Le CEPF finance trois projets de conservation de la Tortue caouanne, espèce en voie de disparition.

Tortue caouanne (caretta caretta), Tunisie - Crédit photo : Louis-Marie PréauTortue caouanne (Caretta caretta), Tunisie - Crédit photo : Louis-Marie Préau

Une île déserte, couverte de magnifiques plages, semble l'endroit le plus sûr dont on puisse rêver pour la ponte d'une espèce rare de tortue…L'île de Kuriat, en Tunisie, est pourtant submergée de milliers de touristes l'été venu. Même les pêcheurs coutumiers de l'île ignorent pour certains l'importance de ce site pour la Tortue caouanne Caretta caretta. Il s'agit en effet du seul site tunisien où cette espèce en voie de disparition enfouit ses œufs dans le sable. La population des tortues marines étant anéantie par les prises accidentelles dans les filets de pêche, les juvéniles devraient au moins bénéficier de toute l'aide imaginable lors de leur premier trajet, depuis l'œuf enfoui dans le sable jusqu'à la mer.

Un groupe de protection de l'environnement local, l'Association des Fans de la Chebba (AFC), épaulé par Notre Grand Bleu (NGB) et financé par le Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques CEPF, œuvre ainsi à faire prendre conscience de la situation dramatique dans laquelle se trouvent les tortues. Ce projet est parvenu à obtenir le soutien de pêcheurs de la région tunisienne de Chebba et de touristes de passage.

Une présence quotidienne étant requise lors de la ponte et la saison touristique, ainsi qu'un balisage des nids sur la plage, l'AFC et NGB ont construit une cabane proposant des renseignements et des prospectus, afin de sensibiliser au mieux les deux types de public attendus. En fournissant des explications et conseils compréhensibles, le projet a réussi à faire de la sortie inattendue des tortues du sable, souvent suivie d'écrasement accidentel, une sublime mise en scène de la vie sauvage, que les touristes peuvent admirer. Certains d'entre eux aident même désormais les juvéniles à atteindre la mer.

Des mesures de prévention contre la capture accidentelle de tortues adultes ont été présentées à plus d'une centaine de pêcheurs artisanaux. Lorsqu'elles sont malgré tout capturées, elles sont consommées. Sachant que quelques centaines d'entre elles sont prises chaque année dans les filets, ce projet pédagogique pourrait éradiquer les prises accidentelles de tortues en Tunisie. En à peine trois mois, plus de 4 000 touristes tunisiens et étrangers, ainsi qu'environ 100 pêcheurs artisanaux, se sont rendus dans la cabine nouvellement installée. Plus de 500 enfants ont participé à une sortie exceptionnelle organisée par les associations, ce qui constitue un vrai gage de réussite pour le projet, et laisse entrevoir un futur meilleur pour l'île de Kuriat, zone protégée et destination rêvée pour l'écotourisme.

Continuons sur la trace des Tortues caouannes, portés par la Méditerranée, et dirigeons-nous vers le Sud-Ouest, dans l'océan Atlantique, où la conservation des tortues affronte des obstacles semblables sur les îles du Cap Vert, bien que l'échelle ne soit pas la même. Dans le cadre du programme du CEPF pour le point chaud de biodiversité (Hotspot) du bassin méditerranéen, deux projets de conservation concernent actuellement les tortues au Cap Vert, lieu mondialement connu pour ses nombreuses espèces de tortues, ainsi que ses tout aussi nombreux touristes.

Le problème est le même, mais en un lieu différent et à une toute autre échelle 

BIOS.CV (Association for the Conservation of the Environment and Sustainable Development) mène actuellement un projet intitulé Environmental Initiatives to Enhance Ecofriendly Tourism in Boa Vista Island, Cape Verde, c'est-à-dire « Initiatives environnementales en vue d'un écotourisme sur l'île de Boa Vista, au Cap Vert ». La plupart des touristes s'engouffrent dans des complexes hôteliers, aveugles à la vie sauvage peuplant l'île, aux traditions locales ou à leur impact sur ce lieu. BIOS.CV, conscient du manque actuel d'un tourisme régulé et durable dans le pays, œuvre avec acharnement pour faire prendre conscience de la richesse de l'île en termes de biodiversité, et promeut un écotourisme qui bénéficiera aux communautés locales. Tout en informant les touristes à même la plage, l'association dispose d'affiches dans l'aéroport de Boa Vista, et travaille en partenariat avec les hôtels, afin de s'assurer que les touristes aient un impact moindre sur les nidifications des tortues et oiseaux, ainsi que sur la biodiversité globale de l'île.

Le Cap Vert abrite la troisième plus grande population de Tortue caouanne nicheuse au monde, et 90% des nids se trouvent à Boa Vista. Tout récemment, BIOS.CV a conçu et distribué une carte destinée aux cyclistes et automobilistes, afin qu'ils puissent éviter les nids de tortues.

« Nous souhaitons prouver aux populations locales et au secteur touristique que le tourisme dépend fortement des mesures de conservation à l'œuvre et du bien-être des communautés locales, et que la seule manière d'y aboutir est l'écotourisme et l'adoption de pratiques touristiques durables », a déclaré Elena Abella, membre de BIOS.CV.

À un saut de puce de là, sur l'île de Santa Luzia (Cap Vert), un autre exemple de projet de conservation des tortues par le CEPF est visible. Dans le cadre d'un large projet intitulé Protecting Threatened and Endemic Species in Cape Verde : A Major Island Restoration Project, mené par la SPEA (Sociedade Portuguesa para o Estudo das Aves ; BirdLife au Portugal) et leur partenaire local Biosfera1, une présence quotidienne sur le site de ponte a été instaurée, afin de protéger les Tortues caouannes, à l'image de l'AFC en Tunisie. Biosfera1 a installé un campement dans le Parc National de l'île de Santa Luzia, afin de surveiller les nids, évaluer la biodiversité environnante et estimer les menaces. Tous les nids potentiellement en danger du fait de leur localisation dans des zones inondables sont transférés dans un couvoir à proximité du campement, où les œufs pourront achever leur développement.

Comme rien n'est simple au Cap Vert, la situation se complexifie encore du fait du braconnage illégal et de la prédation par des chats sauvages qui touchent plus de 500 tortues femelles chaque année. La prise de conscience est encore une fois essentielle pour résoudre ce problème. Biosfera1 a élaboré un système de surveillance avec des pêcheurs locaux, supervisé par l'équipe et des bénévoles, en vue d'empêcher toute activité illégale.

Grâce au projet, une baisse du braconnage des tortues a d'ores et déjà été attestée au cours de la période de surveillance. Il est à espérer que le plaidoyer de Biosfera1 auprès des pêcheurs pour insister sur la valeur des tortues sauvages, bien supérieure à leur simple présence dans une assiette, ait été entendu, et que cette tendance positive perdurera.


Logo CEPFBirdLife International, ainsi que ses bureaux au Moyen-Orient et ses partenaires DOPPS/BirdLife Slovenia et la LPO, ont constitué la Regional Implementation Team (RIT) pour le Fonds de Partenariat pour les Ecosystèmes Critiques (CEPF) dans le point chaud de biodiversité (Hotspot) du bassin méditerranéen (CEPF Med).

Le CEPF (Fonds de Partenariat pour les Ecosystèmes Critiques) est une initiative conjointe de l'Agence Française de Développement (AFD), de Conservation Internationale (CI), de l'Union Européenne, du Fonds pour l'Environnement Mondial (FEM), du gouvernement japonais, de la fondation John D. et Catherine T. MacArthur, et de la Banque mondiale. La Fondation MAVA apporte également son soutien pour le bassin méditerranéen. L'un des objectifs primordiaux du CEPF est de garantir que la société civile participe à la conservation de la biodiversité.

Plus d'informations sur le CEPF : www.cepf.net.

En savoir plus, rendez-vous sur www.birdlife.org/cepf-med

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