Samedi 10 octobre s’est achevé le 1er colloque international « Avifaune et changement climatique » porté par la LPO et le MNHN (Muséum national d’Histoire naturelle). Pendant deux jours, d’éminents scientifiques du monde entier (France, Allemagne, Royaume-Uni, Finlande, Italie, Etats-Unis, Canada) ont exposé les dernières découvertes et offert aux 200 personnes présentes de précieux indices sur ce que l’observation des oiseaux nous apprend des impacts du changement climatique. Retour sur les temps forts.

Colloque international « Avifaune et changement climatique » - Crédit photo : Antoine Cadi / LPOColloque international « Avifaune et changement climatique » - Crédit photo : Antoine Cadi / LPO

Aires de répartition des espèces : expansion territoriale ou zone de repli

Dans les différentes régions du monde, des changements massifs de répartition sont observés : les aires de distribution glissent peu à peu vers les pôles. En France, on note ces 25 dernières années un reflux des espèces septentrionales vers le nord-est et une expansion des espèces méridionales vers le nord. Les oiseaux thermophiles ne restent pas insensibles à la hausse des températures à l’instar du héron garde-bœuf qui, par étapes, a fini par nicher en Picardie (on le signale même jusqu’aux Pays-Bas) avec au départ une origine typiquement africaine !

Pour les oiseaux des montagnes, le changement climatique a induit un repli des aires de répartition vers les sommets, à l’instar de la chevêchette d’Europe ou de l’Accenteur alpin. Selon les scénarios climatiques, leurs aires de répartition pourraient diminuer de 24 à 97% dans les Alpes italiennes. Or c’est aussi sur ces sommets que s’étendent les pistes de ski.

Modification de la chaîne alimentaire et impacts sur les phénomènes de migration et de reproduction

Si l’augmentation du CO2 atmosphérique permet aux plantes de pousser plus vite, la teneur en azote nécessaire à la synthèse des protéines ne suit pas. Dans ce contexte, certains oiseaux migrateurs ne peuvent plus reconstituer leurs réserves durant leurs haltes migratoires.

Pour les oiseaux marins, le réchauffement des eaux de l’Atlantique qui baignent l’Europe s’est accompagné d’une série de réactions en chaîne : le phytoplancton se développe plus au nord ; le zooplancton qui s’en nourrit suit le mouvement ; et les poissons (maquereaux, harengs… ) remontent dans le même sillage. Cela contraint les macareux, puffins et autres fous de Bassan à s’éloigner des colonies pour pêcher.

Evolution des phénomènes de migration

Les dates de migration sont aujourd’hui plus précoces. Une observation finlandaise montre ainsi qu’entre 1975 et 2005 les arrivées d’oiseaux d’eau ont été décalées progressivement du 10 avril au 21 mars. A l’automne, les départs se font plus tardifs, les oiseaux d’eau allongeant leur durée de présence sur les sites de reproduction). Mais la hausse des températures hivernales leur permet aussi d’hiverner plus au nord : pour le Harle bièvre par exemple, entre 1980 et 2010 les populations en hivernage ont diminué de 66 % au Pays Bas alors qu’elles ont augmentées de 124% en Suède. Résultat d’un travail collaboratif de comptages au long cours coordonné par Wetlands International dans le monde entier, cette tendance s’observe également avec d’autres espèces.

En Camargue, les canards colverts migrent eux moins loin, la distance entre leur site de reproduction et leur site d’hivernage a chutée passant de 417 à 74km entre les périodes 1950-1978 et 2002-2013.

Les sciences participatives, outil essentiel pour l'étude des impacts du changement climatique sur les oiseaux

L’observation des oiseaux par les citoyens est un outil indispensable pour la recherche, notamment pour suivre et comprendre l’évolution des populations. Plus que jamais, l’étude et le suivi des populations d’oiseaux doit être l’affaire de tous. À côté des chercheurs, il s’agit de mobiliser et de sensibiliser le plus grand nombre à cette problématique nouvelle. Il a y urgence à protéger et conserver, et si possible à anticiper les dérèglements futurs, à défaut de les atténuer.

À moins de deux mois de la 21ème Conférence Mondiale pour le Climat qui se tiendra à Paris, les scientifiques ont été unanimes sur la nécessité d’atténuer urgemment le changement climatique sans quoi l’avifaune ne pourra pas s’adapter aux perturbations qu’il induit.

D’autant que le climat n’est pas la seule menace, l’altération des habitats et la diminution des ressources alimentaires pèsent également sur les oiseaux comme sur toute la biodiversité.

C’est pourquoi les stratégies de conservation doivent être révisées pour s’adapter aux modifications des profils de migration.

En matière de conservation, le réseau de Zone de Protection Spéciale européen devra être déployé de manière différente pour faire face ces modifications du profil des migrations. L’importance des espaces naturels protégés doit être réaffirmée, les études ont souligné leur intérêt pour atténuer les impacts néfastes du changement climatique.

Plus d'informations

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Contacts presse

LPO : Philippe Dubois, chargé du programme Avifaune et changement climatique LPO : 06 15 19 14 80

MNHN : Frédéric Jiguet, professeur MNHN, directeur du Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux : 06 15 89 43 72

Attachée de presse LPO : carine.bremond@lpo.fr  / 06 34 12 30 69

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