Vendredi 04 décembre 2009
Hécatombe d’oiseaux protégés victimes de tirs
Alors que la LPO, soutenue par une association néerlandaise*, participe au maintien de haltes migratoires pour les spatules blanches, des tireurs abattent intentionnellement ces oiseaux protégés pourtant parfaitement identifiables. La LPO dénonce ces délits lâches et scandaleux qui touchent également d’autres espèces et notamment des rapaces.
Depuis août dernier, au moins cinq spatules blanches** ont été tuées sur notre territoire : deux dans le Nord et trois dans la Somme.
La dernière victime en date, blessée par tir, est morte le 8 novembre au Platier d'Oye, à Oye-Plage entre Calais et Dunkerque (Nord). Au même endroit, une autre spatule, repérée pour la dernière fois le 27 octobre, avait aussi été touché par tir. Celle-ci, prénommée Harrie, avait été baguée au nid par Otto Overdijk de l’association néerlandaise Natuurmonumenten (1 millions de membres) et équipée d'une balise Argos, l’été dernier, aux Pays-Bas. Ce spécialiste des spatules blanches s’insurge : “Le tir de spatules ne témoigne pas d’une grande intelligence et nuit à la recherche coûteuse sur leur migration.. C’est de l’argent gaspillé!”
Dans la Somme, entre le 3 et le 7 octobre, une autre spatule, non baguée cette fois, et d’origine inconnue, est observée et photographiée dans la réserve du Marquenterre (photo à disposition), atrocement mutilée au bec par un coup de fusil.
Dans le même département, deux autres individus avaient été victimes de tirs : un le 28 août, bagué aux Pays-Bas, et un en septembre.
Chaque année, 40 spatules originaires des Pays-Bas seraient ainsi abattues par des chasseurs notamment en France, au Maroc et au Mali, soit 1 % de leur population néerlandaise qui compte 4 000 individus (soit 85 % de la population du nord-ouest de l’Europe). Mais ce bilan, qui s’appuie sur une extrapolation basée sur les 15 % d’individus bagués aux Pays-Bas, pourrait être encore plus élevé. Le tir, notamment en France, reste la première cause de mortalité non naturelle de cette espèce, largement devant les collisions avec les lignes électriques ! La spatule, toute blanche et de grande taille, est pourtant facile à identifier et ne peut être confondue avec une espèce chassable !
Cet oiseau d’eau, qui a une grande longévité (28 ans), recherche des sites pérennes et calmes pour ses haltes migratoires. La France a la chance d’accueillir les spatules blanches sur son territoire de mi-février à fin avril, quand elles reviennent d’Afrique de l’Ouest et avant qu’elles ne regagnent leurs zones de reproduction situées aux Pays-Bas ou lors de la migration postnuptiale dans le sens inverse. Une minorité hiverne même sur notre territoire qui accueille également une population nicheuse de 243 couples.
Or, son isolement et son éloignement des zones d’hivernage africaines, ainsi que la raréfaction des escales traditionnelles, causée par le développement de l’urbanisation, du tourisme et de l’agriculture, rendent cette espèce très vulnérable.
Une association hollandaise* a donc entrepris de restaurer des habitats aquatiques favorables afin de protéger et d’assurer la pérennité de nouveaux sites pour les spatules hollandaises. Elle a ainsi apporté son soutien financier à la LPO, entre 1996 et 1998 pour l’acquisition et la restauration d’anciens marais asséchés sur la réserve naturelle des Marais de Moëze-Oléron que la LPO gère, pour le compte de l’Etat, depuis 1985 et en Marais poitevin.
La LPO souhaite ainsi participer à la protection active de cet oiseau migrateur emblématique et condamne fermement les tirs répétés d’espèces protégées en France. Elle demande aux autorités cynégétiques d’agir dans le même sens.

Allain Bougrain Dubourg
Président de la LPO
*Vogelbescherming Nederland : représentante de BirdLife aux Pays-Bas
**Source : Mission Migration de la LPO.
| Contacts | Documents |
|---|---|
Claire LUX |
CP version PDF |
Plus de renseignements dans la rubrique news sur www.migraction.net
Les rapaces eux aussi victimes de tirs
Le balbuzard pêcheur : une implantation durable remise en cause
Le 7 septembre dernier, un balbuzard pêcheur, né au printemps et bagué en Allemagne, est retrouvé mort suite à un tir illégal, prés du port de Biganos en Gironde. Au mois de mai dernier, un autre balbuzard avait été victime d’un tir en Seine-et-Marne. Or les effectifs de ce rapace sont très fragiles et son retour dans de nouvelles régions est hypothétique. Après avoir été exterminé par les destructions directes (tirs et piégeage) à la fin du XIXe siècle, il niche à nouveau en France continentale depuis la moitié des années 1980, où moins de 25 couples se reproduisent actuellement, dans la région Centre, tandis que la Corse en accueille 25 autres. Cette espèce protégée, classée sur la liste rouge de l’UICN, bénéficie d’un plan national d’action commandité par le Ministère de l'Écologie, de l'Energie, du Développement durable et de la Mer.
L’aigle de Bonelli : le rapace le plus menacé de France
Le 31 octobre, le cadavre d’un aigle de Bonelli a été retrouvé à Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône), criblé de 30 plombs tirés à faible distance. Cet aigle était né au printemps 2009 dans les calanques de Marseille et sa zone de chasse s'étendait jusqu'en Camargue. L'aigle de Bonelli est considéré comme le rapace le plus menacé de France, avec un fragile effectif de 29 couples et un nombre annuel de jeunes inférieur à 30 individus.
Il fait l'objet d'un plan national d'action géré par la Direction Régionale de l'Environnement Languedoc-Roussillon.





