Le gouvernement propose la suspension de la chasse de ces deux oiseaux menacés pour la période 2020-21. Encourageant, mais pas suffisant. 

 ezl33phx0aaail Courlis cendré © David Allemand

 En raison de leur mauvais état de conservation, la Barge à queue noire et le Courlis cendré ne sont officiellement plus chassés depuis 2008 dans la zone de l’Accord pour la conservation des oiseaux migrateurs d’Afrique-Eurasie (AEWA), dont la France est signataire. 

Renouvelé pour 5 ans en 2013, le moratoire pour la Barge à queue noire n’est plus que reconduit en France annuellement depuis 2018. Ainsi, le projet d’arrêté ministériel actuellement ouvert à la consultation publique jusqu’au 20 juillet 2020, ne concerne la suspension de sa chasse que pour la période 2020-2021. Il serait préférable qu’un moratoire soit à nouveau adopté pour 5 ans (2020 à 2025), durée maximale fixée par le code de l’environnement et reconduit une fois ensuite pour 3 ans (2025 à 2028) puisque le plan de gestion international pour la Barge à queue noire a été reconduit sur une période de 10 ans de 2018 à 2028. 

Lien pour participer à la consultation publique sur la Barge à queue noire 

S’agissant du Courlis cendré, le moratoire de suspensions de sa chasse avait déjà été allégé en 2013 afin d’autoriser à nouveau sa chasse sur le domaine public maritime, étrangement là où il est le plus présent !! Des quotas d’abattage avaient été fixés en 2019 et, sur recours de la LPO, le Conseil d’État avait suspendu en référé, 25 jours après sa publication, l’arrêté autorisant la chasse de 6000 courlis cendrés sur tout le territoire français, considérant notamment que la chasse ne pouvait pas être ouverte en France tant qu’elle ne respectait pas les principes d’une gestion durable des prélèvements imposée par le plan international pour la conservation de l’espèce. La situation étant inchangée, et afin d’éviter une nouvelle déconvenue juridique, le projet d’arrêté ministériel actuellement soumis à la consultation publique jusqu’au 17 juillet propose cette année une suspension de la chasse du courlis cendré jusqu’au 30 juillet 2021. Là encore, un moratoire de 5 ans aurait été préférable. 

Lien pour participer à la consultation publique sur le Courlis cendré

Rappelons que l’an dernier, la Ministre Elisabeth Borne avait attendu le dernier moment pour signer l’arrêté (le 31/07/2019), et la chasse au Courlis cendré avait pu, de fait, se pratiquer presque tout le mois d’août, le temps de la procédure de référé au Conseil d’Etat. Ce délai avait ainsi permis aux chasseurs de faire quelques cartons et notamment d’abattre en Normandie un individu relâché de captivité dans le cadre d’un programme de sauvegarde mené en Pologne. La France reste en effet le dernier pays de l’Union Européenne à autoriser la chasse du Courlis cendré alors que d’autres pays membres investissent des millions d’euros pour assurer sa sauvegarde. 

D’autres espèces oubliées

Par ailleurs, il n’y a pas que pour le Courlis cendré et la Barge à queue noire que la chasse devrait être interdite en France pour des raisons de conservation et de respect des réglementations internationales sur les oiseaux d’eau. Les espèces suivantes dont la majorité est inscrite sur les listes rouges des espèces menacées de l’UICN et pour lesquelles aucune gestion adaptative des prélèvements n’est en place en France devraient faire l’objet de moratoire selon leurs classements dans les annexes de l’AEWA : Huîtrier pie (classée Vulnérable sur la liste rouge européenne des espèces menacées de disparition) ; Vanneau huppé (Vulnérable) ; Barge rousse ; Bécasseau maubèche ; Eider à duvet (Vulnérable). Selon ces mêmes annexes et leurs révisions en 2018, la chasse du Fuligule milouin (Vulnérable), de la Macreuse brune (Vulnérable), de l’Harelde boréale (Vulnérable) et du Chevalier arlequin (quasi-menacé) ne devraient tout simplement plus être autorisée en France.

Plus d’infos : 

Projet Barge à queue noire en France :  https://www.bargeaqueuenoire.org/

 

 

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