A la découverte du Refuge LPO de Laurent Cocherel

Actualité
Partager :

Laurent Cocherel est passionné par la nature depuis l'âge de 12 ans. Son enfance fut bercée par les ambiances maritimes du littoral breton. Plus tard, il a voulu découvrir la faune sauvage des contrées nordiques en Ecosse, en Alaska et en Sibérie. Aujourd’hui journaliste et guide naturaliste, il a fait de sa passion une activité professionnelle comme photographe et réalisateur. Laurent nous explique comment la mise en place d’un Refuge LPO lui permet d’être au contact de la nature chez lui.

Le Refuge LPO de Laurent Cocherel en Bretagne © Laurent Cocherel

LPO | Bonjour Laurent, vous êtes un voyageur naturaliste infatigable et photographe animalier : que vous apporte ce jardin labellisé Refuge LPO lorsque vous revenez de vos voyages ?

Laurent COCHEREL | J’ai l’ADN du pigeon voyageur, j’aime voyager pour mieux revenir ! La Bretagne où se trouve ma maison est un lieu d’ancrage de ressourcement et d’inspiration. L’émerveillement n’est pas lié aux territoires exotiques mais à notre acuité aux beautés du vivant, y compris celles du pas de notre porte. Et un jardin peut être source de multiples merveilles naturelles !

 

LPO | Comment avez-vous connu la LPO et depuis quand date vos premières sorties naturalistes ?

Laurent COCHEREL | A 12 ans avec des copains de collège, nous avions formé un club CPN « Connaître et protéger la Nature» et nous nous retrouvions tous les week-ends pour des activités naturalistes. En grandissant, je me suis investi bénévolement, notamment comme animateur nature dans les associations Bretagne Vivante et la LPO. Je me souviens d’ailleurs d’un séjour dans la réserve naturelle nationale du Marais d’Yves où j’ai pu m’impliquer auprès de l’équipe de la LPO pour aider à différentes tâches de travaux extérieurs. Difficile d’expliquer l’origine d’une passion, c’est quelque chose d’inné il me semble qui s’entretient et se stimule avec son entourage.

Nichoir Refuges LPO et mésange bleue (Cyanistes caeruleus) © Laurent Cocherel

Nichoir Refuges LPO et mésange bleue (Cyanistes caeruleus) © Laurent Cocherel

LPO | Quel était le projet au début de ce Refuge LPO situé à Brécé en Ille-et-Vilaine ?

Laurent COCHEREL | J’ai décidé de devenir membre du réseau Refuges LPO quand je me suis installé dans ma maison dans la campagne rennaise, il y a une dizaine d’années.

Il y avait une double vocation à créer ce Refuge LPO : d’une part soutenir la LPO dans ce programme extraordinaire qui consiste à rendre tout le monde acteur dans la protection de la biodiversité locale, et d’autre part de manifester mon engagement de façon concrète. Bien entendu, l’idée initiale était de créer des aménagements mais aussi de mettre en place une gestion écologique adaptée pour favoriser la faune et la flore sauvages chez moi.

 

LPO | Pouvez-vous nous décrire en quelques mots ce jardin naturel et dans quel contexte s’inscrit la préservation de cet espace ?

Laurent COCHEREL | J’ai la chance de vivre dans une ancienne maison en bord de rivière, c’est un petit écrin de nature aux portes de la ville de Rennes. J’ai d’ailleurs craqué pour cet environnement car je ne peux pas me passer de milieux humides. Le terrain d’une superficie de 2 500 m2 possède de nombreux arbres (châtaignier, noyer, chêne, if, etc.) et quelques arbres fruitiers. La proximité de la rivière permet de côtoyer et d'accueillir de magnifiques espèces typiques des eaux douces comme le martin-pêcheur d’Europe ou la bergeronnette des ruisseaux.

Maison, terrasse et jardin Refuge © Laurent Cocherel

Maison, terrasse et jardin Refuge © Laurent Cocherel

LPO | Concernant ce terrain, quelle est la principale action de protection et comment avez-vous réussi à préserver les petits biotopes ?

Laurent COCHEREL | L’action essentielle à mes yeux est la sensibilisation et cette fameuse «part du colibri» - légende amérindienne popularisée par Pierre Rabhi - qui peut déclencher des vocations chez certains jeunes. J’évoque donc les intérêts d’aménager un jardin sauvage avec toutes les personnes que j’accueille chez moi. J’aime les animaux domestiques bien sûr mais il n’y a pas de chat sur mon terrain pour éviter la prédation des oiseaux, et vu le nombre de couples nicheurs dans mon jardin, je suis convaincu qu’ils se passent le mot !

 

LPO | Quels sont les principaux aménagements bénéfiques à la faune et la flore sauvages ?

Laurent COCHEREL | En termes de gîte, je crois avoir tout essayé aussi bien pour les oiseaux que pour les mammifères ! Nichoirs à pic vert, mésange, rougegorge familier, troglodyte mignon, hirondelle, gîte pour chauves-souris, hérisson d’Europe, écureuil roux... L’ironie du sort, c’est que la plupart des espèces trouvent leur bonheur dans les fourrés, les haies et les interstices des murs de notre maison ! Avant même la pose de nichoirs et de gîtes, sachons préserver les petits biotopes et les cavités naturelles, c’est l’essentiel ! Ce qui fonctionne très bien c’est le solarium à lézard des murailles qui consiste en un amas de tuiles dans lesquels les reptiles peuvent se cacher à la moindre alerte. Les petits hôtels pour abeilles sauvages solitaires fonctionnent aussi très bien.

Des tuiles posées au sol procurent des gîtes pour la faune © Laurent Cocherel

Des tuiles posées au sol procurent des gîtes pour la faune © Laurent Cocherel

LPO | Avez-vous d’autres méthodes de gestion écologiques particulières à partager ?

Laurent COCHEREL | On insiste souvent sur les aménagements mais la végétalisation est un point crucial pour de nombreuses espèces, notamment les insectes. C’est important de diversifier les espèces végétales et d’instaurer des mini prairies avec des plantes nectarifères par exemple ou bien des friches. Je dois moi-même continuer à progresser sur ce point car j’ai encore trop de gazon à mon goût !

 

LPO | Quel geste simple aimeriez-vous partager en faveur de la biodiversité ?

Laurent COCHEREL | Le geste le plus simple est de ne pas systématiquement vouloir tondre ou couper ses haies au cordeau, en laissant les orties, le gaillet gratteron, les ronces investir les lieux. La friche est un petit écosystème riche. Installer quelques nichoirs et des mangeoires, en respectant les saisons, est aussi à la portée de tous, et rapidement gratifiant.

Herbes hautes et fleurs sauvages forment une prairie © Laurent Cocherel

Herbes hautes et fleurs sauvages forment une prairie © Laurent Cocherel

LPO | Avez-vous relevé une augmentation de la biodiversité, de nouvelles espèces animales et végétales sur ce terrain ?

Laurent COCHEREL | Je suis surpris de découvrir chaque année de nouvelles espèces nicheuses dans mon jardin. Cette année des couples de chardonnerets élégants, de mésanges à longue-queue et de sittelles torchepots m’ont fait l’honneur de leur présence tout comme le gobemouche gris qui revient tous les ans. Récemment, un écureuil roux s’est installé aux abords du jardin et c’est toujours un spectacle exaltant de le voir courir sur notre terrain !

 

LPO | Faites-vous connaître ce terrain et la démarche Refuges LPO autour de vous ?

Laurent COCHEREL | Le panneau Refuge planté à l’entrée de notre terrain intrigue toujours les visiteurs de passage, donc dès que l’on peut, on parle de la communauté des Refuges LPO et de la facilité de rejoindre ce réseau, sans contraintes majeures.

 

LPO | Avez-vous un affût photo sur ce terrain et des postes d’observation favoris ?

Laurent COCHEREL | Mon siège affût fait partie du décor en quelque sorte ! Il est toujours prêt à l’emploi et je ne compte plus les heures passées à guetter oiseaux, papillons, insectes, écureuils pour les photographier ou les filmer. Les périodes de confinement ont aussi été propices à passer plus de temps chez soi et profiter de cette biodiversité locale. J’ai également construit en fond de jardin un affût permanent, avec vitre sans teint, pour observer la faune de la rivière. C’est un peu mon lieu intimiste tenu secret.

L'affût photos est caché dans la végétation © Laurent Cocherel

L'affût photos est caché dans la végétation © Laurent Cocherel

LPO | Pouvez-vous nous partager une anecdote liée à ce terrain ou bien liée à la LPO ?

Laurent COCHEREL | Lorsque nous avons rénové notre toiture, le couvreur nous a signalé une ancienne occupation de fouine, avec des amas de coquilles d’œufs. Nous n’avions rien remarqué ! Alors que tout le monde se plaint de la présence de ce mustélidé et cherche à s’en débarrasser, ma première réaction a été : « J’espère qu’elle reviendra ! ». Le couvreur était désarçonné par mon discours sur les bienfaits d’une maison refuge !

 

LPO | Que diriez-vous aux autres propriétaires de Refuges pour conclure ?

Laurent COCHEREL | Tout simplement de rester créatif dans les petites choses à accomplir, de partager leur savoir, notamment auprès des enfants et d’échanger avec les non-initiés afin que ce maillage de terrains Refuges LPO devienne un jour prédominant dans nos campagnes. Le Refuge LPO est sans nul doute un pourvoyeur de bonheur quotidien !

Bergeronnette grise (Motacilla alba) © Laurent Cocherel

Bergeronnette grise (Motacilla alba) © Laurent Cocherel

Interview : Nicolas Macaire LPO - publiée dans l'OISEAU magazine n°144 (juillet-août-septembre 2021)