Alors que des millions de Français ne peuvent plus se promener à plus d’un kilomètre de chez eux, des milliers de chasseurs sont pourtant autorisés à se rendre en pleine nature pour y tuer des animaux sauvages. La LPO et l’ASPAS saisissent la justice.

 chasseurs

 Dans une circulaire du 31 octobre, le Ministère de la transition écologique a précisé la mise en œuvre de dérogations au confinement en matière de régulation de la faune sauvage et de destruction d’espèces animales susceptibles d’occasionner des dégâts. Les autres activités de chasse sont interdites pendant cette période de confinement, notamment les chasses de loisir sans impact sur la régulation nécessaire du gibier.

Cette circulaire visait essentiellement à restreindre la pratique de la chasse aux battues administratives au sanglier et aux cervidés. Le but est de protéger les cultures et les forêts face à la surabondance de ces mammifères dans certaines zones, ce dont les chasseurs sont eux-mêmes en grande partie responsables après avoir favorisé l’explosion démographique du grand gibier par le nourrissage, le lâcher d’animaux élevés en captivité ou encore la préservation des femelles. Les fédérations de chasse sont d'ailleurs légalement tenues d'indemniser les dégâts causés sur les parcelles agricoles, responsabilité à laquelle elles aimeraient aujourd’hui échapper tant elle est devenue coûteuse (près de 50 millions d'euros en 2020). 

C’était sans compter sur le poids du lobby cynégétique qui a pu bénéficier de la bienveillance de nombreux préfets pour obtenir localement de véritables passe-droits afin d’aller tuer des animaux souvent abusivement considérés comme nuisibles tels que des chamois, des mouflons, des renards, des ragondins, des fouines, des lapins, des blaireaux, des pigeons ramiers, des corbeaux, des étourneaux, des pies, des corneilles et même des cormorans pourtant protégés, sous le prétexte de participation à des missions d’intérêt général. 

En temps normal, la destruction de ces espèces est déjà hautement contestable tant les dégâts soi-disant occasionnés sont rarement vérifiés et que les effets indésirables d’un tel abattage préventif, ainsi que son efficacité, restent à mesurer. Quelle était donc l’urgence à l’autoriser pendant une crise sanitaire sans précédent ? 

Face à ce laxisme irresponsable des autorités préfectorales, la LPO et l’ASPAS ont attaqué en justice les arrêtés les plus infondés, dans les départements suivants: Aisne, Ardennes, Aube, Calvados, Charente, Corrèze, Creuse, Eure, Indre et Loire, Loire Atlantique, Lot et Garonne, Lozère, Maine et Loire, Marne, Mayenne, Meurthe et Moselle, Nord, Haut Rhin, Haute Saône, Sarthe, Seine Maritime, Haute Vienne, Territoire de Belfort.

Fort heureusement, toutes les tentatives de déroger au confinement n’ont pas abouti. Les chasseurs ont par exemple échoué à obtenir l’autorisation de tirer les oiseaux d’eau en s’autoproclamant sentinelles sanitaires contre la propagation potentielle de la grippe aviaire. Leur stratégie consistait-elle à abattre préventivement tous les oiseaux migrateurs arrivant sur notre territoire ? Alors même que le risque principal se situe plutôt au niveau des élevages de volaille et de l’utilisation d’appelants vivants par… les chasseurs !  Ces derniers ne sont pas non plus parvenus à maintenir la chasse aux perdrix, lièvres et faisans au titre de la protection des cultures. Si ces espèces sont si néfastes pour l’agriculture, pourquoi donc en relâchent-ils des millions issus d’élevage chaque année ? 

 

 

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