Vautour fauve

Conseil Biodiversité

Rapace de grande taille, il a une petite tête claire assez bien visible en vol, de longues ailes très larges aux rémiges nettement digitées, lui donnant une envergure de plus de deux mètres (2,4 à 2,8 m). Le dessus du corps est brun-gris jaunâtre, de nuance variable et le dessous est brun roussâtre à jaunâtre. La cire est grise, les pattes gris-bleu et l’iris se décline du brun clair au jaune suivant l'âge. Les adultes ont un duvet blanchâtre court au niveau de la tête, deux taches de peau nue et bleue à la base antérieure du cou, de part et d’autre du jabot. Le dimorphisme sexuel est très faible, voire inexistant. Des différences morphologiques ont été avancées au niveau de la forme de la tête, critères cependant très difficilement distinguables sur le terrain [1].

Vautours fauves sur un rocher

Vautours fauves © Bruno Berthémy

Les juvéniles présentent une collerette de plumes brunes lancéolées, un plumage globalement brun et des yeux brun foncé. Avec l’âge, un éclaircissement progressif de ces teintes se produit, dès la deuxième année pour l’œil et le plumage, à partir de trois ans pour la collerette qui devient également duveteuse.

L’essentiel de la mue se déroule de juin à septembre, bien que la perte des rémiges primaires puisse s’observer tout au long de l’année et des individus peuvent présenter une mue des couvertures de début avril à fin novembre [bg7].

Les manifestations sonores sont une succession saccadée de caquètements secs. De longs soufflements aigres et chuintants et des grognements accompagnent provocations et bagarres (JCR, CD1/pl.68).

En vol plané circulaire, le Vautour fauve (Gyps fulvus) tient souvent les ailes relevées. En vol plané direct, la « main » est normalement abaissée. En vol battu, les mouvements des ailes sont lents et amples. Les rémiges primaires écartées, les doigts sont bien visibles de face ou de dos.

Longueur totale du corps : 95-105 cm. Poids : 8-11 kg.

Répartition géographique

Parmi les espèces de Gyps, le vautour fauve G. fulvus est le vautour le plus répandu à travers l'Europe, l'Asie et l'Afrique, avec une distribution des populations reproductives s'étendant du Kazakhstan et du Népal en passant par le sud de l'Europe via le Caucase [2], [3]. L'espèce est maintenant considérée comme éteinte en tant qu'espèce reproductrice en Afrique du Nord. Cependant, des juvéniles nomades ou des adultes migrateurs hivernants y sont parfois observés [3], [4]. En Europe, l'Espagne détient plus de 95% de la population totale et, en termes globaux, 75% des vautours fauves du monde [3], [5], [6]. Les autres colonies reproductrices européennes se trouvent dans la péninsule des Balkans, ainsi qu’en France, en Italie, au Portugal, en Turquie, en Arménie et dans les îles méditerranéennes de Sardaigne, Crète, Naxos et Chypre [7].

Carte : distribution ancienne et récente du Vautour fauve

Par le passé, l’aire de répartition du Vautour fauve était beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui. L’aire supposée recouvrait toute l’Europe du Sud depuis la côte Atlantique jusqu’à l’Himalaya de façon continue. Elle incluait probablement aussi des territoires en Afrique du Nord. Elle s’est considérablement réduite au 19e et 20e siècle du fait de la persécution des oiseaux et de la mutation des pratiques d’élevage, notamment en France où dans les années 50, il ne subsistait plus que quelques individus nicheurs dans les Pyrénées occidentales [7].

Sur le territoire français, l’espèce a pu être sauvée grâce à l’application de l’arrêté ministériel du 24/01/1972 (interdiction de la chasse aux rapaces diurnes) et à la création de la RNN d’Ossau en 1974 (protection d’une des dernières colonies connues sur l’hexagone), actions fortes qui ont été accompagnées d’une surveillance renforcée de la part de la police de l’environnement (ONCFS/PN des Pyrénées) et d’importantes campagnes de sensibilisation animées par le monde associatif (FIR, SAIAK...). Ces actions ont permis une stabilisation, puis un développement important des colonies dans les Pyrénées. Les programmes de réintroduction menés avec succès dans les Grands Causses, le Diois, les Baronnies provençales et le Verdon ont par ailleurs permis la restauration d’anciens corridors d’échange entre populations d’Europe occidentale et orientale. Aujourd’hui, la quasi-totalité des massifs à vocation pastorale du sud de la France (Alpes, Grands Causses, Pyrénées) sont fréquentés par l’espèce, au moins saisonnièrement. Nous pouvons estimer à  ~3 000 le nombre de couples nicheurs en 2021 grâce à l'augmentation des populations pyrénéenne (1 254 couples reproducteurs comptabilisés lors du recensement quinquennal en 2019), caussenarde (820 couples reproducteurs) et aux populations des Préalpes (~700 couples reproducteurs) [7].

Biologie

Alimentation

Le vautour fauve se nourrit principalement sur des cadavres d’ongulés domestiques (ovins, caprins, bovins, équins). Pour autant, la ressource sauvage constitue une part non négligeable de son alimentation sur certains territoires (jusqu’à 30 % du régime alimentaire en Espagne). Les déchets de chasse représentent, en particulier, un apport conséquent lorsqu’ils sont abandonnés sur place dans des secteurs ouverts, par dérogation au principe d’interdiction [7].

Les besoins quotidiens du vautour sont évalués autour de 202,1g de viande par jour. En moyenne, sur toute la période d’élevage, un poussin de Vautour fauve a besoin de 278,1g de viande par jour [8]. S’il peut jeûner jusqu’à trois semaines sans conséquence préjudiciable à sa survie [7], [9], il peut aussi mettre à profit les opportunités en se gorgeant jusqu’à satiété (jusqu’à 1,3 kg en trois minutes). Il est admis qu’une centaine de vautours recyclent complètement un cadavre de brebis de 60 kg en 30 minutes [7], [10].

La vision performante du vautour fauve lui permet une prospection alimentaire fine, d’autant plus qu’elle est associée à un vol économe en énergie, essentiellement plané, exploitant au mieux les ascendances thermiques et dynamiques [7].

Le caractère grégaire des vautours s’exprime tout particulièrement lors de la prospection alimentaire. En mobilisant une stratégie collective, les oiseaux peuvent quadriller de vastes territoires en un minimum de temps. Cette prospection s’effectue en contact visuel permanent avec les partenaires, ce qui facilite la transmission d’information à la découverte d’une carcasse (une descente en vol spiralé constituerait le signal) et explique l’arrivée rapide et en nombre des nécrophages suite à la mort d’un animal - la présence d’autres charognards (grands corbeaux, …) peut aussi alerter sur la localisation d’une source de nourriture -. Les curées peuvent ensuite réunir plus d’une centaine d’individus, dont certains, dominés, n’accèdent à la carcasse que dans un deuxième temps (jeunes oiseaux par exemple) [7].

Il convient de souligner que le vautour fauve n’a pas de comportement routinier lors de la prospection alimentaire. De nombreux travaux ont montré que les niveaux d’hétérogénéité et de prévisibilité des ressources induisent l’adoption de stratégies comportementales suivant un gradient de structuration spatio-temporelle, allant des déplacements aléatoires aux déplacements routiniers stéréotypés [11].

Habitat

Le vautour fauve occupe aujourd’hui des régions présentant des milieux rupestres marqués par des reliefs propices à la formation d’ascendances thermiques et dynamiques, et riches d’un élevage domestique important [7].

Pour leur vol, ces grands planeurs profitent des courants d’air ascendants. C’est pourquoi ils s’installent dans des escarpements rocheux, de préférence dans la zone basse des montagnes, au voisinage des larges vallées, de hauts-plateaux, de causses et des plaines. Les parois des rochers doivent présenter des corniches, des failles ou des cavités offrant quiétude, sécurité à l’égard des prédateurs terrestres, ainsi que des accès dégagés pour les décollages et atterrissages. Il installe son nid sur les falaises, surtout calcaires.

La présence de sites rupestres favorables (falaises de plus de 50 m de haut), la proximité d’autres colonies et la disponibilité de la ressource alimentaire sont autant de facteurs qui vont conditionner la présence à long terme de l’espèce. Toutefois, la prospection alimentaire peut l’amener à s’éloigner des colonies [12], ponctuellement ou de façon saisonnière (dortoirs de piémont ou d’estives pour les oiseaux non reproducteurs, notamment immatures) [7].

Le territoire parcouru régulièrement par les individus d’une population de vautour fauve constitue le domaine vital de cette dernière. La zone cœur du domaine vital (secteur fréquenté à plus de 50% par les individus suivis par balises GPS) est de l’ordre de 698 km² dans les Pyrénées, de 228 km² pour la population caussenarde et 362 km2 pour la population des Préalpes [13], [14]. Le domaine vital d’une population est toutefois très difficile à estimer car les vautours ont la capacité d’effectuer des déplacements importants, même pendant la reproduction. Il n’est pas rare de voir des individus à plus de 70 km de leur nid, qu’ils regagnent une fois le jabot plein. Par ailleurs, ce territoire prospecté varie logiquement au fil du temps, suivant l’évolution des effectifs d’une population donnée [7].

Reproduction

La reproduction du vautour fauve est un processus qui débute dès l’automne (parades puis construction du nid en décembre-janvier). La ponte suit l’installation au nid. L’incubation, assurée par les deux partenaires, dure environ 53-54 jours. Le poussin, élevé par les deux parents, reste au nid près de 120 jours. Le jeune vautour s’envole environ 6 mois plus tard, entre juin et août, tout en restant nourri sur l’aire jusqu’en septembre [7]. Le cycle de reproduction du vautour fauve est ainsi long de six à neuf mois au maximum. Si un échec de la première ponte intervient au cours des deux premières semaines, les accouplements reprennent et une ponte de remplacement suit.

Les jeunes entament ensuite une période de dispersion qui peut les conduire jusqu’en Afrique. Si l’erratisme des immatures peut durer plusieurs années, la philopatrie est marquée, et les individus reviennent souvent nicher sur les colonies où ils ont vu le jour [7].

La maturité sexuelle est atteinte à l’âge de quatre à cinq ans, bien que des oiseaux de trois ans aient été observés nicheurs en France. La longévité maximale observée en captivité est de  37 ans [15]. En nature elle est probablement inférieure, mais il n’est pas rare d’observer des individus de 30 ans (obs LPO).

Il semble que les couples soient unis jusqu’à la disparition d’un des deux individus. Les vols nuptiaux sont effectués à proximité des sites de reproduction et des emplacements de dortoirs. Les deux adultes volent de façon synchronisée, en tandem, le long des parois rocheuses, l’un au-dessus de l’autre [16].

Dynamique des populations

Les paramètres les plus à même de caractériser l’évolution des populations de Vautour fauve sont l’effectif reproducteur (nombre de couples formés pour la reproduction) et le succès de reproduction (nombre de jeunes à l’envol par couple pondeur). En France, ces indicateurs sont relevés annuellement sur un échantillon de colonies, les Grands Causses constituant à ce jour la population la mieux suivie et une référence tant au niveau national qu’international [7].

Sur la dernière décennie, les effectifs des différentes colonies de Vautour fauve sont globalement en augmentation constante, les noyaux de populations issus de réintroductions (Grands Causses, Drôme, Verdon) présentant les colonies les plus dynamiques. Dans ces secteurs, le succès de reproduction est en effet très élevé (>0,6 voire >0.8 jeune par couple) [7]. Dans les Grands Causses, les taux de survie sont de 0.64 (95% CI = 0.575-0.705) pour les juvéniles et de 0.94 (95% CI = 0.912-0.955) pour le reste des oiseaux en 2019 [17] et la colonie est en croissance constante (820 couples reproducteurs en 2021). Dans le massif alpin, les effectifs reproducteurs sont essentiellement concentrés sur les sites de lâchers originels (300 couples dans les Baronnies, 300 couples dans le Vercors et 100 couples dans le Verdon). La population y est aussi en croissante constante (plus de 700 couples en 2021 contre moins de 400 en 2015). Dans les Pyrénées, où l’espèce est présente historiquement, la situation est plus contrastée. 7 colonies réparties sur la chaîne sont suivies annuellement pour estimer leur succès reproducteur qui représente le nombre moyen de jeune envolé par couple pondeur. Il est très variable d’une colonie à l’autre, très faible (0,05) pour la colonie du « Pas de Roland » à l’extrême ouest et élevé (0,80) pour la colonie de « Ginoles » à l’extrême est. Ce phénomène nécessite d’être analysé, mais pourrait tirer son origine d’une ressource trophique saisonnièrement insuffisante, ou de paramètres densité-dépendants. Cependant, le succès est à la hausse, avec un succès de reproduction sur l‘ensemble de ces colonies qui est passé de 0,47 en 2020 à 0,52 en 2021 [18].

La population flottante correspond à la somme des individus immatures et des adultes non reproducteurs. Faute d’un suivi de l’ensemble des dortoirs, et la fraction d’individus erratiques n’étant pas estimée précisément, il demeure difficile de dénombrer cette population flottante. Elle constituerait plus de 50 % des effectifs de vautour fauve sur le territoire français [7].

Si les individus reproducteurs fréquentent de préférence les abords d’une colonie (domaine vital), les non-reproducteurs peuvent être contactés sur l’ensemble des massifs du sud de la France et au-delà. La restauration de corridors historiques entre les populations a permis en particulier la localisation, à distance des colonies, de nouvelles ressources non concurrentielles. Ces dernières sont exploitées saisonnièrement par des vautours se regroupant sur des dortoirs, comme c’est le cas en Savoie (comptant 50 individus en 2010 et 295 en 2014), dans le Mercantour ou à l’Est des Pyrénées [7].

Etat de conservation

Avec un effectif mondial probablement supérieur à 150 000 individus (dont plus de 50 % en Espagne), et fort de plus de 3000 couples en France, le Vautour fauve est désormais classé en préoccupation mineure (espèce pour laquelle le risque de disparition est faible) par l’UICN sur notre territoire [7].

Cependant, ses populations restent étroitement dépendantes de l’élevage extensif, par la ressource alimentaire qu’il apporte et son action d’entretien des milieux ouverts.

Les grands rapaces nécrophages demeurent en outre particulièrement vulnérables à un certain nombre de facteurs d’origine anthropique [19] que sont :

  • L’empoisonnement (volontaire ou non) : ce facteur intervient à l’aveugle et parfois significativement sur les populations de rapaces. Le vautour fauve est la deuxième espèce la plus touchée dans les Pyrénées par les intoxications (carbofuran - pourtant interdit en France depuis 2008, plomb...).
  • Les collisions et électrocutions, avec les réseaux de transport d’électricité et les éoliennes, qui représentent 90 % de la mortalité d’origine anthropique dans les Causses. La position des ouvrages par rapport aux couloirs empruntés par les oiseaux est déterminante.
  • La destruction directe et les actes de malveillance : Le constat de tirs sur les rapaces nécrophages est toujours d’actualité, de nombreux vautours récupérés morts présentent du plomb après radiographie.

Cohabitation : agropastoralisme et tourisme

Le vautour fauve est un auxiliaire de l’élevage pastoral. L’équarrissage naturel pratiqué par le vautour fauve contribue à la conservation de l’espèce et constitue un service écosystémique rendu par cette espèce. Le vautour fauve a en effet développé, au fil du temps, un commensalisme vis-à-vis de l’élevage pastoral, qui de fait représente la première ressource alimentaire des populations de rapaces nécrophages.

L’équarrissage naturel ne peut être autorisé que par dérogation de l’Administration à une réglementation sanitaire stricte dans le souci de limiter la propagation d’agents pathogènes. Cette réglementation n’est pas toujours respectée sur le terrain où des dépôts sauvages "historiques" persistent. Parmi les dispositifs qui peuvent être autorisés, les placettes d’équarrissage autogérées par les éleveurs constituent le meilleur compromis entre connaissance des quantités déposées, qualité sanitaire, facilité de mise en œuvre et maintien du comportement naturel de prospection du vautour fauve par un approvisionnement aléatoire. Les exemples régionaux — comme dans les Causses où plus d’une centaine de placettes ponctuent les espaces pastoraux — peuvent constituer une source d’inspiration dans la recherche d’un équilibre partagé et d’un lien renforcé entre activités pastorales et populations de vautour fauve [7].

Si la conservation du Vautour fauve demeure avant tout un enjeu écologique important, les bénéfices socioculturels et économiques apportés par l’espèce sont également non négligeables. Le Vautour fauve présente en effet un potentiel pédagogique certain dans le cadre de l’éducation à l’environnement, de par son caractère impressionnant, sa relative facilitée d’observation et les services qu’il rend à l’homme.

Ce rapace a ainsi fait l’objet d’une valorisation à travers des démarches variées vectrices de dynamisme et d’attractivité pour les espaces ruraux : écomusées (La falaise aux vautours, le belvédère des vautours...), gîtes (Le Carcassès, ...), réseaux de sites thématiques (Vulturis)... Dans les Grands Causses, le programme de réintroduction du Vautour fauve a généré sur le plan touristique environ 670 000 € de bénéfice net estimé entre 1970 et 1994 dans un rayon de 25 km autour de la zone de réintroduction, pour un investissement d’environ 518 000 € (Quillard, 1995). Les éleveurs locaux, qui proposent souvent l’accueil et la vente à la ferme, savent valoriser leur rôle dans la conservation des Vautours à travers la visite de leur placette d’équarrissage. Sur ce territoire comme sur d’autres, l’image de l’oiseau est omniprésente et contribue au développement local [7], [20].

 

Bibliographie disponible en téléchargement en bas de page

Rédaction : Borrel Clara & Léa Giraud (LPO 2022)