Le mot du Président
La chasse aux voix est ouverte !
Après avoir obtenu le droit d’éduquer nos enfants dans les écoles* et reçu le titre de protecteurs de l'environnement**, les chasseurs ont le privilège d’un examen de la loi chasse en commission, simultanément à l’Assemblée nationale et au Sénat ! On leur fait là les honneurs d’une grande première !
Passons sur la chasse dont la place n’est pas à l’école, qui revendique des valeurs de respect de la vie. Passons sur le prétendu rôle de protecteurs de l’environnement de chasseurs qui ont fermé les yeux sur le braconnage des tourterelles des bois dans le Médoc pendant 20 ans, et continuent de capturer des milliers de petits passereaux protégés, dans les Landes, ou de tirer les oiseaux en période de grand froid. Passons sur leur gestion des espaces naturels, avec leur opposition à Natura 2000, à la protection des jachères dans l'Union Européenne et, plus récemment au projet de parc éolien en mer (baie de Canche).
Passons et regardons de plus près cette nouvelle loi chasse, examinée simultanément en commission par les deux chambres et les propositions inacceptables qu’elle comporte !
On nous propose, tout d’abord, ni plus ni moins, qu’une remise en cause du principe d’opposition de conscience, reconnu à tout propriétaire, par la Cour européenne des droits de l’homme (1999), d’interdire la chasse sur son territoire. Comme si les battues administratives existantes ne leur suffisaient pas, les chasseurs pourront désormais demander au Préfet d’imposer un prélèvement d’animaux à certains propriétaires. Quand on sait les tentatives d’intimidation dont ces derniers sont déjà victimes, on entrevoit bien les pressions locales qui risquent de s’exercer !
Deuxième proposition scandaleuse : les installations fixes de chasse (huttes, tonnes, gabions), qui peuvent se vendre entre 150 000 € et 250 000 €, et se louer 200 € la nuit et qui ne sont déjà soumises à aucun impôt, pourront bénéficier d’une exonération de la taxe foncière ! Malgré la rigueur budgétaire affichée par le gouvernement et les parlementaires, aucun cadeau ne semble trop beau pour séduire les chasseurs ! Cet électorat connu pour son insatisfaction, s’avère être aussi, ne l’oubliez pas, Messieurs les parlementaires, extrêmement versatile.
Avec cette nouvelle loi, c’est malheureusement, une fois de plus, la faune sauvage qui risque d’y laisser des plumes !
Allain Bougrain Dubourg
Président de la LPO
*"Convention de partenariat pour l’éducation au développement durable", signée le 4 mars 2010, entre la Fédération Nationale des Chasseurs (FNC), et les ministères de l’Écologie et de l’Éducation Nationale.
**Arrêté du 3 mars 2011, portant agrément de la FNC comme association de protection de l'environnement.




