Le sol face au changement climatique

Le sol face au changement climatique

Plante sur un sol craquelé en raison de la sécheresse © Pixabay

Bien qu’à l’échelle géologique nous soyons dans une phase de réchauffement post-glaciaire(1), les activités humaines conduisent à un réchauffement de la planète plus rapide que la normale. La combustion des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), entraîne  d’importantes émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Parmi ces gaz, on trouve le dioxyde de carbone (CO2) mais aussi le méthane (CH4), tous deux constitués de carbone (C). On trouve aussi dans l’atmosphère le protoxyde d’azote (N2O), autre puissant gaz à effet de serre.

Le carbone (C) est un élément chimique qui intervient dans le processus de la photosynthèse. Sous l’action du soleil, les végétaux assimilent du dioxyde de carbone (CO2) présent dans l'air, rejettent du dioxygène (O2) et stockent du carbone (C). Ainsi, le rôle des arbres est-il bien connu aujourd’hui pour leur capacité à stocker le carbone. Les arbres, et plus largement tous les végétaux, sont essentiels dans le cycle du carbone et aident à lutter contre le réchauffement climatique. On l’évoque moins souvent, mais le sol stocke lui aussi une quantité élevée de carbone dans les écosystèmes.

Le sol, important puits de carbone

Le sol est la partie complexe de la croûte terrestre où interfèrent les roches, l'atmosphère (siège du climat) et le monde vivant. A l’échelle globale, les sols stockent davantage de carbone que la végétation et l’atmosphère réunies. La formation du sol, appelée pédogénèse(2), est étroitement liée aux conditions climatiques. En effet, la couche d’humus qui résulte de la dégradation de la matière organique des végétaux par la faune du sol, connaît une activité biologique différente selon la température environnante. Ainsi, les sols peuvent émettre ou stocker du CO2.

Estimation du stock de carbone dans les 30 premiers cm du sol © ADEME

Le sol constitue une source d’émission de CO2 lorsque les températures sont élevées (en raison du changement climatique par ex). Un climat plus chaud favorise ainsi l'activité biologique du sol. La décomposition et la minéralisation de la matière organique s’accélèrent, réduisant la teneur en carbone organique contenu dans l’humus. Les conséquences sont une baisse de la fertilité du sol et une diminution du stock de carbone qu’il contient.

Le changement climatique met le sol sous pression

Le changement climatique(3) se caractérise sous nos latitudes par des phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents : fortes tempêtes, inondations et épisodes de canicules plus nombreux. Le cycle de l’eau est modifié, le niveau des mers augmente plus rapidement et la végétation tend à évoluer.

Cela se traduit au niveau du sol par :

  • La modification de l'humidité et donc des transferts de minéraux ;
  • La modification du type de matière organique apportée par la végétation (en raison du changement de végétation) ;
  • L'augmentation de la salinité des sols du littoral ;
  • La modification de l'intensité de l'érosion et de la sédimentation.

D’autres phénomènes, d’origine humaine, interviennent dans le déstockage du carbone. L’artificialisation d’un sol appauvrit sa biodiversité. Lorsqu’il est goudronné, cimenté ou recouvert d’un matériau synthétique (résine, caoutchouc), le sol ne reçoit plus de matière organique et n’est donc plus en mesure de stocker le carbone.

Il est donc important de maintenir nos sols en bonne santé, avec une couverture végétale stable pour maximiser le stockage du carbone. Une couverture végétale permanente des sols va également favoriser l’infiltration de l’eau, limiter son ruissellement, limiter son érosion et ainsi réduire les risques d’inondation et de glissement de terrain.

La couverture végétale de la prairie favorise le stockage du carbone (C) et l'infiltration de l'eau © Kristine Cinate

Le plus souvent, ne rien faire, c’est-à-dire ne pas agir sur le sol, est encore le mieux. La libre évolution de la végétation (flore spontanée) conduit à un certain équilibre de l’écosystème « sol », avec des conditions chimiques et biologiques stables.

Préserver le sol pour lutter contre le changement climatique

En tant que membres Refuges LPO, vous êtes engagés dans une démarche de préservation de la nature de proximité où le sol tient une place de première importance. Le sol est au fondement même de la vie terrestre et, pour cette raison, nous devons le respecter. Cela consiste à limiter notre emprise sur le sol, notamment en limitant son artificialisation(4) voire en essayant de restaurer le sol naturel d’origine. Voici quelques gestes qui contribuent à sauvegarder le sol et aider à lutter contre le changement climatique :

  • Ne pas artificialiser davantage le sol de votre terrain ou votre jardin : éviter de construire une allée de garage cimentée ou goudronnée ; éviter l’emploi de matériaux type galets, gazon synthétique, revêtement de morceaux d’ardoises qui couvrent le sol d’origine.
  • Réhabiliter le sol d’origine quand cela est possible : démonter une terrasse en béton, démolir une allée goudronnée, retirer un bassin de jardin cimenté pour en faire une mare naturelle, retirer les bâches couvre-sol ou tout autre élément artificiel afin de retrouver le sol d’origine.
  • Ne pas retourner le sol à la bêche ou avec un motoculteur : cela déstructure le sol et perturbe les organismes vivants associés aux différentes profondeurs de sol. Privilégier les modes de cultures durables au potager comme la permaculture, qui nécessitent peu d’eau et s’inscrivent dans les écosystèmes naturels.
  • Privilégier les allées enherbées et, pour le paillage au pied des jeunes plantations, choisir uniquement des matériaux naturels comme les copeaux de bois, la paille, l’herbe fauchée… (pas de bâche plastique).
  • Préserver les prairies et les zones d’herbes hautes : ces milieux, avec les zones boisées, ont la capacité de stocker d’importants taux de carbone (voir schéma ci-dessus).

Chacun peut agir, à l’échelle d’un jardin, aussi petit soit-il. Le sol et le climat interagissent et sont étroitement liés. Préserver le sol c’est favoriser la biodiversité, limiter les risques naturels (inondations) et aider à lutter contre le changement climatique.

Un jardin et une entrée de garage très artificialisés © Unsplash

(1) La dernière période glaciaire, appelée « Würm » ou "Weichsélien", prend fin il y a -11 700 ans. Cette période géologique de la fin du Pléistocène s’étend de - 115 000 à -11 700 ans avant le présent.

(2) Pédogénèse : Ensemble des processus qui, en interaction les uns avec les autres, aboutissent à la formation, la transformation ou la différenciation des sols.

(3) Le changement climatique, appelé également réchauffement planétaire, est un phénomène qui se caractérise par l’augmentation du niveau moyen de la température à la surface de la Terre. La température moyenne globale de la planète a augmenté de 1,1°C entre 1850 et 2017. Parallèlement, la France a subi une augmentation moyenne de 1,5°C depuis 1900 (source : climate.selectra.com / GIEC).

(4) Artificialisation des sols : transformation d’un sol à caractère agricole, naturel ou forestier par des actions d’aménagement, pouvant entraîner notamment son imperméabilisation totale ou partielle (Insee).

 

dernière mise à jour : 24 juin 2022