Grégoire Loïs répond à nos questions sur les sciences participatives.

Grégoire Loïs - Crédit photo : O. RicciGrégoire Loïs - Crédit photo : O. Ricci

Qu'est-ce que sont les sciences participatives ?

« Des programmes de recherche dans lesquels les non-professionnels de la recherche coopèrent. C'est une pratique très ancienne ; c’est le cas en météorologie bien sûr mais aussi en sciences naturelles : la part de la contribution des amateurs aux collections des muséums écrase largement celle des professionnels. De nos jours, au-delà de simples relevés ou collectes d'échantillons, les sciences participatives prennent des formes variées : les mises en réseau et les développements informatiques permettent à tout un chacun de collaborer à des initiatives en biologie moléculaire ou en astronomie. En écologie, depuis plusieurs décennies, quiconque le souhaite est invité à observer dans un contexte très cadré et rendre compte de ses observations.

Quels sont les objectifs de ces enquêtes ?

Dans le cadre de Vigie-Nature, il s'agit de collecter des données standardisées et dont la stratégie d'échantillonnage est connue pour traiter des questions de macro-écologie. Concernant les oiseaux par exemple, quatre programmes sont en cours. Par ordre d'ancienneté :

  • Le Suivi Temporel des Oiseaux Communs, portant sur les oiseaux durant la nidification,
  • Le Suivi Hivernal des oiseaux Communs (anciennement des Champs),
  • Oiseaux des Jardins,
  • Et BirdLab.

Les deux premiers permettent d'évaluer les variations d'abondance des oiseaux communs (croissance ou déclin des espèces) et permettent en conséquence une mise en relation avec divers facteurs influant possiblement ces variations (pratiques agricoles, urbanisation, changement climatique, …) ou encore par exemple d'évaluer les variations de traits moyens des communautés (espèces généralistes versus spécialistes, migratrices versus sédentaires, …).

Le troisième porte sur les relations entre les populations d'oiseaux dans les jardins et le contexte alentour. Ainsi, une thèse de Doctorat est en cours et cherche à déterminer les rapports entre les populations d'oiseaux au jardin et les ressources apportées par les pratiques culturales mises en œuvre dans les campagnes avoisinantes.

Le dernier, qui permet de reproduire en temps réel les interactions entre individus et entre espèces à la mangeoire, vise à déterminer quels sont les facteurs influant ces interactions et comment varient les rôles des diverses espèces en fonction de ces facteurs, telle espèce pouvant être pionnière à la mangeoire dans un contexte et suiveuse dans un autre.

Il faut noter qu'au cours des années, les possibilités d'exploitation et de traitement de questions de recherche en écologie, voir même en sciences humaines, se sont considérablement élargies. On n’imaginait pas, il y a dix ans, produire les analyses aujourd'hui en cours. Ainsi, très vraisemblablement, ces mêmes jeux de données permettront de traiter des questions dont on ne connait même pas encore la nature dans une dizaine d'année. De très grosses perspectives s'ouvrent aussi à croiser les jeux de données de groupes taxonomiques différents.

Quels sont les impacts de ces enquêtes sur la préservation de la biodiversité ?

Les impacts sont nombreux dans la mesure où l'adage « on ne protège bien que ce que l'on connait » concerne particulièrement la recherche en écologie. Moins trivialement, ces programmes permettent de disposer de valeurs de référence concernant les variations de tailles de populations, auxquelles se comparer dans le temps ou l'espace. C'est particulièrement indispensable pour des espèces largement répandues et relativement abondantes qui échappent à la vigilance des naturalistes. À titre d'exemple, si on dispose de suivis assez précis sur le Faucon crécerellette, l'Outarde canepetière ou le Tétras lyre par les réseaux de passionnés professionnels et amateurs, il est difficile, voire impossible d'obtenir des données concrètes sur les populations d'Hypolaïs polyglotte, de Roitelet huppé ou encore de verdier alors même que ce sont des espèces peu farouches et largement répandues. Hors ces espèces, répandues dans nos campagnes, y constituent la communauté aviaire. Et bien les données des programmes STOC, par exemple, permettent de faire le constat d'un déclin des populations nicheuses des deux derniers ces quinze dernières années contre un accroissement du premier, alors qu'à l'échelle européenne, l'Hypolaïs et le Roitelet déclinent tandis que le verdier est stable. Qui aurait pu le dire à dire d'expert ?

Pouvez-vous donner un exemple d’enquête et ses résultats ?

Très directement, les estimations tirés du programme STOC ont permis l'attribution objective de catégories de Listes Rouges sur de nombreuses espèces dont le déclin, la stabilité ou l'augmentation sur dix ans, période sur laquelle sont réalisées les évaluations pour les Listes Rouges selon la méthodologie de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UCIN), ne peut se mesurer autrement. Un autre cas, ne concernant pas les oiseaux mais les chauves-souris, illustre bien comment de simples suivis peuvent déboucher sur des actions concrètes. L'analyse des données collectées dans le cadre de Vigie-Chiros (pour les chauves-souris), c'est à dire des enregistrements d'ultrasons émis par ces mammifères volants, a permis de montrer que l'éclairage artificiel a un effet d'importance égal à la modification des habitats et que l'extinction des éclairages en début de nuit ne bénéficie pas aux espèces lucifuges. Des arguments aux Associations de Protection de la Nature pour que changent les pratiques en termes d'éclairage artificiel ! »

Plus d’informations

Site du Muséum National d’Histoire Naturelle : www.mnhn.fr

Site de Vigie Nature : vigienature.mnhn.fr

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