Une étude récemment publiée dans la revue scientifique Conservation Biology révèle que les aires protégées offrent des conditions tout à fait propices aux espèces d’oiseaux d’eau pour s’adapter au changement climatique.

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Grande aigrette (Ardea alba). Credit : Elie Gaget

Menée par l’Université de Turku en Finlande en partenariat avec la LPO et 40 autres organisations, l’étude a été réalisée à partir de l’ensemble des comptages d’oiseaux d’eau hivernants en Europe et en Afrique du Nord. En s’appuyant sur les données collectées de milliers d’ornithologues lors des recensements internationaux d’oiseaux d’eau « Wetlands » chaque mi-janvier, ce sont 97 espèces d'oiseaux d'eau (hérons, canards, limicoles..) hivernant en Europe et en Afrique du Nord qui ont ainsi été analysés dans 39 pays sur 25 ans, à l'intérieur et à l'extérieur des aires protégées.

« Cette étude, impossible à réaliser sans la participation de millier de bénévoles, nous montre à quel point les sciences participatives sont importantes pour améliorer la conservation de la biodiversité »  Caroline Moussy, responsable du programme Wetlands à la LPO.

Le réchauffement climatique, une menace croissante pour la biodiversité

L’accélération effrénée du rythme du réchauffement climatique combinée aux activités anthropiques (dégradation des habitats, surexploitation des ressources naturelles...) empêche les espèces de s’adapter de manière optimale à l’augmentation des températures et contribue au déclin de certaines populations.

Pour répondre à la pression climatique, les oiseaux se déplacent vers les pôles, mais pour les espèces terrestres, la vitesse de déplacement est sensiblement inférieure à celle des isoclines thermiques. Si les oiseaux d’eau décalent leur aire de répartition vers le nord de façon lente, ce phénomène s’accélère (+43%) à l’intérieur des aires protégées. Ainsi, dans les aires protégées, la composition des communautés d’oiseaux d’eau observée actuellement correspond à celle que l’on observait à des sites 90km plus au sud il y a 25 ans.

« Les espèces qui étendent leur aire de répartition colonisent plus rapidement les aires protégées » explique Elie Gaget, premier auteur de l’étude, « et d’autant plus lorsque les aires protégées couvrent de larges surfaces ».

L’étude met en évidence un autre effet bénéfique des aires protégées : elles ont freiné l’extinction locale des espèces vulnérables au réchauffement, jouant un rôle de « refuge climatique » pour les espèces les plus sensibles. 

Le nombre d'espèces d'oiseaux d'eau a en effet augmenté plus vite dans les aires protégées qu'en dehors, soit +30% en 25 ans dans les aires protégées contre +20% en dehors. 

« Ces résultats confortent l’importance des aires protégées pour lutter contre les effets négatifs du réchauffement climatique et encouragent à renforcer la couverture et la gestion des réseaux de protection » conclut Elie Gaget.

Gestionnaire de plusieurs Réserves naturelles et référente auprès de Wetlands International pour la coordination du suivi des oiseaux d’eau à la mi-janvier, la LPO est étroitement impliquée dans l’accueil et la préservation des oiseaux d’eau dans le contexte de changement climatique

Plus d'informations

Benefits of protected areas for nonbreeding waterbirds adjusting their distributions under climate warming https://conbio.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/cobi.13648

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