Restaurer le patrimoine architectural et sauvegarder le patrimoine naturel, c’est possible !

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La préservation des espèces liées au bâti est un des axes forts de travail de la LPO Loire-Atlantique. Bien que parfois jugées moins prestigieuses par certains, ces démarches sont capitales pour la survie des espèces liées au bâti qui ne se portent guère mieux que les espèces agricoles, comme le rappelle le rapport STOC 1989-2019 publié par la LPO, le Muséum d’Histoire Naturelle et l’OFB.

deux martinets noirs sur un nichoir

© Isabelle Illegems

Si les habitations plus ou moins récentes, leur ravalement, leur rénovation ou encore leur isolation constituent la majorité des enjeux, parfois nous sommes confrontés à des situations plus originales. Ainsi, la commune de Guérande a engagé des travaux de restauration des remparts, impactant une colonie de martinets noirs, connue et suivie de longue date, ce qui nous a plongé dans une aventure singulière.

Si nous devions en avoir un, notre commandement en matière de "biodiversité et bâti" serait "En amont des projets tu te situeras". à Guérande, nous étions bien en amont grâce à deux bénévoles très investies et présentes localement. La colonie était donc connue et les relations avec la commune installées. La difficulté résidait dans l’amplitude des travaux, qui ne permettait pas d’éviter la période de présence des oiseaux. Un des enjeux était donc de permettre aux oiseaux de nicher en 2021, malgré le chantier.

Eviter, réduire, compenser

Eviter les travaux était donc impossible. Les remparts à terme risquaient de se détériorer. Ce qui n’est bon ni pour le patrimoine, ni pour la sécurité publique, ni pour la pérennité de la colonie de martinets noirs. La réduction de l’impact des travaux a consisté à poser 51 nichoirs sur les échafaudages pour permettre la nidification cette année en parallèle du chantier. Un "coup de poker", seule alternative à une année blanche assurée, aucune reproduction n’étant possible avec un site rendu inaccessible du fait des échafaudages. Pour s’assurer que les martinets ne cherchent pas à passer au-delà des échafaudages, nous avons demandé qu’une bâche opaque soit posée pour masquer les cavités naturelles. Pour ce qui est de la compensation, nous avons estimé qu’il fallait, après travaux, être en mesure de tripler la capacité d’accueil des nichoirs, tout en diversifiant "l’offre locative". Ainsi, nous avons demandé que soient trouvées 19 nouvelles cavités naturelles, que soient implantés 20 nichoirs artificiels dans le rempart lui-même et que des nichoirs soient implantés dans les mâchicoulis de la courtine, mais aussi aux alentours. Le dossier rédigé, la ville l’a déposé auprès de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer. Une fois le dossier accepté, il ne restait "plus qu’à" faire.

Suivi des travaux et de la nidification

Nous avons accompagné la ville, l’entreprise de maçonnerie et les architectes pendant toute la durée des travaux pour cartographier précisément les cavités existantes et en trouver de nouvelles, trouver des emplacements pour des nichoirs à intégrer aux remparts et dans les mâchicoulis. Pendant la saison de nidification, nous avons suivi l’activité des martinets pour savoir s’ils allaient ou non adopter les nichoirs temporaires mis à leur disposition sur les échafaudages. Nous attendions l’arrivée des premiers oiseaux pour voir comment ils allaient réagir face à cette muraille ainsi modifiée.

Un bilan positif à valoriser

Après des centaines d’heures d’observation d’avril à août, le bilan est de 36 nichoirs occupés (nidification) et tous les autres, sauf un, ont été visités. Nous estimons, avec prudence, 60-68 jeunes à l’envol en 2021. Ces estimations sont facilitées par le fait que les nichoirs ont été décrochés en fin de saison. Nous avons donc pu mettre en regard nos observations avec la réalité du contenu des nichoirs (nid, œuf, jeunes morts, etc.). Les travaux sont aujourd’hui achevés et sur les 51 cavités initiales, une seule n’est pas conservée. Pour les nouvelles cavités, au lieu des 19 attendues, nous en avons sélectionné 29 et 20 nichoirs ont bien été intégrés dans les remparts. Enfin, 63 nichoirs sont placés dans les mâchicoulis. Ce sont donc 162 cavités qui sont proposées au martinet noir dès son retour, en avril prochain. Nous pourrons vous tenir au courant de la suite car nous allons poursuivre la collaboration avec la ville et suivre la mesure compensatoire pour les cinq prochaines années. Profitons de ces lignes pour remercier la ville de Guérande, avec qui nous avons travaillé de manière constructive pendant toute la durée du projet ; l’entreprise de maçonnerie Grevet, qui s’est prêtée au jeu de la meilleure des façons ; le cabinet d’architecte, qui a su intégrer le vivant dans un projet de conservation du patrimoine ; tous ceux du réseau LPO ou du "réseau martinets" que nous avons sollicité en France ou à l’étranger pour ce projet. Enfin, merci à Isabelle et Catherine pour la passion qu’elles mettent dans ce projet depuis le début. Si nous avons pu réaliser ce travail, c’est grâce à leur connaissance du sujet et des acteurs locaux. C’est une expérience de plus à valoriser auprès des acteurs du bâti qui méconnaissent souvent les espèces, la loi qui les protège et les solutions existantes. Nous poursuivons la sensibilisation et nous militons pour un diagnostic biodiversité obligatoire avant chantier.

 

Si vous voulez plus de détails techniques, des photos, des informations en tout genre, n’hésitez pas à contacter la LPO Loire-Atlantique : olivier.orieux@lpo.fr 

 

Article disponible dans l'OISEAU magazine n°146 (pages 112-113) paru au printemps 2022.