Herbes hautes et fleurs sauvages des toitures végétalisées

Les fleurs sauvages et les herbes hautes végétalisent le sol des villes dès qu’un endroit propice se présente : friche urbaine, bordure de zone résidentielle, ancienne zone industrielle, talus, ou zones temporaires de chantier. Elles poussent aussi sur les toits et plus spécialement les toitures végétalisées qui permettent de verdir la ville tout en isolant le bâti.

Toiture végétalisée à Paris et grande sauterelle verte

Toiture végétalisée à Paris et grande sauterelle verte © Florent Huon

Les toitures végétalisées (ou toits végétalisés ou toits verts) sont des infrastructures vertes qui remplacent les matériaux classiques comme les tuiles, les ardoises, la tôle ou le béton. Ces toitures, qui se présentent sous la forme de toits-terrasses jouent différents rôles écologiques et constituent de nouveaux écosystèmes urbains comme les pelouses sèches sableuses. La flore y est très diversifiée. Elle est composée d’espèces plantées et de spontanées qui apportent de nombreux bénéfices par rapport à une toiture classique.

Si tous les toits étaient végétalisés, il ferait plus frais en ville en été. Les villes seraient plus vertes et attrayantes pour l’Homme et la nature. Voici des précisions sur la flore de ce milieu peu occupé par l’Homme en ville et que les particuliers peuvent aussi mettre en place chez eux.

Un milieu aux conditions extrêmes

Les toitures végétalisées sont des milieux extrêmes. Les conditions de températures y sont élevées (de 50 à 60°C en été), avec une forte sécheresse, un vent fort caractéristique de ce milieu et un sol réduit. Seules les plantes adaptées aux sols sablonneux, secs et aux difficiles conditions des toitures peuvent y survivre.

Rôles des toitures végétalisées

Les toitures végétalisées jouent un rôle essentiel notamment en ville où les matériaux s’échauffent fortement. Avec le réchauffement climatique, cette tendance augmente encore. Les plantes et leur couvert végétal offrent de nombreux avantages :

  • Elles permettent une isolation thermique et acoustique : en été, les appartements sous les toits chauffent moins. Le couvert végétal absorbe les bruits de la ville.
  • Elles dégagent moins de chaleur que le béton ou les tuiles et limitent l’augmentation de la température en ville.
  • Elles refroidissent l’air par évaporation de l’eau : l’évaporation d’eau par la végétation rafraîchit les alentours de 3 à 5°C.
  • Elles captent les particules polluantes de l’air.
  • Elles protègent la toiture de l’érosion et la durée de vie du toit est deux fois plus longue avec un entretien limité.
  • Elles verdissent la ville et améliorent ainsi le cadre de vie : certaines toitures à végétalisation intensive peuvent être parcourues et forment des espaces verts urbains supplémentaires.

Un intérêt pour la faune en ville

La diversité faunistique peut être très importante comme sur les toits végétalisés de Bâle (Suisse) où 254 espèces de coléoptères et 78 espèces d’araignées ont été trouvées. A Vienne (Autriche), une recherche portant sur quelques toits a permis de recenser 91 espèces d’abeilles sauvages (ASPO-BirdLife Suisse, 2018). Sur les toits de Paris, une étude a inventorié plus de 600 espèces d’invertébrés (Cerema, 2020). Là où il y a beaucoup d’insectes, les oiseaux vont venir se nourrir et parfois nidifier dans les buissons des toitures. Plusieurs espèces d’oiseaux occupent les toits comme le pigeon ramier, le rougequeue noir ou la bergeronnette grise.

Typologie des toitures végétalisées

Il existe différents types de végétalisation sur la toiture en fonction du substrat (proportion de sable et d’argile), de son épaisseur et de la diversité floristique. On distingue la toiture à végétalisation extensive et celle à végétation intensive :

  • Toiture à végétalisation extensive : elle nécessite une couche de substrat de 8 cm minimum, mais 10 cm sont mieux. La végétalisation extensive permet la croissance de petites plantes, parfois clairsemées comme les orpins, les joubarbes et saxifrages (résistantes au manque d’eau et à la sécheresse). Les mousses peuvent également bien supporter des conditions extrêmes, tout comme certaines herbes et orchidées.

NB : Une étude réalisée à partir de 10 carrés témoins de 1m2 sur les toits végétalisés de Paris (Muratet A., 2020) a permis d’affiner la typologie de la végétalisation extensive et de distinguer :

- Une végétalisation extensive peu fertile

- Une végétalisation extensive moyennement fertile

- Une végétalisation extensive très fertile

 

  • Toiture à végétalisation intensive : elle nécessite une couche de substrat de 15 à 20 cm, permettant l’installation de petites prairies, de petits buissons voire d’arbustes.

 

Orpin blanc

L’orpin blanc (Sedum album) est une plante spontanée des toitures végétalisées © Pixabay

La flore des toitures végétalisées

On distingue la flore plantée (initiale) à l’aide de caissettes pré-cultivées lors de l’installation de la toiture, et la flore spontanée qui se développe par les graines apportées par le vent et les oiseaux.

Par exemple l’orpin blanc (Sedum album) est une espèce qui arrive spontanément sur les toitures alors que l’orpin d’Espagne Sedum hispanicum et l’orpin du Kamtchatka Sedum kamtschaticum sont des espèces introduites. Ces trois plantes à feuilles charnues (famille des crassulacées) sont typiques des milieux sablonneux et secs des toitures avec la vulpie queue de rat Vulpia myuros une poacée.

Les botanistes ont recensé plus de 400 espèces de plantes vasculaires(1) sur les toitures végétalisées de Paris. 30% de cette flore est plantée par l’Homme, l’autre partie (soit 70%) est sauvage et spontanée. La richesse taxonomique des espèces spontanées est donc plus importante que celle des espèces plantées et ce, quel que soit le type de toiture (voir la typologie des toitures au-dessus). Les deux principales familles de plantes des toitures végétalisées sont les poacées(2) et les astéracées(3) et cette tendance est « normale » car elle se retrouve dans les milieux des régions tempérées.

Il est intéressant de noter que les espèces plantées constituent un couvert utile à l’implantation des espèces spontanées. Les espèces plantées fleurissent plus tôt au printemps par rapport aux spontanées. De même, les espèces de fleurs entomophiles (celles pollinisées par les insectes) sont plus importantes parmi les espèces plantées.

Enfin les plantes menacées ou rares sont également bien représentées sur les toitures, comme le gaillet de Paris Galium parisiense classé vulnérable en Ile-de-France ou la crépide fétide Crepis foetide, une espèce des milieux rocailleux méditerranéens et friches, classée en danger critique en Ile-de-France.

Pour conclure

Les toitures végétalisées offrent de nouveaux milieux naturels dans les espaces fortement anthropisés. La diversité floristique y est grande bien qu’il s’agisse d’espèces inféodées aux terrains secs et sablonneux. Le couvert végétal accueille à son tour de nombreux invertébrés et aussi des oiseaux. Enfin, les toitures végétalisées aident à tempérer le climat en ville et à isoler nos habitations de manière écologique.

Toiture végétalisée constituée de tourbe, mousses et poacées

Toiture végétalisée constituée de tourbe, mousses et poacées, souvent présente dans le nord de l’Europe © Pixabay

Bibliographie et ressources

 

(1) Plante vasculaire : espèce végétale qui possède des vaisseaux servant à la circulation de l'eau.

(2) Poacées : famille des graminées, plantes monocotylédones de l'ordre des Poales, qui comprend environ 12 000 espèces.

(3) Astéracées : fleurs composées qui sont en réalité des « composés » de fleurs minuscules, réunies en inflorescences appelées « capitules », dont font partie les pâquerettes (Bellis perennis) entre autres.

dernière mise à jour : 7 février 2022

Documents à télécharger

Taxons spontanés et/ou plantés les plus courants des toitures végétalisées Tableau PDF - 517 kB