1950) ne permet pas de préciser l'évolution ancienne de ses effectifs. Pour la période postérieure à 1945, Cheylan (1991) a résumé cette évolution comme suit :

  • Dans les années 1947-1965, il nichait dans le Vaucluse, le Gard, les Bouches-du-Rhône et dans l'Aude, avec un effectif estimé à 70-150 couples ;
  • Dix années plus tard (1970-1977), l'effectif français était réduit à 40-50 couples, avec une nidification exceptionnelle en Corse et la disparition des colonies nombreuses du nord de l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône). Bien que connue depuis le début des années 1960 (Hoffmann, 1959 ; Blondel, 1964), la population de la Crau n'a pas été contrôlée au cours de la première enquête nationale et n'apparaissait pas sur la carte publiée dans l'atlas de Yeatman (1976), qui donnait comme seuls sites de nidification Alès et Roquemaure dans le Gard, les Alpilles et l'ouest du Lubéron.
  • En 1978-1981, la répartition de l'espèce est inchangée, mais ses effectifs chutent à 15-20 couples;
  • Au cours des années 1982-1992, le Faucon crécerellette disparaît des sites du Vaucluse, puis du Gard, et se maintient entre 2 et 4 couples dans les Alpilles jusqu’en 1993.
carte des anciens et actuels sites de nidification du Faucon crécerellette en France

Paradoxalement, l'évolution de l'espèce en Crau est inverse de celle observée sur les autres sites de nidification. En effet, avant 1980, les chiffres cités pour la Crau n'ont jamais excédé 5 couples nicheurs (Hoffman, 1959 ; Blondel, 1964 ; Port, 1962), puis, à partir de 1983, le nombre de couples nicheurs augmente, Brun et al. (1999) ont décrit l'augmentation de cette population et les principales causes de cette évolution comme suit :

  • La population de Faucon crécerellette en Crau redécouverte en 1983 avec 2 couples nicheurs, va augmenter, en particulier sur une bergerie partiellement en ruine. Cette bergerie constitue entre 1984 et 1986 l'unique site de nidification jusqu'à sa colonisation par les Choucas.
  • Puis en parallèle à la colonisation croissante de cette bergerie par les Choucas, le nombre de Crécerellettes diminue dès 1988 et les couples se dispersent sur d'autres bergeries. En 1992, la découverte de colonies en tas de pierres porte d'un coup à 19 couples la taille de la population (16 couples dans 7 tas de pierres et 3 couples sur 2 bergeries).
  • Après 1992, la population continue d'augmenter de 16 à 26 % par an pour atteindre 42 couples en 1996, puis 48 couples en 1997.
  • En 1999, on observe une baisse des effectifs avec un total de 39 couples reproducteurs puis, en 2000, on observe une augmentation spectaculaire, avec 60 couples nicheurs.
  • En 2015, on dénombre 166 couples nicheurs en Crau.

La colonie héraultaise est découverte en 2002. Cette colonie se développe rapidement, avec 11 couples en 2002, 64 couples en 2008, 148 couples en 2013 et 171 couples en 2015 (Ravayrol & Buhot, 2002 ; Saulnier, 2008).

Par ailleurs, on note la tentative de colonisation d’un nouveau site, en 2003 et 2004, dans la basse plaine de l’Aude (commune de Fleury d’Aude) avec l’installation de 1 puis de 2 couples nicheurs mais qui ne sont pas réobservés en 2005 (Rousseau et al., 2004). Dans l’Aude, l’opération de réintroduction qui démarre sur le même site à partir de 2006 permet l’installation d’un premier couple en 2007, de 5 couples en 2008, 25 couples en 2014 et 2015. Cette population réintroduite atteint 81 couples nicheurs en 2020 (Lelong, 2009 ; Bonot, 2014 ; Bourgeois, 2020).

En 2007, on note également l’installation spontanée mais sans suite, d’un couple sur le plateau de l’Arbois (commune de Vitrolle) (Vincent-Martin et Marmasse, comm. pers.).

En 2014 et 2015, un couple pionnier s'installe dans le Gard mais il n'est pas réobservé à partir de 2016.

En 2020, l’effectif de la population française est de 565 couples.

Evolution des effectifs nicheurs français depuis 1983

Evolution des effectifs nicheurs français depuis 1983

Statuts du Faucon crécerellette Falco naumanni

Statut légal

Le Faucon crécerellette, comme toutes les espèces de rapaces, est protégé en France selon la loi du 10 juillet 1976 (arrêté d'application du 17 avril 1981).
Il fait aussi partie de la liste des espèces de vertébrés protégées menacées d'extinction en France et dont l'aire de répartition excède le territoire d'un département (arrêté d'application du 9 juillet 1999).
Il est inscrit en Annexe I de la Directive "oiseaux" 79/409 CEE du Conseil relative à la conservation des oiseaux sauvages et fait donc partie des espèces devant faire l'objet de mesures spéciales de conservation.
Il est inscrit en Annexe II de la convention de Berne (19 sept. 1979) dont les objectifs sont d'instituer une protection minimale de la grande majorité des espèces sauvages végétales et animales et de leurs habitats en Europe, d'assurer une protection stricte pour les espèces et les habitats menacés, en particulier les espèces migratrices, et de renforcer la coopération des parties contractantes dans le domaine de la conservation de la nature.
Il est inscrit en Annexe II de la convention de Bonn (23 juin 1979) qui regroupe les espèces migratrices se trouvant dans un état de conservation défavorable et nécessitant l’adoption de mesures de conservation et de gestion appropriées. A ce titre, l’espèce bénéficie de la mise en œuvre d’un Plan d’actions international.
Le commerce de l’espèce est strictement interdit dans l’Union Européenne (Annexe C1 du Règlement CEE / CITES ) ; il est strictement réglementé à l’échelle mondiale (Annexe II de la convention de Washington).

Statut de conservation

L'espèce est inscrite à la Liste Rouge de la faune menacée de France dans la catégorie "Vulnérable". Elle est aussi classée dans la catégorie "CMAP 1" qui regroupe les espèces présentes en France et menacées à l’échelon mondial dont la Conservation Mérite une Attention Particulière (ROCAMORA et YEATMAN-BERTHELOT, 1999).
A l'échelle européenne, d'après les critères définis par BirdLife International (TUCKER et HEATH, 1994), le Faucon crécerellette est classé en "SPEC 3" c'est à dire dans la catégorie des espèces dont les populations ne sont pas concentrées en Europe, mais dont le statut de conservation y est défavorable.
A ce titre, elle fait partie des 45 espèces considérées comme nicheuses rares et menacées, qui font l'objet de suivis quantitatifs annuels (SERIOT, TROTIGNON et al., 1996; SERIOT et al., 1997), programme initié par le service Direction de la Nature et des Paysages du Ministère de l'Environnement.
Elle est également classée par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) dans la catégorie "Préoccupation mineure" de la Liste Rouge mondiale depuis 2011.

En savoir plus

Le PNA en faveur du Faucon crécerellette