Comment ces petits insectes peuvent-ils aider un pays des Balkans à intégrer l’Union Européenne ?

Crédit photo : Dejan Kulijer / BIO.LOGCrédit photo : Dejan Kulijer / BIO.LOG

Comme son nom l’indique, Society for Biological Research and Protection of Nature (BIO.LOG), en Bosnie-Herzégovine, réalise un travail de recherche en biologie et œuvre pour la protection de la nature. Dans un projet financé par le CEPF, BIO.LOG a d’abord conduit de nombreuses recherches sur la biodiversité d’eau douce puis a exploité ces données afin de proposer une protection des sites ayant un intérêt écologique important dans le pays. Mais ce n’est pas aussi simple que ça.

La Bosnie-Herzégovine, comme beaucoup d’autres pays des Balkans, ne fait pas partie des pays membres de l’Union Européenne (UE). Cela signifie que lorsque vous êtes une organisation de la société civile balkanique qui essaye de protéger la nature, le choix de votre pays d’intégrer l’UE peut avoir un impact conséquent sur les objectifs de protection.

Les Directives Oiseaux et Habitats, constituent le socle de la politique européenne de conservation de la nature. Elles sont constituées de deux piliers : le réseau Natura 2000 de sites naturels protégés et un système strict de protection des espèces. Ces lois qui protègent la nature au sein de l’UE, sont basées sur l’expertise scientifique, la validation de données brutes, et induisent une responsabilité et un contrôle de leur mise en place.

Parfois la protection nationale est meilleure sur le papier qu’en réalité, car sans une gestion appropriée, la corruption et les intérêts politiques particuliers dans un développement non durable peuvent être des obstacles à une bonne protection de l’environnement. Ceci est encore trop souvent le cas dans les Balkans. En Bosnie-Herzégovine, la protection Natura 2000 est perçue comme plus moderne, démocratique et possède une dimension internationale qui inspire le respect.

Ceci induit que, malgré le fait que les pays comme la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro et l’Albanie ne sont pas des pays membres de l’UE et sont à des années de l’intégrer, il peut être préférable de proposer une protection Natura 2000 pour d’importants sites (ou encore, un groupe de petits sites qu’il serait difficile d’unir au sein d’un parc national). Cela garantira une désignation immédiate lorsque le pays deviendra un membre de l’UE.

« L’objectif de ce projet était d’identifier les habitats d’eau douce les plus importants pour la conservation d’espèces menacées de libellules, de mollusques et de poissons, dans le bassin de la rivière Neretvan et d’assurer un suivi scientifique suffisant pour une protection efficace et la survie de ces espèces à long terme » indique Dejan Kulijer de BIO.LOG.

L’équipe a proposé quatre nouveaux sites Natura 2000 et trois de ces sites seront les premiers désignés pour la protection de libellules menacées : Coenagrion ornatum et Cordulegaster heros d’Europe méditerranéenne.

« Nous essayons de faire en sorte que les projets soient les plus efficaces possible » dit Borut Rubinič, chargé de mission Balkans pour l’équipe de mise en œuvre du CEPF Med. « On peut aider les projets subventionnés à capitaliser des données supplémentaires très utiles ».

La désignation des sites Natura 2000 fait partie des thèmes prioritaires de conservation dans les Balkans, de même que la menace de développement des projets hydroélectriques et la lutte contre le braconnage.

Basé à DOPPS/BirdLife Slovénie (un état membre de l’UE), Borut témoigne de la difficulté à mettre aux normes les sites Natura 2000 à cause d’une diminution de 20%, de ces sites trois jours avant l’intégration de la Slovénie dans l’UE, du fait d’un mauvais processus politique. L’élaboration d’un réseau Natura 2000 solide est donc nécessaire pour faire partie de l’UE

Les libellules ambassadrices – mais comment peuvent elles contribuer à l’intégration de la Bosnie-Herzégovine dans l’Union européenne ?

La Bosnie-Herzégovine, bien que d’une faible superficie, constitue un intérêt écologique particulier pour les libellules, et pour cause : plus de 50 espèces y sont répertoriées ! Ces prédateurs volants sont de fantastiques ambassadeurs pour la conservation des habitats d’eau douce. Ce sont de magnifiques animaux dont la vie repose sur l’eau pure, aussi bien à l’état larvaire qu’à l’état adulte.

Les menaces les plus importantes pesant sur les libellules en Europe  soulignent à quel point ce sont des espèces phares pour la protection de sites naturels dans les Balkans, où le combat contre les barrages hydroélectriques, la pollution et le développement touristique sont des préoccupations quotidiennes pour les conservateurs des pays des Balkans.

Avoir des sites Natura 2000 est un pré-requis pour qu’un pays soit intégré à l’Union européenne ! Donc les libellules de cette étude contribuent à aider la Bosnie-Herzégovine à valider le « Chapitre 27 », volet relatif à  la protection environnementale et prérequis nécessaire pour intégrer l’Union Européenne.

Toutes les espèces comptent dans le bassin de la rivière Neretva

La rivière Neretva et ses grands affluents forment un des plus grand vestige des zones humides méditerranéennes sur la côte est de l’Adriatique et est une des rares aires de cette sorte qui reste en Europe.

« D’intérêt bien connue pour les oiseaux, ces habitats d’eau douce sont capitaux pour beaucoup d’autres espèces, surtout les invertébrés, cela est encore peu admis et très largement méconnu », dit Dejan.

Avoir des données fiables sur les espèces menacées est aussi une contribution significative contre les menaces imminentes des barrages également. Le projet a permis de découvrir que l’aire de distribution de Salmo obtusirostris ou truite adriatique – un poisson endémique – avait considérablement diminué dans le bassin du Neretva, à cause du barrage et de la construction d’un réservoir.

Ce projet a aussi impliqué la participation d’experts de la biodiversité de Bosnie Herzégovine, Croatie et Slovénie, comme le Slovenian Odonatoligical Society (SOD).

Ceci est bon pour la collaboration scientifique en biologie, mais aide également au déploiement de cette recherche, c’est donc intéressant au niveau politique.

« La combinaison parfaite pour la protection des sites serait à la fois d’être Natura 2000 et au niveau national d’avoir des spécialistes, des garde forestiers, des infrastructures d’écotourisme et une bonne gestion ! » indique Borut.

« Si vous n’avez pas de protection nationale, vous avez besoin d’un bon réseau issu de la société civile pour se rendre sur site, faire des suivis et gérer pour le compte du gouvernement. C’est pourquoi il est si important pour la vision à long terme du CEPF, que la société civile des Balkans soit renforcée. »

BIO.LOG veut mettre en place un programme de suivi formalisé et un réseau de chercheurs pour recueillir des données sur les libellules et améliorer la protection de leurs habitats dès à présent en prévision d’une intégration dans l’Union européenne.

Les menaces les plus importantes pour les libellules

  • Les barrages et la gestion de l’eau
  • La pollution domestique et urbaine
  • Les sécheresses
  • La pollution agricole
  • Le développement du tourisme et des loisirs

CEPF Med soutient la proposition de la création de sites Natura 2000 pour assurer la protection de la nature dans les Balkans : http://www.birdlife.org/europe-and-central-asia/news/how-can-dragonflies-help-balkan-country-european-union


BirdLife International, ainsi que ses bureaux au Moyen-Orient et ses partenaires DOPPS/BirdLife Slovénie et la LPO/BirdLife France, ont constitué l’équipe de mise en œuvre (RIT) pour le Fonds de Partenariat pour les Ecosystèmes Critiques (CEPF) dans le point chaud de biodiversité (Hotspot) du bassin méditerranéen (CEPF Med).

cepf c lgPour en savoir plus : www.birdlife.org/cepf-med.

Le CEPF (Fonds de Partenariat pour les Ecosystèmes Critiques) est une initiative conjointe  de l’Agence Française de Développement (AFD), de Conservation International (CI), de l’Union Européenne, du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), du gouvernement japonais, de la fondation John D. et Catherine T. MacArthur, et de la Banque mondiale. La Fondation MAVA apporte également son soutien pour le bassin méditerranéen. L’un des objectifs primordiaux du CEPF est de garantir que la société civile participe à la conservation de la biodiversité. Pour plus d’informations sur le CEPF : www.cepf.net.

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