Avec la baisse constante du nombre d’abeilles présentes en France, de nouvelles initiatives fleurissent pour accueillir les abeilles. C’est notamment le cas des toits de nombreux bâtiments au cœur des villes où de plus en plus de ruches sont installées. Voici toutes les clés pour faire d’un espace urbain un lieu d’accueil privilégié pour les abeilles.

Abeille mellifère (Apis mellifera) - Crédit photo : Antoine Bovard / FlickrAbeille mellifère (Apis mellifera) - Crédit photo : Antoine Bovard / Flickr

Cet article concerne uniquement les abeilles domestiques (également appelées abeilles à miel) et non les abeilles solitaires.

l’importance du rôle des abeilles dans notre quotidien

On estime que 80% des plantes à fleur dans le monde et 2/3 des espèces cultivées ont besoin des abeilles pour assurer leur pollinisation. En parallèle, on constate chez les abeilles une mortalité annuelle en France de 30% au lieu des 10% estimés « naturels ». Entre 2004 et 2014, cela représente environ 14 milliards d’abeilles disparues ! Et ce chiffre est parfois plus élevé chez nos voisins européens. Ainsi, la production de miel est passée de 32 000 tonnes en 1995 à 18 000 tonnes en 2007. La situation n’est donc pas à prendre à la légère !

Les produits phytosanitaires chimiques massivement répandus dans les zones agricoles sont une des causes majeures de cet effondrement des populations. Ainsi, de plus en plus de personnes se mobilisent pour sensibiliser le public à la cause des abeilles, et se tournent vers les espaces urbains pour développer les colonies.

Pourquoi accueillir les abeilles en ville ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les villes peuvent offrir une ressource alimentaire abondante et surtout très variée compte tenu de la grande diversité d’espèces végétales présentes, ce qui permet la production d’un miel plus parfumé, de plus en plus recherché et très apprécié des connaisseurs.

La température légèrement plus élevée des villes (de 2 à 3°c) a l’avantage d’offrir aux abeilles des hivers moins rigoureux et de baisser ainsi le taux de mortalité naturel lié à cette période de l’année.

Les aires urbaines utilisent aussi beaucoup moins de produits phytosanitaires chimiques (et n’en utiliseront plus – hormis dans les cimetières et stades – à partir de 2017). Les abeilles sont donc moins désorientées et retrouvent plus facilement leur ruche, leur système immunitaire est moins impacté ce qui les rend donc moins vulnérables.

Et contrairement aux idées reçues, le miel n’est pas plus pollué par les hydrocarbures liés aux gaz d’échappements. Une étude a d’ailleurs révélé que les traces de pesticides/insecticides présentes dans les miels « ruraux » étaient largement supérieures aux traces d’hydrocarbures détectées dans les miels « urbains ».

Attirer les abeilles à l’échelle d’une ville

Avant de vouloir installer sa toute première ruche sur le toit de son bâtiment, il faut se poser la question suivante : les abeilles peuvent-elles trouver suffisamment de ressources dans un rayon d’environ 1 km ? (certains apiculteurs considèrent qu’une prospection plus lointaine signifie un manque de ressources et donc une débauche d’énergie inutile). Pour cela, les élus des collectivités peuvent intervenir de plusieurs manières :

  • Au niveau de la gestion des espaces verts, la préservation de prairies naturelles en fauche tardive (fauchée une fois par an en juin) sera une des mesures principales. En fonction des milieux, elle pourra permettre d’accueillir des espèces mellifères (du latin mellis qui signifie miel) telles que l’achillée millefeuille, la campanule, la pâquerette ou encore la bourrache. Les espaces ciblés peuvent évidemment être les parcs et jardins mais également les bords de routes ou les ronds-points.
  • Des arbres mellifères comme le châtaignier, le tilleul, le noisetier, le pommier sauvage, le prunelier, le merisier ou l’érable par exemple peuvent être plantés, aussi bien sous forme de vergers dans les parcs et jardins que sous forme de haies dans le cadre de la restauration de la trame verte. Attention à l’introduction d’espèces invasives ou exotiques, ou non adaptées au climat local. Il est ainsi conseillé de se rendre dans des pépinières afin de sélectionner des espèces indigènes (présentes dans cette région depuis des décennies).
  • Dans le cadre de la déclinaison locale du Schéma Régional de Cohérence Ecologique (SRCE) - à travers un Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou un Schéma de COhérence Territoriale (SCOT) - des parcelles entières peuvent être aménagées en jachères avec des talus, des haies et des mares dans le but d’apporter aux abeilles suffisamment de ressources alimentaires. Au-delà des objectifs environnementaux, ces parcelles permettront de répondre à des objectifs sociaux et économiques, notamment grâce au maintien des services rendus par la biodiversité (pollinisation) mais également grâce à la valeur culturelle et paysagère de ces espaces (cadre de vie).

Toutes ces actions devront être mises en avant via un plan de communication mis en place par la collectivité, pour inciter les citoyens à faire de même dans leur jardin privé.

Installer une colonie d’abeilles sur le toit d’un bâtiment

Une fois que les ressources sont estimées suffisantes pour accueillir les abeilles, il faut se soucier de la réglementation. En France, la règlementation apicole est préfectorale. Il faut donc se tourner vers les services vétérinaires de votre département pour vous informer de la législation en vigueur.

Ensuite, l’idéal est de contacter un apiculteur local qui pourra vous conseiller sur le type et le nombre de ruches à installer.

Il pourra également vous fournir une reine pour installer la colonie. Mais si vous devez vous en procurer, il est impératif d’acheter des reines locales à des éleveurs proches de votre secteur. Acheter des espèces à l’origine non garantie (notamment sur internet) peut représenter un danger car certaines abeilles étrangères sont invasives. Elles peuvent donc détruire les populations locales voire transporter des maladies.

Une fois les colonies installées, il n’y a plus qu’à confier la gestion à un apiculteur. Les opérations d’entretiens, de surveillance, etc. pourront être l’occasion de sensibiliser les occupants des bâtiments. Dans le cadre d’une entreprise, c’est une action qui pourra tout à fait s’intégrer à la démarche Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) mise en place. Les pots de miel récoltés pourront par exemple être offerts aux salariés, ou bien utilisés comme outils de communication originaux auprès de clients potentiels.

En conclusion, « l’abeille de ville » a un bel avenir devant elle ! L’évolution des pratiques des collectivités (vis-à-vis des produits chimiques) conjuguée à la surface d’accueil disponible (grâce aux toits des bâtiments) offre de belles perspectives de développement du nombre de colonies en espace urbain, et surtout permettra certainement de réduire le taux actuel de disparition des abeilles.

Plus d'informations

Voici Deux études sur la qualité du miel de la ville de Paris :

Consultez les sites de :

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