www.lpo.fr
Nous contacterNous rejoindreFaites un donNos sites webLa Boutique LPO
LA LPO CONSERVATION REFUGES LPO ORNITHOLOGIE
Version pdf

Vendredi 15 février 2008

Autorisation de l’insecticide Cruiser® Thiaméthoxam : un nouveau coup bas contre la faune

La coordination des apiculteurs de France et les ONG* ayant participées au Grenelle de l’environnement, comme la LPO, appellent à manifester à Paris le 21 février prochain pour demander le retrait de l’insecticide CRUISER® Thiaméthoxam. Cette molécule neurotoxique vient de recevoir une autorisation provisoire du Ministère de l’Agriculture, alors même qu’elle ne satisfait pas aux exigences de sécurité pour l’abeille, les oiseaux et la faune dans son ensemble. La LPO réclame donc le retrait définitif de ce produit, du marché, pour que soit préservée la biodiversité.

Alors même que la Convention sur la diversité biologique du Sommet de la Terre de Rio (1992) s’est donnée pour objectif de réduire fortement le rythme actuel de perte de la biodiversité d’ici à 2010 et que le Grenelle de l’environnement vise à diminuer l’usage des pesticides, le ministère de l’Agriculture vient d’autoriser la mise sur le marché de l’insecticide CRUISER® Thiaméthoxam, produit par la firme Syngenta.

Or, le dossier d’évaluation de ce nouveau produit systémique, véhiculé dans l’ensemble de la plante via la sève, indique qu’il est « toxique pour les oiseaux » et présente « des risques élevés pour les granivores ».
Seuls les dangers liés à l’intoxication aiguë par la consommation de graines sont envisagés. Pourtant, tout insecte qui se nourrit ou se trouve en contact avec la plante est contaminé. Les insectes prédateurs, tout comme l’ensemble des oiseaux insectivores, sont ainsi exposés à une concentration du produit dans leurs tissus.
Cette contamination par voie alimentaire, sans être mortelle par elle-même, peut engendrer des désordres physiologiques, avec des conséquences sur la survie des individus ainsi contaminés. S’agissant d’un neurotoxique à très faible dose (de l’ordre de quelques millionièmes de gramme pour une abeille), les effets sur les insectes prédateurs et les oiseaux insectivores sont à envisager sérieusement. Malheureusement, aucune étude n’est produite dans le dossier d’inscription de ce produit.

En outre, même si le produit n’est pas considéré comme rémanent, l’un de ses métabolites (produit de dégradation) l’est au point qu’il est recommandé de ne pas cultiver une plante mellifère (exploitable par l’abeille domestique) les années suivantes. Ce type de produit ne doit pas non plus être employé à nouveau avant la quatrième rotation de culture, afin de préserver la qualité de l’eau !
Et, pour que cette substance ne présente aucun risque immédiat, les semoirs devraient fonctionner sans faille et les agriculteurs seraient obligés « d’enfouir les semences traitées dans le sol et de s’assurer qu’elles soient bien enfouies dans le sillon ». On imagine tout à fait les agriculteurs récupérant, à l’aide de pelles et de balais, les semences laissées à l’air libre sur des dizaines ou des centaines d’hectares !

Force est de constater, en tout cas, que dans toute l’Europe, et en particulier en France, les populations d’oiseaux des zones agricoles ont chuté de 30 à 40 % en moyenne depuis les années 1980-1990 !
En Angleterre, l’ornithologue Campbell a montré qu’il existe une corrélation étroite entre la période où l’emploi massif des pesticides a débuté et celle où la chute des populations d’oiseaux a commencé. L’ornithologue allemand Reichhof a souligné le rôle des villes et des villages comme sanctuaire pour la biodiversité, alors que, de leurs côtés, les campagnes se désertifient.
Un rapport de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et du CEMAGREF (Centre National du Machinisme Agricole, du Génie Rural, des Eaux et Forêts), datant de 2005, souligne que l’agriculture biologique, qui n’utilise pas de produit toxique de synthèse, favorise la biodiversité.

La LPO proteste énergiquement contre l’autorisation provisoire de mise sur le marché de ce nouveau poison neurotoxique. Le dossier d’inscription de celui-ci révèle par lui-même les dangers du produit bien qu’il ne s’en tienne qu’à la seule toxicité aiguë, ignorant ainsi les effets sublétaux résultant de cette pollution diffuse de l’environnement.
La LPO appelle donc à venir manifester le 21 février à Paris contre ce produit et réclame son retrait définitif du marché, pour que soit préservée la biodiversité.

Allain Bougrain-Dubourg

Allain Bougrain Dubourg
Président de la LPO

*UNAF (Union Nationale de l’Apiculture), SNA (Syndicat National d’Apiculture) - FNOSAD (Fédération Nationale des Organisations Apicoles Départementales), SAPCO (Syndicat des Apiculteurs Professionnels du Centre et de l’Ouest), SAPRA (Syndicat des Apiculteurs Professionnels de Rhône -Alpes), SAPB (Syndicat des Apiculteurs Professionnels Bretons), SPMF (Syndicat des Producteurs de Miel de France), SAPP (Syndicat des Apiculteurs Professionnels de Provence), Commission apicole de la confédération paysanne, FEDAPI (Fédération des Coopératives Apicoles) MDRGF (Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures ), France Nature Environnement, LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), Agir pour l’environnement, les Amis de la Terre, Greenpeace et WWF.
**Pesticides, agriculture & environnement

Contacts

Claire Lux, Attachée de presse LPO
01 42 73 56 10

Christian Pacteau, Contact Pesticides LPO
02 51 27 23 06

Les oiseaux des espaces agricoles, menacés par les pesticides

Le secteur agricole est le premier consommateur de pesticides en France suivi par les jardiniers amateurs. Sur les 76 000 tonnes de pesticides répandus par an sur notre territoire, 72 000 tonnes (90 %) proviennent de l’épandage agricole et 8 000 tonnes des jardiniers amateurs. L’agriculture participe également, à hauteur de 75 %, à la consommation de nitrates en France. Ces produits ont un impact direct sur les insectes et les oiseaux insectivores ainsi que, plus globalement sur tous les oiseaux inféodés aux espaces agricoles comme l’alouette des champs, la grive draine, l’étourneau sansonnet ou le pigeon colombin.
L’alouette des champs, insectivore au printemps et granivore en hiver, peut capturer jusqu’à 400 chenilles par jour (soit 8,5 grammes/jour en poids sec) lors du nourrissage des jeunes au printemps. Les cailles des blés, les faisans communs, les perdrix grises et rouges donnent également des insectes comme nourriture à leurs jeunes au printemps. L’étourneau sansonnet, espèce omnivore, parcourt les prairies pâturées de bovins au printemps où il recherche des larves de tipules et de taupins mais aussi des vers de terre, des chenilles, des araignées, des limaces, de petits escargots et de petits crustacées terrestres (cloportes). En moyenne et selon le contexte, en une seule journée, la mésange bleue peut manger son poids en insectes ! Les espèces, dont le poids varie entre 20 grammes (fauvette à tête noire) et 50 grammes, peuvent manger de 400 à 850 insectes par jour.