Harle piette

Conseil Biodiversité

Le Harle piette est une espèce qui affectionne les lacs de la taïga du nord de l’Europe et de la Sibérie orientale. C’est le plus petit et le plus trapu des harles de nos régions.

© LPO Île-de-France

Un canard qui ne passe pas inaperçu

Mais à quoi ressemble-t-il ?

Et bien cela dépend de la période de l’année, du sexe et de l’âge de l’oiseau.

Harle piette : mâle à gauche, femelle à droite

Harle piette : mâle à gauche, femelle à droite © Dessins de François Desbordes / LPO IDF

Le mâle se pare d’un plumage entièrement noir et blanc. Le corps est blanc avec un dos noir, les ailes sont noires parcourues de motifs blancs. Sa tête est blanche avec des lunettes noires. Le bec est gris foncé. Une petite huppe érectile apparaît parfois, soulignée de noir à l’arrière de la calotte.

La femelle quant à elle, a un corps gris cendré, une tête marron, une gorge et des joues blanches. Les ailes sont noires avec de grandes tâches blanches. Pendant la période de reproduction, les lores deviennent plus bruns.

En plumage d’éclipse (courant de l’été et de l’automne), le mâle a un plumage qui se rapproche de celui de la femelle en été mais avec un dos plus noir et une tâche blanche sur l’aile plus étendue.

Le plumage du juvénile est très similaire à celui de la femelle mais son ventre est blanc mêlé de gris.

Harle piette mâle adulte, détail de la tête (à gauche) et Harle piette femelle adulte (à droite)

Harle piette mâle adulte, détail de la tête (à gauche) et Harle piette femelle adulte (à droite) © Pierre-Yves Le Bail / Jean-François Bousquet - LPO IDF

Un canard qui ne craint pas le froid

Il est où le Harle piette, il est où ?

C’est un oiseau nordique. Ses habitats de prédilection sont les lacs et les étangs, mais un plan d’eau artificiel peut aussi faire l’affaire. Bien qu’évitant les côtes maritimes, il est présent dans les estuaires et les archipels côtiers.

The Harle piette way of life

Tout d’abord c’est un petit canard plongeur avec un régime alimentaire carnivore varié. Il se nourrit de petits poissons (truite, hareng,…), mais aussi parfois d’insectes. Il ne dédaigne pas non plus des crustacés, des vers, des mollusques ou même des grenouilles. Il peut effectuer des immersions de 15 à 45 secondes et plonge même parfois sous la glace. Hors période de reproduction, les harles piettes vivent en groupe de sexes séparés, notamment durant la période de mue des mâles.

Harle piette - Aquarelle et crayon

Harle piette © Aquarelle et crayon de Léa Schlemmer / LPO IDF

Le temps des amours

Le Harle piette se reproduit en Eurasie, de la Suède à la Sibérie Orientale. C’est une espèce monogame. Le mâle, revêtu de sa livrée pie, va donner de la voix seulement durant cette période. Le son qu’il émet alors, est un cri de crécerelle grave et peu sonore. Le reste du temps il est silencieux. Le Harle piette est un oiseau qui niche dans les cavités d’arbres, parfois dans un ancien nid de Pic noir, à proximité de l’eau. La femelle pond de fin mai à juin, 7 à 8 œufs. Il y a une seule couvée par an, mais il peut y avoir une ponte de remplacement si la première couvée est détruite. La femelle s’occupe seule de l’élevage des poussins. La première reproduction a lieu à l’âge de deux ans.

Il a été constaté des hybridations avec le Garrot à œil d’or, espèce souvent présente au sein des groupes de Harle piette.

Un migrateur venu du Nord

En ce qui concerne la population du Nord-Ouest de l’Europe, les aires d’hivernage principales se trouvent en mer Baltique et en mer du Nord. Mais certains descendent plus au sud et même jusqu’en France ! Les premiers migrateurs arrivent chez nous de fin octobre à mi-novembre. Les sites d’hivernage français sont principalement le lac du Der, le cours français du Rhin et les étangs de Moselle. On peut aussi l’observer parfois dans l’estuaire de la Seine. Les départs vers les sites de nidification (Suède, Finlande, Russie occidentale) ont lieu en février-mars.

Qu’en est-il des effectifs et des tendances des populations de Harle piette ?

Par le passé, la destruction des forêts alluviales et la surexploitation de la Taïga dans les zones de reproduction ont entraîné un déclin de la population du Nord-Ouest de l’Europe. Aujourd’hui, cette dernière est globalement en augmentation depuis la fin des années 1990 et présente un niveau de conservation favorable selon la liste mondiale UICN (LC : préoccupation mineure). Son évolution reste cependant à surveiller car plusieurs menaces sont potentielles : la prédation par le Vison d'Amérique (Neovison vison) (en nette progression depuis son introduction en 1930) ainsi que la pollution des espaces aquatiques (pollution domestique, industrielle et pluies acides).

En France, le Harle piette est classé vulnérable selon la liste rouge nationale des oiseaux hivernants. Ce statut de protection est dû aux faibles effectifs observés : entre 200 et 400 individus chaque année de 2010 à 2013 qui, pour l’essentiel, stationnent dans le quart Nord-Est du pays. Ces chiffres ne représentent qu’une faible proportion de la population du Nord-Ouest de l’Europe qui ne compte pas moins de 40 000 individus.

Dans nos régions

En Ile de France

Le Harle piette est un migrateur et hivernant rare. Il fréquente les plans d’eau et les fleuves. En hivernage, il est surtout observé lorsque des vagues de froid surviennent. Il est vu tous les ans, notamment dans l’Est de la région parisienne. Citons par exemple la réserve naturelle du Grand- Voyeux à Congis-sur-Thérouanne, l’Espace Naturel Sensible des Olivettes à Trilbardou, la Réserve Naturelle Régionale des Seiglats à Cannes-écluse ou encore à Grisy-sur-Seine. L’espèce est aussi contactée dans les Yvelines, à Freneuse ou à Verneuil-sur-Seine entre autres.

Carte régionale des observations de Harle piette de 2010 à 2018 issue de Faune île-de-France

Carte régionale des observations de Harle piette de 2010 à 2018 issue de Faune île-de-France© LPO Île-de-France

Le saviez-vous ?

Le plumage de notre espèce du mois est évoqué dans le nom même de l’oiseau ! Et oui, car piette est le diminutif de pie qui signifie noir et blanc.

Bibliographie

Ouvrages

  • Issa N. & Muller Y. (2015). Atlas des oiseaux en France Métropolitaine. Nidification et présence hivernale. LPO / SEOF / MNHN. Delachaux et Niestlé, Paris, 1408 p.
  • P. Cabard. et B. Chauvet (2003). L’étymologie des noms d’oiseaux. LPO, Belin. 594 p.
  • Madge S. et Burn H. (2006). Guides des canards, des oies et des cygnes. Delachaux et Niestlé, 304 p.

Sites internet

Article rédigé par Sophie Colas

Fiche LPO Île-de-France